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25 janvier 2016

Mégot, l’assassin masqué

La chronique de Leïla Rölli.

Leïla Rölli photo
La chronique de Leïla Rölli.

En Suisse, il n’y a que 3% de fumeurs... enfin seulement pour quelques heures. Une fois les bonnes résolutions du 1er janvier enterrées pour une nouvelle année, ce taux grimpe à nouveau à 28% avec tous les désagréments que cette statistique comporte. Je vous épargne le chapitre sur les dangers sanitaires du tabagisme, les maladies, décès et autres joyeusetés du genre et vous renvoie directement aux conséquences d’un petit geste aussi anodin qu’assassin: le jeté de mégot. Vous les avez vues, ces paillettes orangées sous la lignée des télésièges? Et ces giclées de braises furtives sur l’autoroute? Tous les ans, ce sont grosso modo 4300 milliards de filtres qui sont balancés hors cendriers et qui empoisonnent notre planète.

J’ai bien essayé de me convaincre que notre Suisse proprette et son penchant pour l’écologie devait être en marge du phénomène, mais mes illusions sont parties en fumée à la lecture de la page Wikipédia consacrée au sujet. Au chapitre «Pollution», notre beau pays est cité pour avoir récolté 954 millions de kilos de mégots dans ses rues et ses cours d’eau en 1998. 98? Mais c’est vieux! On a sûrement dû s’améliorer depuis, non? Non. Alors effectivement, depuis la fin du siècle dernier, à force de hausses de prix et de prévention, le fumeur helvète a diminué sa consommation. Malheureusement, avec l’interdiction de crapoter dans les lieux publics, les mégots sont encore plus nombreux à finir dans le caniveau. Les poumons des fumeurs passifs rosissent, mais côté environnement, on fait plutôt grise mine.

Il faut environ 15 ans à dame nature pour digérer un de ces rebuts de cigarettes qui peut à lui seul contenir jusqu’à 250 substances chimiques nocives différentes. 15 ans, c’est long, mais si on a de la chance, le processus peut être accéléré par une pauvre mouette qui en fera son en-cas... sans manquer d’y laisser quelques plumes au passage. On ne réalise pas l’impact d’un si petit déchet. Et pourtant! Il ne suffit que d’un mégot pour empoisonner 1 m3 de neige ou transformer 2500 litres d’eau en liquide impropre à la consommation.

Mesdames et Messieurs les fumeurs invétérés, vous qui ne jetez «presque jamais» vos mégots, si la nouvelle année ne vous a pas aidés à vaincre le vice, prenez au moins la bonne résolution de vous tenir toujours à proximité d’un cendrier lorsque vous en grillez une. Ce sont les bonnes habitudes du quotidien qui feront de plus verts lendemains.

Texte © Migros Magazine – Leïla Rölli

Auteur: Leïla Rölli