Archives
20 janvier 2014

Mon enfant s’invente un ami

Que faire lorsque Spiderman ou un ours invisible prennent quotidiennement place dans la tête de votre progéniture? Un mot d’ordre: ne pas s’inquiéter, c’est bon pour la fantaisie!

Illustration d'un enfant jouant avec un ami imaginaire dessiné façon pointillisme
Un ami imaginaire a souvent un effet positif sur le développement des enfants.

Une gouvernante anglaise répondant au nom so british de Mrs. Mulberry. Telle est la forme que prend l’amie imaginaire de Parker, le fils de Lynette Scavo, dans la deuxième saison de la série Desperate Housewives.

Personnifiée par un parapluie noir – clin d’œil à Mary Poppins – (lien en anglais), qui suit le jeune garçon dans ses moindres déplacements, la nounou connaîtra une fin tragique, orchestrée par la maman jalouse de se voir ainsi remplacée (écrasé sous les roues d’une voiture, le pépin!).

Pourtant, rien de plus normal pour un enfant que de s’entourer d’un ou plusieurs copains invisibles. Plus de la moitié des petits âgés entre 3 et 5 ansvivraient une telle relation, estime la psychologue Suzanne Vallières dans son ouvrage Les Psy-trucs pour les enfants de 3 à 6 ans (voir aussi encadré ci-contre). Selon certaines études, précise-t-elle encore, les aînés, les garçons et les enfants uniques seraient plus fréquemment concernés.

«Une telle attitude est plutôt encourageante, rassure de son côté Cristina Tattarletti, directrice de l’Association pour l’éducation familiale à Fribourg.

Les enfants ont tout autant besoin de l’imaginaire que du réel pour se construire.

Les jeux symboliques prennent d’ailleurs très tôt une grande importance dans leur quotidien, un crayon devenant rapidement un avion et un paquet d’emballage suscitant davantage d’intérêt – le papier brillant et le coloré appellent au rêve! – que le cadeau lui-même.»

Quand l’enfant partage son monde intérieur

Point d’inquiétude donc si des héros de dessins animés, des animaux invisibles ou encore un doudou à la personnalité bien affirmée viennent parfois s’inviter à la table familiale.

Il s’agit simplement de poser des limites,

souligne Cristina Tattarletti. Si un enfant réclame une assiette pour son ami imaginaire durant un repas dominical, lorsque tout le monde a le temps de se prêter au jeu, pourquoi lui refuser ce plaisir? C’est une tout autre histoire si la même demande survient un lundi matin dans la précipitation du départ au travail!» Une bonne occasion donc de montrer aux petits la différence entre la vie réelle et l’univers des rêves.

C’est justement en explorant librement son monde intérieur qu’il parviendra à l’apprivoiser,

relève la pédagogue fribourgeoise.

Ne peut-on toutefois pas déceler dans la présence de ces amis imaginaires le symptôme d’un certain sentiment de solitude chez nos têtes blondes? «Seulement si l’on observe d’autres signes en même temps, nous répond Cristina Tattarletti. Par exemple, si l’enfant a tendance à rester très accroché à sa maman ou qu’il ne s’entoure pas de camarades réels. Mais

un ami imaginaire peut aussi aider certains à créer un lien avec d’autres petits.

Et il ne faut pas s’inquiéter si l’enfant apprécie par moments sa propre solitude. Au contraire, c’est bénéfique, constructif.

Bref, un mot d’ordre pour la pédagogue: éviter de brider l’imagination de nos jeunes rêveurs. D’autant que dans la majeure partie des cas, ces personnages invisibles ne s’inviteront pas dans la
famille plus qu’un ou deux mois.

Si la période se prolonge, on peut essayer d’intéresser l’enfant à d’autres jeux ou lui suggérer par exemple que son ami imaginaire est parti quelque temps en vacances...

Par contre, il est inutile d’imiter Lynette Scavo et d’aller jusqu’à organiser sa disparation!

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Paula Troxler (Illustration)