Archives
9 décembre 2013

Mes monstres et moi

Vanaëlle Mercanton est la directrice d’un drôle de cirque, une «Foire aux Monstres» à l’ancienne avec femme à barbe, hydrocéphale, homme à trois jambes et autres curiosités plus vraies que nature. A découvrir bientôt à Neuchâtel, pour le meilleur et pour le rire!

Vanaëlle Mercanton
Pour son 
spectacle, 
Vanaëlle 
Mercanton 
a façonné plus 
de quarante créatures 
fantastiques.

La jeune femme qui nous ouvre la porte de son appartement-atelier neuchâtelois est mariée et mère d’une fillette, possède une tête bien faite, deux jambes et deux bras, cinq doigts à chaque main, ne porte pas la barbe et son corps ne se termine pas en queue de sirène. Bref, hormis quelques tatouages et piercings, Vanaëlle Mercanton – c’est son nom – a l’air tout à fait «normale»! Vraiment? A l'observer de plus près, on s’aperçoit tout de même qu’il émane d’elle comme un léger parfum de folie douce…

Sans doute en faut-il un de grain pour imaginer et (re)créer, à l’enseigne de la «Foire aux Monstres», un cirque fleurant bon la naphtaline et la barbe à papa, une sorte de baraque foraine abritant un cabinet de curiosités (on peut y admirer notamment le doigt de la sorcière de Salem et le pieu de Dracula) ainsi qu’un bestiaire étrange qui se décline comme un inventaire à la Prévert: une femme à trois seins, un homme-racines, des fakirs et un voyant, une femme-tronc, quelques effeuilleuses burlesques et danseuses orientales, un hermaphrodite et… un homme à l’envers.

Spécialiste en maquillages artistiques et effets spéciaux pour le cinéma, le théâtre et la photographie (c’est son job!), experte en tératologie (l’étude des monstres, son dada!), Vanaëlle Mercanton a façonné en cinq ans des dizaines et des dizaines de créatures fantastiques (44 pour être précis) à son idée et aussi en s’inspirant de «freaks» ayant existé. Sa bible: Les monstres: histoire encyclopédique de phénomènes humains de Martin Monestier. «La lecture de cet ouvrage m’a littéralement bouleversée.»

«Une démarche artistique avant d’être une interrogation sociale»

Au point qu’elle a fini par s’attacher à ces êtres hors normes, allant jusqu’à s’obliger à les exhiber avec respect et pudeur, mais sans larmoiements. «On n’en fait pas des victimes, on les présente plutôt en mode noble. Toutes nos merveilles de la nature sont d’ailleurs dotées de compétences extraordinaires. Notre hydrocéphale, par exemple, a trois cerveaux!» Le temps qu’un homme invisible passe et elle ajoute: «Mais attention, ça reste une démarche artistique avant d’être une interrogation sociale.»

Son projet consiste bel et bien à plonger un public exclusivement adulte dans un show total à l’esthétique léchée et à la dynamique déjantée, «dans un véritable Barnum des années 30 à l’ambiance à la fois poétique et romantique».

Nos spectateurs régressent, ils ont tous 8 ans!»

C’est la plus belle et la seule récompense du reste des quelque septante bénévoles, pour la plupart des professionnels des arts et de la scène, qui forment le noyau dur de la «Foire aux Monstres».

Une tribu de trublions qui s’apprête à repartir en tournée. Sous chapiteau à la belle saison et entre quatre murs le reste du temps. Première escale: Neuchâtel pour un ensorcelant réveillon façon Nouvelle-Orléans. Un mois plus tard, arrêt à La Chaux-de-Fonds. Et après? «Après, nous irons de salle de spectacle en club de rock, de théâtre en festival, de friche industrielle en place de village… Enfin, partout où l’on nous accueillera.»

Vanaëlle Mercanton rejoint son mari qui met la dernière main au masque de l’hydrocéphale. Elle va implanter quelques cheveux sur le crâne nu de ce sacré monstre. L’atelier, comme le reste de l’appartement, est petit et encombré. «Ce n’est pas un studio hollywoodien. Ahahah!» Non, mais il y a ici davantage de magie que dans toutes les usines à rêves américaines réunies…

Auteur: Alain Portner