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14 octobre 2013

Mobilité confortable

Les besoins des usagers ont changé. Des recherches menées sur la mobilité montrent que, nettement plus qu’il y a une vingtaine d’années, l’utilisateur des transports met l'accent sur le confort plutôt que sur la vitesse.

Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire (CEAT). (Photo: DR)

Saturé. C’est le mot qui vient un peu naturellement à la bouche pour décrire le système de transports dans l’Arc lémanique. Métro M2 bondé moins de cinq ans après sa mise en service, métro M1 en limite de capacité, voie unique oblige; tramways et bus genevois lents et surchargés, ligne de chemin de fer entre Lausanne et Genève proche de l’infarctus, autoroutes et grands axes bouchonnés. Alors on bricole comme on peut, un peu dans l’urgence parfois: quelques sièges en moins sur le métro M2 pour faire un peu de place, des quais allongés pour des trains plus longs, une voie d’arrêt d’urgence comme troisième piste autoroutière… Et politiquement, on invoque le retard de l’investissement par rapport à la Suisse alémanique et la nécessité de le combler. «Nous avons vingt à trente ans de retard», entend-on. Et c’est bien vrai! Il suffit de parcourir les S-Bahn zurichois ou bernois pour s’en convaincre.

Et pourtant… il y a un hic: à vouloir la même offre que ce qui a été fait à Berne ou Zurich dans les années 1990 et 2000, on oublie que les besoins des usagers ont changé. Les recherches menées sur la mobilité montrent que, nettement plus qu’il y a une vingtaine d’années, l’utilisateur des transports demande du confort. Plus qu’une diminution de la quantité de temps que prennent ses déplacements, il est sensible à la qualité de ce temps. La faute à internet, au wifi, aux tablettes et aux ordinateurs et téléphones portables.

En conséquence, une offre de transport attrayante du point de vue des utilisateurs est d’abord aujourd’hui celle qui assure une place assise et un bon niveau de confort, bref, celle qui permet d’occuper son temps en déployant des activités pendant son trajet. La nécessaire générosité des services est d’abord ergonomique et donc capacitaire. Gagner du temps a largement changé de sens: ce n’est plus mettre moins de temps entre la ville A et la ville B, mais pouvoir faire quelque chose de son temps de trajet.

Avec le renouvellement générationnel, de nombreux travaux de recherche montrent que cette tendance va se renforcer à l’avenir. Il ne s’agit plus dès lors que de se saisir de ces signaux.

Auteur: Vincent Kaufmann