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18 novembre 2013

Mon enfant dit toujours non

Pas évident de faire face aux refus d’obtempérer et aux crises de colère intempestives de son tout-petit. Pas de panique: si elle est souvent difficile à gérer pour les parents, cette phase d’opposition ne dure pas.

Une enfant mécontente disant non
La «crise d’adolescence» des tout-petits intervient en général entre 18 et 36 mois. Photo: Plainpicture / Stockwerk/ Tom Menz

Mais que s’est-il passé? Hier encore tout calme et disant oui amen à vos injonctions, votre petit ange s’est transformé en une poupée qui dit «non». D’un jour à l’autre, il est devenu une boule de colère prête à exploser face à n’importe quelle contrariété. Et vous n’avez rien vu venir. Pourtant, il faut vous rendre à l’évidence: votre enfant est entré de plain-pied dans ce que les spécialistes de la petite enfance nomment la phase d’opposition. Ou «terrible two» (le terrible deux) comme l’appellent les Anglo-Saxons, histoire d’annoncer la couleur...

Redoutée par les parents et souvent décrite comme la crise d’adolescence des tout-petits, cette phase intervient en général entre 18 et 36 mois. Sa durée et son intensité dépendent de chaque enfant, certains se contentant de piquer une ou deux grosses crises mémorables, d’autres les alignant. Aussi soudaines qu’intenses, ces dernières peuvent survenir à tout moment. Un yaourt qui n’a pas le goût escompté, une pièce de puzzle qui ne rentre pas là où elle devrait, le refus du papa de lire une énième histoire avant l’heure du coucher, tout est prétexte à explosion. Aucune frustration n’est tolérée. De quoi décourager les plus patients des parents.

Maman d’un petit Titouan âgé aujourd’hui de 4 ans, Corinne se souvient d’avoir dû puiser au plus profond de ses ressources pour ne pas finir elle aussi par exploser.

Les crises ont commencé vers 2 ans. Titouan se mettait en colère, hurlait et pleurait dès que mon mari ou moi lui disions non, se souvient-elle. Mais elles se sont vraiment intensifiées peu avant ses 3 ans, au moment où j’attendais sa petite sœur. Je n’osais plus aller faire les courses avec lui de peur qu’il se roule par terre dans le magasin. C’était vraiment très dur.

Isabelle Radreau Preisig, infirmière de la petite enfance
Isabelle Radreau Preisig, infirmière de la petite enfance.

Isabelle Radreau Preisig en sait quelque chose. Depuis plusieurs années, cette infirmière de la petite enfance se rend chez les parents à bout de nerfs de la région lausannoise pour les coacher. Elle aussi constate dans sa pratique que les crises ont tendance à s’intensifier autour des 3 ans avant de s’estomper progressivement. «Souvent, un deuxième enfant vient d’arriver dans la famille, et entre le petit dernier qui ne fait pas ses nuits et le grand qui s’oppose, les parents finissent par ne plus en pouvoir.»

Une phase traversée par les enfants de toutes les cultures

Pour remonter le moral des troupes, cette super-nanny explique d’entrée de jeu que «tous les enfants de toutes les cultures fonctionnent ainsi, car cela fait partie de leur développement»:

A cet âge, l’enfant a compris le sens du non. Il l’utilise au début sans vraiment connaître son pouvoir puis se rend compte qu’il possède une réelle influence sur son entourage.

Mais, poursuit-elle, il ne s’agit pas pour lui de refuser sciemment l’autorité de ses parents: «Il a besoin de tester leurs limites, d’aller taper contre pour voir ce qui se passe et s’affirmer. Même si cela est épuisant et peut donner l’impression qu’il fait tout pour rendre la vie infernale, il reste un petit enfant. Et un enfant apprend par la répétition.»

Tiraillé entre les besoins d’autonomie et de dépendance

Frustration et crises sont donc le lot de tous les petits. Normal, lorsqu’on sait que le cortex préfrontal, qui régit les émotions, n’arrivera à maturation qu’à l’adolescence. Tiraillé entre son besoin d’autonomie et celui de dépendance, chaque enfant se doit d’explorer les limites. Pour lui, dire non, c’est apprendre à s’affirmer, à s’autonomiser. Face à cet apprentissage parfois douloureux, une solution: s’armer de patience, prône Isabelle Radreau Preisig.

Il faut toujours rester calme et neutre. Et ne surtout pas oublier que le parent est le miroir de l’enfant. S’il s’énerve, son enfant apprendra qu’il faut réagir ainsi.

Auteur: Viviane Menétrey