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15 avril 2016

Mon baptême du fisc

Je sais, c'est déplacé - voire décadent - par les temps qui courent, mais j'ai décidé de payer mes impôts. Nous sommes le 15 avril. «Today is Tax Day» (soit: aujourd'hui, c'est le jour des impôts), comme on dit aux Etats-Unis.

Portrait de Xavier Filliez
Portrait de Xavier Filliez

Un jour comme les autres où les experts répètent leur mantra dans tous les journaux du monde - «nous avons négligé la piste panaméenne» - mais où tu sais que toi, on ne te ratera pas. Ce qu'on m'a soufflé il y a quelque temps m'a aidé à me détendre: le dernier formulaire du fisc américain (l'IRS = Internal Revenu Service) a été grandement simplifié. Il ne compte désormais que trois points:

  1. Combien avez-vous gagné en 2015?
  2. Combien vous reste-t-il?
  3. Faites virer le montant cité au point 2 (LOL).

Au pays de la libre entreprise et de la fortune facile, il y en a une autre, à peu près universelle, qui dit: «A lot of people still have the first dollar they ever made. Uncle Sam has all the others.» (Nombreux sont les gens qui ont encore le premier dollar qu'ils ont gagné. Oncle Sam a tous les autres).

Sérieusement, première étape pour éviter disgrâce auprès de l'IRS: trouver un «Tax Guy». Quand c'est ton baptême du fisc aux Etats-Unis, il y a plusieurs façons de procéder. Tu peux risquer ta vie sur Craigslist (ndlr: un site de petites annonces sur internet), appâté par un slogan «How to cheat on your tax» (ndlr: «Comment tricher pour vos impôts»), avec, comme issue possible (dans ma tête): le FBI ou un donjon rempli de pervers déguisés en Platini. T'arrêter au coin de la rue où tu vois des autocollants «Accountant»; «Tax return for you and your family», «Step in!»(ndlr: «Comptable», «Déclaration de revenus pour vous et votre famille», «Faites le pas!»).

Ou suivre les recommandations de tes copains. Ceux qui, de préférence, ont plus ou moins le même job que toi. Et plus ou moins le même budget. C'est là, généralement, que tu choisis entre un «Tax Preparer», version basique et bon marché, et un «laywer» (ndlr: un avocat), version compliquée et chère.

Je suis journaliste indépendant: guess who I picked (ndlr: devinez qui j'ai choisi)! Le mien s'appelle Todd. Profil? Ni Wall Street ni escroc d'entresol. Un grand gars simple et fiable dont la voix de basse-baryton m'a inspiré confiance dès le premier coup de fil. Enfin, dès le deuxième. Au premier, il m'avait semblé un peu agité (il croulait sous les dossiers). Il avait pensé pareil de moi (je croulais sous les notes de frais à déduire et les tableaux Excel). Je suis passé chez lui avant-hier. A deux blocs de Times Square dans une tour de quarante-trois étages qui domine Hudson River offrant des loyers modérés pour les artistes.

Todd est «Tax Guy» à mi-temps. Il est surtout comédien. Il a joué à Broadway. J'en suis ressorti relativement serein. Sans entrer dans les détails, une grosse partie de ma facture est la contribution fédérale aux assurances sociales. J'ai filé 200 dollars à Todd. J'ai envoyé un chèque à l'IRS.

Et je crois que c'est là qu'il faut arrêter de réfléchir. Sinon... tu t'indignes: 27% de tes impôts sont consacrés à l'armée. Tu protestes: 45% des Américains, soit 77 millions de ménages, n'en paient pas du tout parce qu'ils n'ont pas le revenu imposable nécessaire. Tu commences à maudire ceux que d'ordinaire tu chéris: en 2014, Apple a évité 60 milliards d'impôt par le truchement des paradis fiscaux.

Alors je me suis repassé un bon vieux «Last Week Tonight» de John Oliver (lien en anglais). Celui où Michael Bolton vient rappeler en chantant à quel point l'IRS est indispensable à nos existences: «You are the anus of our country, don't you know?» (ndlr: «Tu es le trouduc' de ton pays.»)

Quoi? Ce n'est pas plus décadent que de payer ses impôt.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez