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29 septembre 2016

Des joyaux au pied de l’Himalaya

Qui pense au Népal, pense forcément à l’alpinisme et au trekking. Pourtant, Katmandou, Bhaktapur et Patan, les trois anciennes capitales de royaumes disparus, regorgent de trésors inscrits à l’Unesco, qui à eux seuls méritent le voyage.

De gros efforts ont été fournis pour que la place royale de Patan, Durbar Square, retrouve elle aussi peu à peu sa splendeur après le terrible séisme d’avril 2015.
De gros efforts ont été fournis pour que la place royale de Patan, Durbar Square, retrouve elle aussi peu à peu sa splendeur après le terrible séisme d’avril 2015. (Photos: iStock, Marc Antoine Messer)

Parfois, la première impression n’est pas la bonne. Ainsi, celui qui sort de l’aéroport de Katmandou sera sans doute surpris par cette étonnante fourmilière qu’est la capitale du Népal. Dans les rues, poussiéreuses et polluées, un incroyable flot de voitures et de motos, roue contre roue, semble former un embouteillage géant.

Sur les côtés, des centaines de piétons, masque blanc sur la bouche, se fraient également un chemin, se faufilant sous des centaines de câbles électriques tirés d’une maison à l’autre dans un entrelacs à jamais inextricable...

Pourtant, la métropole mérite qu’on s’y attarde, notamment pour visiter son cœur historique: Durbar Square, soit la place royale.

Dans cette zone piétonnière bordée de temples et de palais, les chants d’oiseaux remplacent les klaxons, les gens pressés flânent et des sourires naissent à nouveau sur les visages jusqu’alors fermés.

«En avril 2015, un violent séisme a détruit de nombreux bâtiments historiques, semble s’excuser dans un français parfait Pawan Ghimire, notre guide dont le prénom peut joliment être traduit par ‹petite brise›. En 57 secondes, plusieurs siècles d’histoire ont disparu.»

Pawan Ghimire, guide.
Pawan Ghimire, guide.

Pawan Ghimire, guide

Ici, tel un château de cartes, c’est une tour-palais de neuf étages qui s’est effondrée. Là, de grosses poutres en bois soutiennent un édifice penchant dangereusement. Plus loin, un chantier de reconstruction financé par la communauté internationale a commencé.

Malgré les dégâts, parfois irréparables, le visiteur peut se faire une bonne idée de ce qu’était l’ancienne capitale des rois Malla: un vaste ensemble de bâtisses aux toits carrés, construit en brique ocre qu’illumine le soleil couchant, et dont les portes et les fenêtres en bois de teck ou de sal, finement ciselé, rappellent la splendeur et la richesse de cette dynastie qui a régné du XIIIe au XVIIIe siècle dans la vallée de Katmandou.

Révérence à la divinité vivante

Dans ce cadre historique, inscrit à l’Unesco, des reliquats du passé perdurent, pas seulement pour ce qui est des temples: il en va ainsi de la déesse vivante Kumari, dont la tradition remonte à la seconde moitié du XVIIIe siècle.

«Il s’agit d’une fillette choisie selon plus de trente critères. Elle doit bien sûr être belle, mais aussi avoir un bon horoscope, raconte Pawan Ghimire. L’un de ses rôles est de confirmer le président népalais dans ses fonctions en le bénissant.»

Choisie à l’âge de 3 ans, la Kumari actuelle vit recluse dans une grande maison entre Durbar Square et Freak Street, le haut lieu des rassemblements hippies dans les années 1960. Nous entrons dans la cour intérieure en espérant l’apercevoir. Pawan Ghimire montre quelques signes de nervosité et nous avertit:

Si elle apparaît à la fenêtre, prosternez-vous et, surtout, ne la photographiez pas.»

Après quelques minutes – la chose a-t-elle été arrangée par un bakchich? –, une jeune fille apparaît. Nous nous exécutons en baissant la tête, non sans jeter un coup d’œil pour apercevoir une très belle préadolescente au regard hautain...

Notre guide précise encore: «Elle restera une divinité jusqu’à la puberté. Une nouvelle Kumari sera alors choisie et la vie reprendra son cours normal pour l’ex-déesse, mais non sans difficulté.»

Etre une ancienne Kumari porte malheur, et il leur est difficile de trouver un mari…»

Un cobra surgissant des eaux

Jouxtant Katmandou, Patan est réputée pour ses artisans en orfèvrerie, dont les œuvres ornent les vitrines des nombreuses boutiques menant au cœur historique de cette ancienne capitale.

Sur la place royale, où une multitude de temples se dressent telle une forêt sacrée, une fenêtre du palais – recouverte d’or –mérite une attention plus particulière: «Bien qu’hindouistes, les rois Malla étaient tolérants. Bodhisattva Avalokiteśvara, très vénéré par les bouddhistes, côtoie ici Machhendranath, l’une des manifestations de Shiva, un dieu hindou.»

Aujourd’hui transformé en musée d’art et d’histoire, le complexe inscrit à l’Unesco accueille de belles collections d’objets sacrés provenant des deux religions.

Même sans ticket, il est possible de voir certaines cours intérieures et les jardins, pour admirer des parties du palais autrefois interdites d’accès ou tout simplement jouir de la fraîcheur qu’offre la végétation.

Plus à l’est, Bhaktapur est peut-être la plus impressionnante des trois villes. Il vaut la peine de s’aventurer dans la cité et d’aller de place en place en empruntant les ruelles étroites. Le visiteur pourra tomber nez à nez avec un marchand endormi sur ses étals, un fabricant de papier faisant sécher ses feuilles au soleil, un bouc satisfait d’avoir trouvé de l’ombre à l’entrée d’un temple.

Il pourra aussi s’émerveiller devant un vaste plan d’eau où se mirent d’anciennes maisons bourgeoises ou devant la célèbre fenêtre sculptée du paon. Cette merveille du XVe siècle, «d’une finesse inégalée» et de laquelle semble sortir un oiseau de Junon faisant la roue, prouve l’incroyable talent des artisans népalais.

Sur la place royale, on retrouve cette dextérité dans les statues du XVIIIe siècle marquant les entrées de l’école.

Le sculpteur a si bien travaillé que le roi, ne voulant pas qu’il renouvelle un tel chef-d’œuvre ailleurs, lui a coupé la main droite»,

commente Pawan Ghimire. Mais pas vraiment le temps de s’attendrir. D’autres joyaux attendent les visiteurs: la porte d’or et le palais royal aux nonante-neuf cours intérieures. A l’intérieur du vaste complexe, les bains royaux ne manquent pas d’étonner avec leur cobra sculpté surgissant du centre du bassin. «Le serpent est vénéré ici. Il apporte la pluie et purifie l’eau», explique Pawan Ghimire.

A quelques mètres de là, la place Taumadhi représente sans doute le couronnement de toute visite à Bhaktapur. Avec son toit de cinq étages, le temple Nyatapola, datant de 1703, est le plus imposant de la ville. On y accède en empruntant un escalier gardé des deux côtés par des couples de statues monumentales de lutteurs, d’éléphants, de lions, de griffons et de divinités tantriques.

A côté, le temple Bhairavnath et le café Nyatapola, avec sa drôle de terrasse couverte – «Un temple de la consommation», plaisante notre guide –, la place forme un ensemble cohérent remarquable. C’est sûr: l’Himalaya et ses nombreux itinéraires de trekking attendront. 

© Texte: Migros Magazine - Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich