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10 octobre 2016

Morale bol

L'affaire Darbellay inspire Martina Chyba pour sa chronique.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait le 11 septembre. Pas en 2001 donc. Je parle de ce dimanche 11 septembre 2016, jour où l’on a découvert «l’affaire Darbellay». Tout a été dit, on ne va pas s’étaler. Moi j’ai juste imaginé les protagonistes. Un mari rentre un soir et dit: «Chérie, il faut qu’on parle. Alors voilà, je t’ai trompée, je ne me suis pas protégé, la dame est enceinte.» Déjà, bon. Et il ajoute: «D’ailleurs il faut que je te laisse, car elle est à l’hôpital, elle accouche dans euh… trois quarts d’heure, salut, on en recause.»

Il informe donc sa femme, son parti politique et la presse (on ne sait pas dans quel ordre en fait) et ça sort dans le «Sonntagsblick».

Là, je visualise la maîtresse, à la clinique, assise sur une bouée (mmmh quels souvenirs), avec son bébé dans une main et le journal dans l’autre, découvrant qu’elle est une «grosse erreur». Erreur, c’est déjà pas drôle, mais grosse, juste après l’accouchement, c’est vraiment salaud. Et se disant que si l’enfant est aussi intelligent que son père, il pourra bientôt lire ça aussi, le veinard. Après, je visualise l’épouse allant à la messe à Martigny avec les trois enfants légitimes et endimanchés, sous les regards appuyés des paroissiens et se demandant pendant le sermon si elle ne devrait pas aller faire un test de MST. Il paraît qu’on ne devrait pas en ricaner. Ben si.

C’est comme les deux dirigeants d’un mouvement islamiste marocain, une veuve et un homme marié, pleins d’enfants tous les deux, du style à t’asperger d’acide si tu oses rire avec des hommes parce que, je cite, «ce type de rire entre dans le domaine de la fornication», et qui se sont fait choper à l’arrière d’une voiture «en flagrant délit d’adultère». Haha. Ils ont été suspendus par leur mouvement qui, selon la formule consacrée, a également parlé de «grave erreur».

Attends, on va être clair, moi de ce que font les adultes consentants entre eux, pour autant que cela reste dans le cadre de la loi, je m’en «balec» comme dit mon fils ado (ceux qui ont un fils ado comprendront, les autres extrapoleront une traduction, en tout cas ça reste dans le thème). Il paraît qu’à Berne pendant les sessions, c’est la fête du slip, grand bien leur fasse à tous.

On leur demande juste de ne pas nous dire à nous comment on doit se comporter dans nos vies et dans nos lits, d’éviter de nous servir des bondieuseries auxquelles ils ne croient pas eux-mêmes et de nous épargner les photos dans «L’illustré» à grands coups de «ma priorité c’est l’éducation de mes enfants» et «ma femme est formidable».

Ce qu’on leur demande, c’est de faire en sorte que chaque citoyen ait un boulot, un logement et une assurance-maladie qui ne coûte pas la moitié de son salaire. Et le droit de rire bien sûr, même d’eux. Parce que je ne sais pas si le rire se rapproche de la fornication, mais comme le disait si bien notre vénéré président Schneider-Ammann, «le rire c’est bon pour la santé».

Texte © Migros Magazine - Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba