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11 novembre 2013

Mumbai, ville durable?

Vincent Kaufmann, professeur à l’EPFL et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire.

En déambulant dans les ruelles des bidonvilles de Mumbai, et tout particulièrement celles de Dharavi, la réalité urbaine indienne se dévoile de façon radicalement paradoxale.

A bien des égards, la ville indienne telle qu’elle se donne à voir dans les quartiers populaires auto-construits de Mumbai fait penser à ces villes durables que nombre de pays européens appellent de leurs vœux:

le recyclage presque systématique des objets, la production locale d’objets consommés sur place, la combinaison entre une forte mixité des fonctions, qui limite les déplacements quotidiens.

Mais le constat va même encore plus loin, puisque les quartiers populaires de Mumbai restent fortement reliés au monde rural, par l’utilisation intensive de la communication à distance par les téléphones portables, et par celle du train, très bon marché et reliant directement la ville au monde rural, ce qui permet de maintenir un équilibre urbain-rural inédit. Dans cette configuration, le pauvre est connecté et mobile, l’assignation au quartier n’est pas ce qui l’oppose au riche.

La situation est pourtant une fois encore bien singulière. De par l’accès au train, les habitants de quartiers comme Dharavi ont accès aux formes de mobilité réversibles comme l’habitat polytopique, voire la pendularité hebdomadaire de longue distance, comme elles se développent en Europe actuellement.

Nous ne sommes donc pas dans un système de croissance urbaine où l’exode rural vide les campagnes de leur substance, mais bien dans un modèle urbain décentralisé, où les échanges entre villes et campagnes semblent avoir trouvé un équilibre. Elle suggère que les transformations urbaines à l’œuvre en Inde présentent des similitudes avec celles qui se développent en Europe: ainsi, le territoire se transforme-t-il sous l’impulsion de la communication à distance et du train, autant si ce n’est davantage que par l’automobile. Ce constat mérite d’autant plus d’être relevé qu’en Inde, les investissements routiers sont très importants.

Auteur: Vincent Kaufmann