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16 avril 2012

«Migros est bien ancrée dans l’économie réelle»

Comme une récente enquête le montre, Migros est l’entreprise suisse qui jouit de la meilleure réputation aux yeux du public. Le responsable scientifique de cette étude, Mark Eisenegger, en détaille les raisons.

Mise en emballage de fruits secs
Les Suisses voient 
d’un bon œil l’engagement 
de Migros en faveur de la place industrielle de notre pays. (Photo: Nicolas Righetti/Rezo)

Le principal institut suisse d’études de marché, GfK, dresse chaque année la liste des cinquante principales entreprises helvétiques ayant la meilleure réputation. Les résultats de l’étude «GfK BusinessReflector 2012» sont remarquables pour Migros puisque le distributeur se hisse sur la première marche du podium. Swatch Group et Lindt & Sprüngli suivent aux deuxième et troisième rangs.

Chercheur à l’Université de Zurich, Mark Eisenegger a dirigé l’enquête sur la réputation des firmes suisses. (Photo Peter Frommenwiler
Chercheur à l’Université de Zurich, Mark Eisenegger a dirigé l’enquête sur la réputation des firmes suisses. (Photo Peter Frommenwiler)

Sociologue et co-directeur du département de recherche Opinion publique et société de l’Université de Zurich, Mark Eisenegger est également responsable scientifique de l’étude «GfK BusinessReflector 2012». Il explique ci-après pourquoi Migros a la meilleure réputation et pourquoi les coopératives ont encore la cote aujourd’hui.

Migros et Swatch Group se sont souvent disputé la première place dans ce sondage d’opinion ces dernières années. Pourquoi ces deux entreprises sont-elles si bien notées par la population?

Ces résultats sont à mettre en relation avec le tournant économique que nous vivons depuis quelques années. L’ère du néolibéralisme a vécu. Les entreprises entièrement axées sur le profit des actionnaires ont perdu des points. A contrario, celles qui se basent sur un modèle d’affaires durable sont mieux perçues. Migros et Swatch Group sont bien enracinées dans l’économie réelle de notre pays. Migros est depuis longtemps le principal employeur privé de Suisse. Quant à Swatch Group, son nom reste associé au sauvetage de notre industrie horlogère. Ce solide ancrage économique porte maintenant ses fruits.

Quand on examine ce palmarès, on remarque que plusieurs coopératives comme Migros figurent dans les dix premiers rangs. Comment l’expliquez-vous?

La raison est aussi à chercher dans le fait que le public s’est détourné de l’idéologie néolibérale. Dans les années marquées par les bulles spéculatives, ce sont les entreprises globalisées, axées sur une maximisation des profits à court terme, qui ont donné le ton. Les sociétés coopératives ont valeur de contre-exemple. Elles sont ancrées dans notre pays et dans leur région, convainquent par leur croissance basée sur le long terme et génèrent des produits concrets. Elles ne sont pas non plus dirigées seulement depuis le haut, car leurs clients et collaborateurs ont aussi leur mot à dire. C’est un modèle qui est mieux accepté aujourd’hui.

Migros investit en Suisse sur le long terme.

Cette enquête comprenait aussi un volet sur l’engagement dans le domaine du développement durable. Le résultat de Migros est particulièrement bon dans ce secteur d’activités. L’engagement écologique du distributeur est-il ainsi récompensé?

Il est certain que l’écologie joue un rôle. Migros propose de nombreux produits satisfaisant les critères de programmes de développement durable. Je pense par exemple au poisson certifié MSC, le label de protection des mers. Mais sur le plan social aussi, le développement durable pèse dans la balance: je songe par exemple au Pour-cent culturel ou aux conditions de travail équitables, par lesquelles Migros se démarque positivement de ses concurrents étrangers dans le secteur de la grande distribution. Toutefois, le fait le plus important est que Migros convainc sur le plan de l’économie durable.

Migros s'engage fortement en faveur de l'agriculture de notre pays. (Photo: Gaetan Bally)
Migros s'engage fortement en faveur de l'agriculture de notre pays. (Photo: Gaetan Bally)

Qu’entendez-vous par économie durable?

Je pense ici avant tout aux responsabilités de l’entreprise sur le plan économique, c’est-à-dire aux investissements à long terme dans l’économie réelle de la Suisse, à la création et au maintien de places de travail ainsi qu’à la formation des jeunes. Migros est non seulement le principal employeur du secteur privé, mais aussi le principal acheteur des produits de notre agriculture. A cet égard, le distributeur jouit naturellement d’une très bonne réputation.

La notion de développement durable est aujourd’hui employée à tout-va. Chaque entreprise se doit d’être durable; le public ne risque-t-il pas de s’en lasser?

Les consommateurs font la différence entre les différentes formes de développement durable. Quand une entreprise lance des initiatives philanthropiques dans le seul but de soigner son image, cela finit souvent par se voir. Ce qui compte ce sont les actions durables liées au modèle d’affaires et aux compétences de base de l’entreprise. Quand un groupe investit année après année dans son pays, il se situe précisément dans cette forme de développement durable.

Cette étude permet-elle aussi de décrire l’humeur de la population?

Effectivement, il est possible de percevoir depuis peu une attitude plus méfiante vis-à-vis de l’économie. Le fait que la réputation globale des cinquante principales entreprises suisses ait légèrement baissé est d’ailleurs révélateur. Ce résultat est dû à l’insécurité de la population, provoquée par la crise mondiale de la finance.

Auteur: Michael West