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8 mai 2017

Mon enfant bégaie, c’est grave?

Handicapant et stigmatisant, ce trouble de la communication apparaît le plus souvent chez les enfants entre 2 et 4 ans. Il peut être soigné à condition d’être pris en charge rapidement.

Dessin caricatural de parents qui répètent leurs réponses deux fois en parlant à leur enfant qui bégaie.

«Ma fille Estelle s’est mise à bégayer du jour au lendemain alors qu’elle avait 3 ans. Elle n’arrivait plus à finir ses phrases, butait sur chaque mot et répétait presque toutes les syllabes. Elle disait: ‹Je, je, veux, veux, te, te…› C’était impressionnant.»

Aussi spontané que handicapant, le bégaiement apparaît souvent sans crier gare dans la petite enfance. A l’instar de Mathilde, la maman d’Estelle, les parents se retrouvent impuissants face à leur enfant qui n’arrive plus à formuler sa pensée. Les mots qui commençaient à prendre forme ne viennent plus, laissant le petit interlocuteur parfois sans voix.

Stigmatisant s’il perdure, ce désordre de la communication touche 5 à 8% des enfants. Il est pourtant loin d’être une fatalité. Chez trois enfants sur quatre, il disparaît spontanément avant l’âge de 6 ans et pourrait même être totalement éradiqué s’il était traité à temps, estiment les spécialistes.

Une réaction est nécessaire sitôt l’apparition des premiers troubles

La prise en charge précoce est la clé, insiste Florence Juillerat Rochat, logopédiste et secrétaire suisse de l’Association Parole Bégaiement. «Longtemps, on a cru qu’il fallait attendre que l’enfant ait atteint l’âge de 6 ans pour savoir s’il avait un vrai bégaiement et ainsi commencer un traitement.

Aujourd’hui, on sait que plus un enfant est traité tôt, plus les chances que son trouble disparaisse sont grandes, car à ses débuts, le bégaiement est très malléable.»

C’est ce qu’a fait la maman d’Estelle en se tournant peu de temps après l’apparition des premiers symptômes vers une logopédiste de l’Unité de guidance infantile de Genève. «Comme ma fille n’avait que 3 ans, elle a tout de suite été prise en charge et, au bout de six mois de traitement, son bégaiement a disparu.»

Des trucs et des conseils lui sont donnés, comme aider la petite fille à aller au bout de sa pensée en reformulant sa phrase lorsqu’elle bute sur une syllabe ou la guider lorsqu’elle s’achoppe à un mot. «Sans pour autant la corriger», précise Mathilde. Florence Juillerat Rochat ajoute:

Le mieux étant de ne pas donner de conseils à l’enfant, mais de montrer l’exemple en parlant tranquillement avec des phrases simples et des pauses.

Mais pourquoi donc les enfants se mettent-ils à bégayer? L’origine du mal est-elle d’ordre psychologique ou génétique, voire les deux? «Dans le cas de ma fille, il est rapidement apparu que c’est l’arrivée de son frère et de sa sœur, des jumeaux nés vingt mois après elle, qui a déclenché son trouble, raconte la maman d’Estelle, plus précisément au moment où ils ont commencé à faire du quatre pattes;

elle s’est sentie envahie et son bégaiement a traduit une crise de jalousie.»

L’histoire s’est répétée avec son frère cadet, dont le bégaiement a aussi commencé à l’âge de 3 ans pour disparaître après quelques mois de prise en charge. «On a réalisé qu’il se faisait complètement dominer par ses sœurs et c’est comme ça que cela ressortait.»

Si le facteur psychologique est présent, c’est que le bégaiement débute souvent dans une période chargée en émotions ou en excitation, comme un déménagement ou une période de fête, tel Noël. Il disparaîtra ou s’installera selon les réactions de l’enfant. Certains marqueurs génétiques ont aussi été identifiés, précise Florence Juillerat Rochat. «Mais cela ne veut pas pour autant dire que le bégaiement sera transmis de génération en génération.

Certains parents bègues auront des enfants qui n’ont aucun problème et inversement. Chaque cas est unique, tout comme l’est la prise en charge.» 

Texte: © Migros Magazine | Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Illustrations: François Maret