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18 avril 2016

«Ne cessons pas d’innover»

Libéralisation du marché, boom de l’e-commerce, santé: Andrea Broggini, qui vient d’être réélu à la présidence de l’administration Migros, nous parle des défis qui attendent la coopérative ces prochaines années.

Andrea Broggini
Andrea Broggini: «Je suis fier de tout ce que nous avons accompli dans le cadre de notre programme de durabilité Génération M.»

Andrea Broggini, vous venez d’être réélu président de l’administration Migros pour quatre années supplémentaires. En quoi consiste votre fonction?

Je préside l’administration de la Fédération des coopératives Migros, ce qui correspond à un conseil d’administration d’une société anonyme. C’est cette instance qui, avec la direction générale, définit la stratégie du groupe et choisit les cadres dirigeants qui sont chargés de mettre cette stratégie en œuvre. Enfin, le contrôle de l’activité du management et la réalisation des objectifs du groupe relèvent eux aussi de la responsabilité de l’administration.

Quels ont été les temps forts de votre premier mandat?

Je suis fier de tout ce que nous avons accompli dans le cadre de notre programme de durabilité. Oekom Research, une agence de notation reconnue, nous a décerné le titre d’entreprise la plus durable parmi cent quarante distributeurs du monde entier. Dans ce domaine, les engagements que nous prenons vis-à-vis des enfants et des adolescents par le biais du programme Génération M sont selon moi particulièrement porteurs d’avenir. Par ailleurs, le rachat de Digitec Galaxus a aussi constitué une étape importante sur le plan stratégique. Grâce à cette acquisition, nous sommes aujourd’hui le plus important détaillant en ligne de Suisse. Et nous comptons bien le rester!

Andrea Broggini: «La numérisation transforme en profondeur le comportement des consommateurs.»
Andrea Broggini: «La numérisation transforme en profondeur le comportement des consommateurs.»

Le numérique transforme l’économie à toute vitesse. Certains métiers sont amenés à changer ou deviennent obsolètes, ce qui suscite des inquiétudes…

Nous prenons ces préoccupations très au sérieux et mettons tout en œuvre pour assurer la formation initiale et continue des collaborateurs, afin qu’ils puissent suivre le rythme des progrès technologiques. Nous nous entretenons régulièrement de ces sujets avec nos partenaires sociaux. De plus, nous apportons une contribution significative à la formation continue de la population suisse par le biais des Ecoles-clubs, financées par le Pour-cent culturel Migros.

2015 a été une année difficile pour le commerce de détail suisse, avec une intensification du tourisme d’achat. Comment Migros fait-elle face à ce phénomène?

Nous nous efforçons de nous améliorer constamment dans tous les domaines. Nous œuvrons pour acquérir les produits et les matières premières à des tarifs avantageux et vérifions l’efficacité des processus et de la logistique, ce qui nous permet de faire baisser les prix. Mais il faut aussi que nos responsables politiques nous soutiennent en renforçant notre compétitivité face à nos voisins. Je pense notamment aux horaires d’ouverture des magasins et, plus généralement, à un allègement de la réglementation. En effet, sans liberté entrepreneuriale, pas de croissance économique.

Elargir les horaires d’ouverture est une possibilité. Une autre approche consisterait à baisser encore les prix. Cela est-il envisageable?

Nous répercutons systématiquement sur les consommateurs les économies que nous réalisons, par exemple en cas d’amélioration des conditions d’achat ou d’augmentation des gains d’efficacité. Mais il faut garder à l’esprit que nous évoluons sur un marché très particulier: 70% de nos produits agricoles viennent de Suisse, où les tarifs sont plus élevés pour diverses raisons. Ainsi, nous n’atteindrons jamais le niveau de prix de l’Union européenne (UE). Chez nous, le prix d’achat d’un litre du lait est presque deux fois plus élevé que dans l’UE – un facteur que l’on peut difficilement éliminer de l’équation. Migros prône une agriculture moins réglementée, mais au bout du compte, ce sont les politiques et la population qui doivent en décider.

L’UE négocie actuellement un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Quelles pourraient en être les conséquences pour la Suisse?

Cet accord donnera naissance à un marché très vaste, qui entraînera une libéralisation de l’agriculture. Si ces discussions aboutissent et si les exportateurs suisses veulent pouvoir profiter de ces nouveaux débouchés, ils devront accepter les termes de l’accord. Cela signifie vraisemblablement qu’une libéralisation du secteur agricole sera inévitable. Elle sera rendue possible par de longs délais de transition.

Le secteur de la santé présente un potentiel de croissance pour Migros. Quels sont vos projets dans ce domaine?

Comme l’a voulu Gottlieb Duttweiler, et conformément à nos statuts, Migros s’engage depuis toujours en faveur de la santé de la population suisse. Cela se traduit par des denrées alimentaires de qualité que nous produisons nous-mêmes. Nous encourageons en outre l’activité physique par le biais de nos fitness, de nos Golfparcs et des courses à pied que nous soutenons. Enfin, avec les centres Medbase (en allemand) et Santémed (en allemand) , nous nous implanterons peu à peu sur le marché helvétique des soins médicaux.

Quels sont les principaux défis que vous devrez relever en tant que président de l’administration ces quatre prochaines années?

Le commerce en ligne et le numérisation transforment en profondeur le comportement des consommateurs, surtout dans le secteur non alimentaire. Nous intensifierons encore nos efforts dans le domaine de la durabilité de l’ensemble du groupe. Par ailleurs, nous nous pencherons sur la question de la production industrielle en nous demandant quels articles nous fabriquerons, et où, dans les années à venir. Nous devons sans cesse innover. Nous entretenons un dialogue permanent avec nos clients par le biais des réseaux sociaux tels que Migipedia et Facebook, ce qui nous permet de connaître leurs souhaits et de nous adapter rapidement. Chaque jour, plus d’un million de personnes fréquentent nos magasins et autant surfent sur nos sites. Ce sont elles qui nous poussent à donner le meilleur de nous-mêmes jour après jour.

Auteur: Andreas Dürrenberger, Pierre Wuthrich

Photographe: Nik Hunger