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26 janvier 2015

Eviter les glissades, un travail d’acrobate

Entre début novembre et fin avril, les cantonniers vaudois qui surveillent l’état des routes sont sans cesse sur le qui-vive. C’est à eux qu’incombe la décision d’envoyer saleuses et chasse-neige lorsque la météo l’impose.

Un chasse-neige photo
Sur la route du col des Mosses (VD), le chasse-neige déblaie la voie pour les automobilistes.

La seule chose à faire, c’est d’aller voir. Parce qu’il peut y avoir deux centimètres de neige ici et vingt ailleurs», explique Rodolphe Schaefer en se mettant au volant de son camion. Il est un peu plus de 8 heures ce dimanche matin au col des Mosses (VD). La pluie diluvienne qui a commencé à tomber en fin de nuit s’est transformée en neige. Une fine pellicule blanche recouvre l’asphalte devant le local dans lequel deux chasse-neige et deux fraiseuses sont prêts à entrer en action. Au volant de son engin, le cantonnier chargé de la surveillance des routes part en direction de La Lécherette. La couche de neige qui recouvre la chaussée ne laisse planer aucun doute: il appelle immédiatement le chauffeur de permanence pour lui demander de passer la lame.

Rodolphe Schaefer photo
Au volant de son chasse-neige, Rodolphe Schaefer assure la surveillance des routes.

L’Ormonan est l’un des six cantonniers du Secteur Est 4 – Le Sépey. Comme ses collègues, du 1er novembre au 30 avril, il assure la surveillance des routes afin d’envoyer chasse-neige et saleuses avant que le gros des automobilistes se mettent au volant. «Ce sont nos équipes qui prennent les décisions, mais le travail de déneigement et de salage est réalisé par des entreprises de transport locales. Elles interviennent uniquement sur appel du surveillant», explique Laurent Tribolet, chef de la division entretien à la direction générale de la mobilité et des routes. Le secteur du Sépey, l’un des vingt-quatre que compte le canton de Vaud, est particulier: «Comme il y a deux cols, ici, l’équipe est dédoublée. L’une s’occupe de la région entre Les Mosses, Leysin et La Forclaz, l’autre assure la surveillance du col du Pillon et des Diablerets.»

«Un hiver normal, nous commençons vers 2 h du matin, explique le cantonnier des Mosses. Mais aujourd’hui, je ne me suis mis en route qu’à 5 h. Je suis allé voir à 3 h et à 4 h, c’était sec.» Il est vrai que l’hiver est exceptionnel. Aussi peu de neige, y compris en montagne, «c’est une catastrophe pour tout le monde», note Rodolphe Schaefer en jetant un regard dépité aux remonte-pente fermés et en filant en direction du Sépey.

«Certains jours, nous parcourons ainsi jusqu’à 300 kilomètres.

Mais ce sont vraiment des cas exceptionnels.» Arrivé à l’entrée de Leysin, le surveillant constate qu’il est encore trop tôt pour faire sortir le camion de la station. La neige commence à tenir sur les pâturages, mais l’asphalte reste noir. «Maintenant, on va vérifier à La Forclaz», dit-il avant d’arrêter son véhicule, feux de travaux allumés sur le toit, pour repousser un panneau qui penche dangereusement sur la chaussée. Plus loin, il refait le même exercice afin d’enlever des branches qui encombrent la route. Assurer la sécurité, c’est son travail. «Parfois, ce sont des cailloux ou des arbres. Ou des chaînes à neige cassées ou perdues. Il faut les enlever pour qu’elles ne passent pas dans la fraiseuse.»

Rodolphe Schaefer fait le plein de sel au silo.
Rodolphe Schaefer fait le plein de sel au silo.

Les patrons se mettent aussi au volant des engins

Peu avant le hameau de La Forclaz, la route blanchit. Elle en fait de même au retour sur Leysin. Deuxième coup de fil pour mettre en route le deuxième chasse-neige. Ce dimanche-là, c’est Jean-Pierre Giobellina, patron de l’entreprise locale de transport, qui assure la permanence. «La route de Leysin, c’est la plus délicate, car elle est raide. Là, il n’y avait pas beaucoup de neige, mais ça valait la peine de la racler», observe- t-il. Et d’expliquer: «Les gens ne comprennent pas toujours très bien ce qu’on fait, par exemple lorsqu’on passe du sel avant la neige. Mais ça simplifie vraiment le travail! Les gros problèmes se posent quand on démarre la journée au moment où on croise les vacanciers. Il y en a toujours qui sont mal équipés!»

Les entreprises locales, un gage de qualité pour le canton

Comme les surveillants, son équipe de six chauffeurs passe l’hiver aux aguets. Elle doit être prête à entrer en action à toute heure du jour et de la nuit, dans la demi-heure qui suit l’appel. «Nous devons être performants, cela demande de l’organisation et beaucoup de souplesse.» Et Laurent Tribolet d’ajouter: «Les entreprises locales connaissent bien le réseau routier et les micro-climats, et elles sont très responsables. C’est tout l’intérêt de travailler avec elles.»

Laurent Tribolet photo.
Laurent Tribolet, chef de la division entretien des routes vaudoises.

Cet hiver, le manque de neige ne rend pas la tâche plus facile. Tout le monde reste en alerte, même lorsque les prévisions météo annoncent des températures quasi printanières.

«Il suffit que le ciel se dégage pour que la température chute,

explique Rodolphe Schaefer. La route prend alors des allures de patinoire. Le personnel de permanence reste donc attentif: pas de soirée arrosée, au lit de bonne heure et, pour les surveillants, pas question de passer une nuit complète sous la couette pendant les semaines de permanence qui courent sur sept jours.

Décider de la conduite à tenir n’est pas toujours facile. Faut-il envoyer la lame, la saleuse ou les deux? «Aujourd’hui, il faut passer la lame et saler derrière. Avec toute la pluie qui est tombée, il n’y a plus de sel résiduel sur la route. Tout a été lavé», explique Rodolphe Schaefer en remontant aux Mosses. «Ah! On est sorti presque trop tard. La neige tassée forme une croûte sur la route. Mais au retour, il va sans doute pouvoir la racler», ajoute-t-il en parlant de Guy Combremont, le pilote du chasse-neige qui déblaie cet axe.

Des anecdotes en pagaille et des bons côtés, aussi

Malgré ses exigences, ses difficultés et la grande capacité d’adaptation qu’il requiert, ce travail ne manque pas de charme. Ni d’anecdotes amusantes ou grinçantes, témoigne le cantonnier des Mosses. Elles vont du fêtard alcoolisé qui s’endort devant le bistrot, au milieu de la nuit glaciale, aux automobilistes fâchés parce que la route n’est pas aussi propre qu’en plein été! «Le pire, c’est quand on vient de finir le service et qu’il se remet à neiger. Il faut tout recommencer. Et les gens râlent, parce que pour eux, c’est comme si on n’avait rien fait! Mais il y a aussi des bons côtés. Ce matin, j’ai vu un renard et deux chevreuils. Et l’autre jour, le laitier a apporté deux salamis pour l’équipe. Les riverains sont sympas.»

Photographe: Laurent de Senarclens