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23 janvier 2012

Migros améliore les conditions d'élevage

Une grande partie de la viande de lapin Migros vient de Hongrie, un pays où le distributeur fait appliquer l’ordonnance suisse sur la protection des animaux.

Le vétérinaire tient un lapin albinos dans ses bras.
Bernard Walker, vétérinaire, se rend régulièrement en Hongrie pour contrôler l'élevage des lapins.

Rien n’échappe à la vigilance de Bernhard Walker. Voici le vétérinaire qui interrompt sa tournée d’inspection après avoir repéré un des lapins blancs de la race «Pannon White». Il le saisit d’un geste sûr et le sort du clapier avec précaution. «Ce lapin a trop peu de poils sur les pattes», explique-t-il en l’examinant de plus près. Mais il nous rassure aussitôt: «Tout va bien, il est en bonne santé.» Il s’agit en fait d’une femelle qui vient de mettre bas.

«Les lapines perdent normalement un peu de poils qui servent à confectionner leur nid», explique le vétérinaire employé par les Swiss Quality Testing Services (SQTS), une entité de contrôle appartenant à la Fédération des coopératives Migros, en montrant des lapereaux. Ceux-ci se trouvent dans un nid douillet fait de sciure et de pelage aménagé dans une boîte spéciale située devant le clapier. Agés de deux jours, ils sont dépourvus de poils et se blottissent les uns contre les autres.

Pour établir son diagnostic avec certitude, le vétérinaire dispose d’une liste de contrôle très précise. «J’ai effectué vingt visites en deux ans et je peux dire que nous avons développé ici une installation exceptionnelle.»

L’élevage en famille est révolutionnaire

Quand Bernhard Walker dit «ici», il parle de ses visites d’inspection en Hongrie, plus précisément dans l’exploitation Delimpex, située à une trentaine de kilomètres de Budapest. Quelque nonante mille lapins y sont élevés sur une surface de neuf hectares. L’aspect «exceptionnel» réside dans la façon dont les bêtes sont détenues – un élevage particulièrement respectueux des besoins de leur espèce – ainsi que du grand nombre de lapins présents.

Contrairement à la Suisse, l’Union européenne (UE) ne connaît pas de directives de protection concernant les lapins. Il s’agit là d’un problème important, puisque 80% de la viande de lapin consommée dans notre pays est importée de l’UE.

En Suisse romande, cette viande saine et pauvre en matières grasses est très appréciée. Toutefois, la production suisse ne satisfait de loin pas la demande. C’est pourquoi Migros doit importer 75% des volumes qu’elle écoule.

Au 1er janvier 2012, une nouvelle loi est entrée en vigueur. Celle-ci oblige de déclarer en Suisse la viande de lapin provenant d’élevages ne respectant pas les besoins de l’espèce. Migros ne vend toutefois plus que de la viande de lapin importée produite selon les directives de l’ordonnance suisse sur la protection des animaux, c’est-à-dire provenant d’élevages respectant les besoins des lapins. «Avec Delimpex, nous avons professionnalisé les conditions de travail pour pouvoir garantir des conditions d’élevage conformes, explique Bernhard Walker. C’est là un travail de pionnier.»

Qu’est-ce que cela signifie concrètement? « Le fait de regrouper les animaux par famille est révolutionnaire. Les lapereaux sont élevés ensemble et ne sont jamais séparés jusqu’à la fin de leur vie.» En conséquence, les lapins ne luttent pas pour instaurer une hiérarchie entre eux, ce qui pouvait conduire à des blessures graves.

Le bien-être des animaux est la priorité

Le nouveau système de nourrissage favorise les facultés d'apprentisage des lapins.
Le nouveau système de nourrissage favorise les facultés d'apprentisage des lapins.

Nous entrons dans un nouvel espace d’élevage abritant environ quinze mille lapins. Les surfaces viennent d’être agrandies afin que chaque animal bénéficie d’au moins 1000 cm2. Et lorsqu’il atteint 1,5 kg et demi, ce sont 500 cm2 supplémentaires qu’il aura à disposition.

«Vous entendez? On ne trouve ça nulle part.» Le silence règne dans cette grande halle. «C’est ça qui est remarquable! Les lapins sont craintifs; l’homme représente une menace. Quand j’entre dans un élevage, ils réagissent habituellement avec beaucoup d’inquiétude.» Et pourquoi pas ici? «Parce qu’ils peuvent se retirer dans un espace sombre spécialement aménagé pour eux. Il s’agit d’un progrès important.»

Bernhard Walker poursuit son inspection. Il saisit à nouveau un lapin et l’examine sous toutes ses facettes. Que se passe-t-il si un animal présente des symptômes de maladie, comme une mycose par exemple? «Il est isolé et placé dans une station de soin qui, elle aussi, vient d’être créée.»

Tout est en ordre lors de notre visite. Mais est-ce que le vétérinaire effectue aussi des contrôles surprise? «Bien sûr, car le bien-être des animaux est prioritaire. Migros se réserve donc le droit d’effectuer des visites surprise.»

«L’aménagement des clapiers est entièrement nouveau»

Meinrad Odermatt
Meinrad Odermatt

Meinrad Odermatt, directeur de Delimpex SA, répond à nos questions.

Depuis janvier 2012, votre élevage de lapins est conforme aux directives suisses de la protection des animaux. Cela n’était-il pas le cas auparavant?

En 1999 déjà, nous avons instauré de meilleures conditions d’élevage, clairement supérieures à celles de l’UE. Lors de l’entrée en vigueur de la nouvelle ordonnance suisse sur la protection des animaux, nous avons développé en collaboration avec Migros de nouvelles lignes directrices.

Quelles sont les nouveautés concrètes?

Une mesure centrale réside dans l’abandon de la détention en groupe. Désormais, les lapins restent toute leur vie en famille. L’aménagement de l’espace dans les clapiers est, lui aussi, complètement nouveau. Les animaux peuvent s’ébattre sur trois étages et sauter de l’un à l’autre. Il existe ainsi un espace inférieur plus sombre pour se retirer dans le calme et deux étages supérieurs où ils peuvent s’étendre.

Est-ce là tout?

Nous avons développé un nouveau système pour nourrir les animaux. Il s’agit d’un bâtonnet à ronger entouré de bois. Ce dispositif favorise le mouvement et les facultés d’apprentissage. Car pour accéder à la nourriture, ils doivent développer leur habileté et leur expérience. Par ailleurs, un nouveau système d’aération rend les températures estivales et hivernales agréables dans les clapiers. Enfin, nous avons spécialement formé notre personnel. Nos collaborateurs effectuent des visites de contrôle plusieurs fois par jour et sont capables de repérer les animaux malades ou blessés. Nous disposons de plus de notre propre abattoir. Celui-ci est situé à une demi-heure d’ici, cela permet de réduire considérablement le stress subi par les animaux.

Quel est l’avantage de la viande de lapin?

Très saine, elle est pauvre en cholestérol et en matière grasse. Nous gérons nous-mêmes l’approvisionnement en nourriture sans OGM pour nos lapins. Il s’agit de luzerne, orge et tournesol. Contrairement au fourrage utilisé dans les élevages de gros bétail – constitué de soja, de froment et de maïs – cette nourriture n’entre pas en concurrence avec la chaîne alimentaire humaine. Or, à l’heure où la consommation de viande augmente un peu partout dans le monde, il s’agit d’un argument écologique important en faveur de la viande de lapin.

Auteur: Christoph Petermann

Photographe: Jorma Müller