Archives
15 octobre 2012

«Migros lutte contre les prix excessifs»

Oskar Sager, chef du marketing Migros, s’exprime à propos du tourisme d’achat, de l’îlot de cherté suisse et de tout ce que le distributeur entreprend pour y remédier.

Oskar Sager, 
chef du marketing Migros.
Oskar Sager, 
chef du marketing Migros.

La parité entre le franc suisse et l’euro a durant l’été 2011 occasionné un débat qui n’est, en fait, pas nouveau. En raison de la faiblesse de la monnaie européenne par rapport à la nôtre, les prix de nombreux produits ont dégringolé dans les pays voisins de manière déséquilibrée par rapport à ceux pratiqués en Suisse. En particulier, les produits de marque identiques ou similaires, coûtant parfois 50% plus cher en Suisse qu’en Allemagne, ont exaspéré les consommateurs.

Après de longues et pénibles tractations avec fabricants et fournisseurs, Migros est parvenue à restituer entièrement à ses clients les gains de change obtenus sur de nombreux produits importés. Cependant, le tourisme d’achat se poursuit, certains consommateurs privilégiant les pays voisins pour effectuer leurs courses. Rappelons encore une fois que ces marchandises sont plus avantageuses non seulement parce que les salaires et les loyers sont plus bas dans les pays de la zone euro, mais aussi souvent parce que les standards de qualité ne sont pas les mêmes, comme l’explique Oskar Sager chef du marketing de Migros dans l’interview qu’il a accordée à Migros Magazine.

A cause du franc fort, de nombreux Suisses effectuent leurs achats hors de nos frontières. Le mal s’aggrave-t-il?

Le franc fort a augmenté les différences de prix entre la Suisse et les pays étrangers. De nombreux consommateurs passent la frontière pour effectuer leurs achats. Entre-temps, grâce à l’intervention sans compromis de la Banque nationale, la bataille des monnaies s’est stabilisée. Cependant, le tourisme des achats, lui, continue. Les chiffres sont éloquents: ces douze derniers mois, les Helvètes ont dépensé jusqu’à 8 milliards de francs suisses dans les commerces de détail proches de nos frontières. Cette attitude est un problème. Car celui qui achète à l’étranger ne lèse pas seulement le commerce indigène mais prive aussi la production nationale de revenus importants. Migros est particulièrement concernée par ce phénomène dans les régions limitrophes, où son réseau de distribution est dense.

Pouvez-vous comprendre le comportement des Suisses qui passent la frontière pour faire leurs courses?

L’attitude est compréhensible. Reste cependant à savoir si un tel comportement est judicieux et raisonnable. On oublie souvent que l’argent que l’on croit ainsi économiser est affecté à l’achat d’essence pour sa voiture ou dépensé en taxes douanières. Sans parler de la perte de temps qu’entraînent les achats à l’étranger. La persistance d’un pareil tourisme d’achat entraînera à moyen et long terme des conséquences non négligeables. Si des biens de consommation courante, comme les produits frais, les produits laitiers, la viande sont acquis hors de nos frontières, la demande va faiblir auprès de nos agriculteurs et de notre industrie alimentaire. Ce qui aura des effets directs sur nos places de travail et des suites indirectes sur la Confédération qui se verra privée de rentrées fiscales.

Le consommateur moyen voit avant tout son avantage dans les produits que la Suisse importe et qui sont moins chers à l’étranger…

Oui et cela me dérange considérablement quand on voit des articles identiques vendus à un prix sensiblement plus bas à l’étranger. Depuis longtemps, le commerce de détail n’est d’ailleurs pas le seul concerné. L’économie tout entière est affectée. Des médicaments, des magazines, des livres, etc. sont plus chers en Suisse. Si l’on veut corriger cette situation, les associations professionnelles ne sont pas les seules à être interpellées. Le pouvoir politique devrait l’être aussi.

Vous pourriez recourir aux importations parallèles pour acquérir ces articles trop chers et profiter ainsi de prix d’achat plus bas…

Dans le cadre des importations parallèles, nous contournons le réseau de distribution du fabricant et prenons, par exemple, les frais de transport et de logistique à notre charge. Si, en procédant ainsi, nous parvenons au bout du compte à réduire les frais et à diminuer les prix, nous agissons dans ce sens. Cependant, les importations parallèles demeurent un cas particulier. Rien n’indique notamment que nous allons recevoir suffisamment d’articles dans le laps de temps que nous souhaitons. Ce qui est déterminant pour nous, c’est la suppression des barrières à l’importation qui entravent non seulement les importations parallèles mais aussi l’importation directe de marchandises.

«Entre janvier 2009 et août 2012, nous avons baissé les prix de 1,2 milliard de francs.»
«Entre janvier 2009 et août 2012, nous avons baissé les prix de 1,2 milliard de francs.»

De quels freins à l’importation parlez-vous?

Ce sont des restrictions qui nuisent à notre capacité concurrentielle. En plus, il existe de nombreuses procédures de déclaration, d’autorisation ou de douane qui affectent les produits en provenance de l’étranger. Elles entraînent des retards ainsi que des frais supplémentaires. Le principe du cassis de Dijon constitue l’exemple classique d’une loi dont l’application augmente la bureaucratie au lieu d’aiguillonner le commerce international.

Que fait Migros pour lutter contre l’îlot de cherté helvétique?

Nous nous battons systématiquement contre les prix excessifs tout en maintenant nos standards de qualité au plus haut niveau ainsi que nos directives en faveur du développement durable. Nous baissons les prix à un niveau acceptable des produits et articles de marque qui sont en majorité produits et transformés à l’étranger et faisons également profiter nos clients des gains de change. Ces avantages parlent d’eux-mêmes: durant ces trois dernières années, nous avons réduit les prix d’environ 10% sur l’ensemble de l’assortiment des supermarchés. Rien que cette année, les prix vont une nouvelle fois baisser de près de 2%.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement?

Entre janvier 2009 et le mois d’août de cette année, les baisses de prix représentent globalement près de 1,2 milliard de francs. Un client qui achète pour 1000 francs de marchandises à Migros économise ainsi 100 francs aujourd’hui par rapport à 2008.

Quelles sont les limites de ces baisses de prix? Si on la compare avec l’étranger, la protection dont bénéficie notre paysannerie renchérit le prix des produits agricoles…

La protection délibérée de notre agriculture présente plusieurs aspects. Il s’agit de considérer que, d’une part, la chute de l’euro a entraîné, en comparaison internationale, un renchérissement sensible des produits agricoles indigènes. D’autre part, il existe une différence de qualité importante entre ces derniers et ceux de nos voisins européens. Dans la production de denrées alimentaires, nos standards sont plus élevés. C’est un acquis qu’il convient de ne pas remettre en question. Les produits que Migros acquiert proviennent de fournisseurs qui respectent ces exigences de qualité tout en remplissant les critères de développement durable.

Pouvez-vous nous donner un exemple?

Ils sont nombreux. Dans aucun autre pays, le bien-être des animaux est aussi important qu’en Suisse. C’est une manière de faire contrepoids à la production animalière industrialisée à l’extrême et à sa politique de rendement maximal. Nous collaborons par exemple étroitement avec IP-Suisse, une organisation à laquelle sont affiliées plus de 19 000 exploitations agricoles. Les succès remportés confirment le travail accompli par ses membres en faveur des animaux et de l’environnement.

Quelles sont les prochaines mesures que Migros va prendre pour baisser les prix?

Récemment, nous avons réduit de plus de 10% le prix du café en grains. Et, aujourd’hui, nous diminuons de 15% en moyenne le prix de différents articles de marque dans le domaine des cosmétiques.

Bonnes notes pour le commerce de détail suisse

Dans son dernier rapport daté de septembre 2012 et intitulé «Franc fort et prix», le surveillant des prix Stefan Meierhans écrit que la Suisse demeure un îlot de cherté. Ce texte condense plusieurs investigations sur la valeur des produits et se base sur de nombreuses réclamations faisant état de gains de change non répercutés en Suisse. Dans son rapport, Stefan Meierhans arrive à la conclusion que le commerce de détail a déployé de gros efforts pour faire baisser le niveau global des prix en Suisse. «D’une manière générale, écrit-il, depuis 2010, simplement en restituant les gains de change, le commerce de détail a contribué à la diminution du niveau des prix dans notre pays.» En outre, afin de rendre plus concurrentielle l’économie nationale, le surveillant des prix réclame l’abolition des entraves commerciales et du cloisonnement des marchés.

Auteur: Daniel Sidler

Photographe: Nik Hunger