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17 mars 2014

Mon enfant ne veut pas aller au lit

Que faire quand l’heure du coucher rime avec guerre des tranchées? Une solution: ne pas fléchir. Et ne pas oublier que dormir, ça s’apprend!

une enfant hurlant dans son lit
Tous les spécialistes le disent: l’endormissement est grandement facilité lorsqu’un rituel du coucher est mis en place. Photo Joel Sartore

Tout avait pourtant bien commencé: Hugo, 3 ans, s’endormait chaque soir tel un petit ange. Une histoire racontée, quelques câlins, des bisous, et le garçonnet plongeait dans les bras de Morphée. Et puis un jour, patatras! La petite musique de nuit s’est enrayée pour se transformer en cacophonie de cris et de pleurs. Depuis quelques mois, Hugo ne veut plus rien entendre:

Il hurle dès qu’on veut le mettre au lit, alors que c’est un enfant qui pleure rarement, il s’accroche à nous, raconte Mélissa, sa maman. Nous avons tout essayé: veilleuse dans la chambre, lumière dans le couloir, lui parler et expliquer que tout va bien, le menacer de punition le lendemain, l’engueuler, mais rien n’y fait. On l’a même laissé hurler, mais il finit par se faire vomir.

S’il peut sembler extrême, ce cas est pourtant loin d’être isolé. Il n’y a qu’à lire sur internet les nombreux «posts» et commentaires de parents désespérés pour s’en rendre compte. Un enfant qui ne veut pas aller au lit, voilà qui rappelle à beaucoup une musique bien connue. Le scénario est presque toujours le même: alors que l’imminence du coucher se fait sentir, le principal intéressé redouble d’énergie pour faire diversion et négocier quelques minutes supplémentaires. Et quand la porte de la chambre est enfin fermée, il ne se passe pas plus de quel­ques minutes avant qu’elle ne s’ouvre. S’ensuivent de multiples allers-retours entre le lit et le salon, ou la chambre parentale.

Entre vingt et trente micro-réveils par nuit

Dr José Haba Rubio, spécialiste du sommeil au CHUV. Photo DR

Que faire face à ces rebelles de l’oreiller? Y a-t-il un truc, un comportement à adopter ou les affres du coucher sont-elles inévitables? Médecin associé au Centre d’investigation de recherche sur le sommeil du CHUV, à Lausanne, le Dr José Haba Rubio est catégorique: si le sommeil est une fonction biologique, il est aussi et avant tout un comportement. «On doit apprendre dès le départ à l’enfant à dormir et à s’endormir.» Un mécanisme d’autant plus important que l’on se réveille tous en moyenne entre vingt et trente fois par nuit, poursuit-il. «Il s’agit de petits réveils très courts que le cerveau n’enregistre pas, mais lorsque le sommeil est interrompu, l’enfant aura besoin des mêmes conditions pour se rendormir. Si le parent reste à côté de lui le soir jusqu’à ce qu’il s’endorme, il aura à nouveau besoin de sa présence pour retrouver le sommeil et créera sans le vouloir les conditions pour que celui-ci soit fragilisé.»

Des peurs transmises par les adultes

L'enfant doit apprendre à faire la différence entre son lit et le lit conjugal.)
L'enfant doit apprendre à faire la différence entre son lit et le lit conjugal. (Photo Gallery Stock)

Face aux craintes du noir et des cauchemars, des trucs existent, mais, insiste José Haba Rubio, il ne faut pas oublier que ce sont en général les adultes qui transmettent ces peurs à leurs enfants.

Pourquoi avoir peur de dormir ou de s’endormir? Chez un enfant, la peur du noir n’existe pas. Il faut au contraire lui expliquer que dormir est quelque chose d’agréable et transmettre une idée positive du sommeil.

Et si votre bout d’chou persiste, ne cédez pas à la tentation de le laisser rejoindre le lit parental. «Au départ, cette solution peut paraître pratique, on se dit que cela va simplifier la vie. Mais est-ce logique? Je ne le pense pas, car l’enfant doit apprendre à faire la différence entre son lit et le lit conjugal», estime le pédiatre Nahum Frenck. Ce d’autant plus que ce type d’habitude risque d’accentuer son incapacité à traverser la nuit sans l’aide de ses parents. Au pays du sommeil, les enfants dorment seuls.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey