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22 septembre 2016

New York et la cocotte-minute

New York n’est pas toujours aussi animé qu’on le prétend. Le dimanche soir, quand tu attends le Q ou le B, ou le G, ou le N ou le R, bref, le dimanche soir quand tu attends le métro en rêvant de ton lit, New York a des airs de Peney-le-Jorat.

Xavier Filliez, journaliste suisse vivant à New York.
Xavier Filliez, journaliste suisse vivant à New York.

Le reste du temps, il faut admettre que c’est assez animé. Une bombe au coin de la 23e et de la Sixième Avenue a donc été notre «distraction» majeure cette semaine. Un attentat fort heureusement non-fatal (29 blessés) qui suggère quelques réflexions sur les New Yorkais en particulier, et les Américains en général.

Réflexion numéro 1: une bombe dans la ville ne trouble guère le quotidien des vrais New Yorkais, comme en atteste ce tweet cueilli peu après la déflagration: «J’ai entendu un gros boom. Et ensuite? Je suis allé faire mes courses au deli.» Lu ailleurs: «Le vrai drame pour un New Yorkais, ce serait une panne de serveur chez Seamless (site de livraison de repas à domicile), pas une bombe.»

Réflexion numéro 2: les New Yorkais sont infiniment pointilleux sur la dénomination de leur quartier. Certains ont vite fait de corriger les médias avec une touchante application. «Le croisement de la 23e et de la Sixième Avenue, ce n’est pas Chelsea, c’est Flatiron.» En admettant, du bout des lèvres, que ce soit Chelsea, alors, Chelsea n’est pas aussi trendy qu’on le dit.

Réflexion numéro 3: quand ça pète à Chelsea, on n’y voit que du feu à East Village.

Ma femme, qui était à Manhattan samedi soir au moment de l’explosion, n’a appris la nouvelle que le lendemain.

Or, toute l’Amérique le savait et croyait New York littéralement sous siège, colonisée par des troufions d’ISIS (acronyme anglais du groupe Etat islamique).

Réflexion numéro 4: ne plus se moquer des agents de la NYPD (le service de police de la police de New York) abondamment présents dans les rues de la ville toute l’année, plus spécifiquement dans des lieux emblématiques comme Times Square, et partageant sottement la perche à selfie avec les touristes. Les 34 000 agents de la police new-yorkaise briefés pour l’enquête après l’attentat, aidés par le FBI et les unités antiterroristes ont été d’une redoutable efficacité. Ils ont coffré le responsable, Ahmad Khan Rahami, 48 heures après les faits.

Réflexion numéro 5: Ahmad Khan Rahami est un mauvais gérant de restaurant. Le fast-food familial «First American Fried Chicken» a eu mille et un démêlés avec les voisins et la justice. Il est encore plus piètre terroriste. Il a été identifié par (a) le téléphone accroché à d’autres bombes non-explosées, qui contenait des informations sur lui, et (b) des caméras de surveillance - il se baladait dans la rue à visage découvert.

Réflexion numéro 6: Trump est toujours aussi «niaf». Douze heures après l’explosion, il a tweeté ses condoléances aux familles des victimes - il n’y en avait pas.

Réflexion numéro 7: on apprend ces jours-ci que l’auteur de l’attentat présentait des signes de radicalisation après un récent voyage en Afghanistan mais n’a pas été inquiété pour ces motifs,

alors que passer la frontière avec de la viande séchée, un talon de fromage d'alpage et une topette de trop fait de vous un djihadiste en puissance.

Réflexion numéro 8: le génie américain n’est pas toujours là où on l’attend. Trois autres bombes prêtes à exploser ont été désamorcées grâce à la dénonciation de deux voleurs de valises - qui ont trouvé les dispositifs qu’elles contenaient très suspects et les ont apportées à la police. Et d’une passante, elle aussi troublée par une marmite à vapeur câblée à un téléphone mobile.

Réflexion numéro 9: maintenant que le chapitre de la bombe de Chelsea est clôt, peut-être peut-on parler du bombardement «accidentel» de l’armée syrienne par la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis et qui a tué 60 personnes?

Réflexion numéro 10: Si oui, quelqu'un pourrait-il présenter ses condoléances aux familles des victimes?

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez