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19 août 2013

Murs en pierres sèches: des remparts à la perte de la biodiversité

Les murs en pierres sèches font partie du patrimoine des crêtes jurassiennes et sont aussi d’excellents refuges pour certaines plantes et animaux. Un ancien savoir-faire qu’ont voulu apprendre des étudiants genevois en architecture du paysage.

Un groupe d'étudiants écoute un homme présenter le projet de reconstruction d'un mur en pierres sèches situé à droite sur l'image
Face aux étudiants genevois en architecture du paysage, Kari Gerber présente le projet de re-construction de l’ouvrage de pierres sèches.

Certains murs sont célèbres. Il y a celui de Berlin, de Jérusalem ou encore la Grande muraille de Chine. Sur la chaîne jurassienne, ce sont les murs en pierres sèches qui jouent la vedette. Elément caractéristique du paysage, on en oublierait presque qu’ils ont été érigés un jour par l’Homme.

Un étudiant déblaye les restes de l'ancien mur à l'aide d'une pelle.
Quelques minutes après leur arrivée, les étudiants se mettent déjà au travail. Il faut déblayer les restes de l’ancien mur avant d’empiler les nouvelles pierres.

Pourtant ce savoir-faire s’apprend. Aujourd’hui encore. A l’image de cette vingtaine d’étudiants de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia) qui ont choisi de s’inscrire à un camp thématique d’une semaine pour s’initier à ces anciennes techniques. Lundi matin, dix heures tapantes, les voici qui débarquent à Probstenberg, lieu-dit situé non loin de la montagne du Weissenstein dans le Jura soleurois. Suivant parfaitement les courbes de la crête, le magnifique mur de pierres jaunes flambant neuf se fait vite remarquer.

Une construction qui n’a pas d’âge

Sous un ciel capricieux et une température bien fraîche pour la saison – même à 1200 mètres d’altitude – Kari Gerber, responsable du projet de reconstruction de l’ouvrage, se charge d’accueillir le groupe en lui fournissant déjà quelques repères. «Vous êtes ici à cheval entre les cantons de Berne et de Soleure, explique le spécialiste. Voilà déjà 1300 ans qu’une frontière longe la crête. Nous ne connaissons pas la date exacte de l’édification du mur puisqu’il a été rénové à de nombreuses reprises. Mais on estime qu’il est aussi ancien que cette frontière!»

Quant à la raison pour laquelle on a préféré ces constructions rocheuses à des cloisons en bois pour délimiter les pâturages jurassiens… le mystère demeure.

Kari Gerber a quand même son hypothèse. «Pour améliorer la qualité des pâtures, on a dû en extraire les cailloux. Ne sachant qu’en faire, on a pensé les utiliser pour réaliser des clôtures. D’autant plus que le bois vient à manquer à partir d’une certaine altitude.»

Une alternative au béton, même en zone urbaine

Il est temps de se mettre au travail. Il faut d’abord évacuer les dernières pierres où se dressait jadis l’ancien mur. Armés de scies, de marteaux et de quelques clous, voilà que le groupe érige déjà les gabarits qui marqueront l’emplacement de la construction. «Si j’ai choisi ce module, c’est parce que je suis intéressée par les anciennes traditions», lance Chloé. «Et puis c’est l’occasion de visiter de nouveaux paysages, renchérit Florent, et j’aime le côté pratique de ce camp, c’est génial de se mettre aussi vite au travail.»

Leur professeur Eric Amos prête aussi main forte à la petite équipe, ravi de l’engouement de ses étudiants pour cette semaine thématique. «On ne parle bien que de ce qu’on connaît, explique-t-il. Ces futurs architectes du paysage pourront proposer à leurs futurs clients de réaliser ce type de construction. On peut en imaginer partout.»

Deux lézards se chargent en chaleur sur les pierres sèches du mur.
Les lézards se chargent en chaleur sur les murs et pondent leurs œufs à l’intérieur.

Car en plus de leur valeur écologique (voir encadré), les murs en pierres sèches présentent de nombreux avantages. «C’est une très belle alternative au béton, poursuit Eric Amos. L’ouvrage, généralement réalisé avec des pierres de la région, bénéficie d’un excellent ancrage au lieu.»

Il faut compter une semaine de travail pour que le mur s’élève jusqu’à sa hauteur d’un mètre. Et avant de commencer à empiler les pierres, il s’agit de bien réfléchir. «C’est comme un puzzle, s’amuse Kari Gerber. Il faut sélectionner les bons matériaux et certaines pierres doivent être taillées.» Si peu d’outils sont nécessaires pour réaliser de tels ouvrages, il faut quand même environ une tonne de roche au mètre.

Un homme tient une pierre posé sur le mur en cour de construction.
Un mur en pierres sèches, c'est comme un puzzle.

Quatre cents mètres du mur de Probstenberg ont été reconstruits depuis le début des travaux en 2008 par des bénévoles et civilistes. «Chacun peut amener sa contribution, ajoute l’instructeur. La semaine dernière des aveugles sont venus nous prêter main forte!» L’ouvrage sera entièrement achevé cette année. Pour durer au moins une bonne centaine d’années.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Raffael Waldner