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6 juillet 2014

Méduses: l'invasion a commencé

Aux quatre coins des mers, les méduses pullulent. Un signal de la perte progressive de la biodiversité marine.

Des espèces peuvent occuper la surface 
de la mer sur des 
dizaines voire des centaines de 
kilomètres carrés.
Des espèces peuvent occuper la surface 
de la mer sur des 
dizaines voire des centaines de 
kilomètres carrés. (photo: Caro Fotoagentur)

En ce début juillet, les vacances sont déjà dans tous les esprits: soleil au zénith, sable blanc, mer azur et… méduses par milliers! Car si autrefois les invasions de ces espèces n’avaient lieu que de manière cyclique, elles ont tendance à pulluler désormais chaque année dans les mers et océans tout autour du globe.

Le phénomène est bien connu des scientifiques: rapidement, une espèce occupe la surface de la mer sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres carrés. Venant parfois s’échouer jusque sur les côtes, transportées par les courants marins.

Si l’augmentation générale du nombre de méduses ne laisse plus aucun doute aujourd’hui, on rencontre encore quel­ques difficultés à quantifier précisément le phénomène. «D’abord parce qu’il nous manque des données sur les populations de ces espèces dans le passé, explique le professeur Jan Pawlowski du Département de génétique et évolution de l’Université de Genève. Ensuite, il est difficile de comptabiliser avec exactitude les espèces de cnidaires puisque, contrairement aux poissons ou aux algues, elles sont transparentes! Ce qui rend inefficaces les méthodes de recensement par des images satellites.»

Le phénomène a pris une telle ampleur que les biologistes parlent désormais de «gélification des océans». Mais quelles en sont les causes? La température semble jouer un rôle, favorisant le développement des jeunes stades de méduses. C’est ainsi qu’en eaux tropicales, les pullulations ont lieu tout au long de l’année. Mais pour l’heure, «impossible de déterminer un lien direct avec le réchauffement climatique».

Certaines espèces de méduses ne sont pas urticantes. (photo: Corbis)
Certaines espèces de méduses ne sont pas urticantes. (photo: Corbis)

La surpêche en cause

Ce n’est pas ici en effet que se trouve la principale explication. Il est aujourd’hui prouvé que l’homme, avec sa consommation exponentielle de poissons au cours des dernières décennies, est responsable de ce désastre écologique. «La surpêche a retiré des mers un grand nombre de prédateurs de méduses, poursuit le spécialiste en écologie des protistes. Ce qui logiquement favorise le développement des populations de méduses!» Un problème double, puisque ces dernières se nourrissent notamment d’œufs de poissons et d’alevins…

D’autres causes secondaires ont été identifiées. Et là encore, l’homme en est l’unique responsable. «Les méduses pullulent fréquemment dans les zones côtières, où la pollution déversée dans la mer enrichit les eaux en matières organiques. Cela provoque une augmentation des végétaux… puis des méduses puisque celles-ci, omnivores, se nourrissent également d’algues.» Il y a ensuite le problème du transport maritime. Les populations de cnidaires ont pris l’habitude de voyager d’un port à l’autre en s’introduisant dans l’eau de ballast des navires. Lorsque le bateau purge ses cales, il relâche donc des méduses dans de nouveaux lieux. «Ces espèces, opportunistes, ne tardent pas à se développer à grande vitesse si elles parviennent à coloniser des niches inoccupées jusque-là.» Selon la loi pourtant, les eaux de ballast ne peuvent être relâchées qu’en pleine mer. Si les contrôles se sont intensifiés ces dernières années aux Etats-Unis et en Europe, le problème au niveau mondial est encore loin d’être réglé.

Une seule solution: limiter la pêche

Pour lutter efficacement contre les pullulations de méduses, il est indispensable d’agir directement sur leurs causes. «La première mesure à prendre est de limiter la pêche. C’est la seule solution valable si l’on ne veut pas que les mers ne finissent par être peuplées plus que par les méduses.»

D’autres proposent de limiter les populations de cnidaires en les récoltant pour les… manger. «Une solution anecdotique», juge Jan Pawlowski. Voire qui pourrait accentuer le problème. «En pêchant des méduses, on attrapera automatiquement dans ses filets quel­ques poissons!» Le ragoût de méduses, ce ne sera pas encore pour cet été!

© Migros Magazine - Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin