Archives
8 mai 2015

New York vu de la selle

Les Chinois de Chinatown savent tout faire – même un Mabodofu avec vos restes après un discret rapt dans une arrière-ruelle de leur marché au poisson. Enfin, il paraît. Moi, ils m’ont juste vendu un vélo.

Xavier Filliez sur son vélo photo
Sur ma nouvelle monture en direction des ponts de Brooklyn et de Manhattan mes deux options pour aller sur l'île depuis chez moi. Compter entre 15 et 20 minutes.

Le plus «roots» et le moins cher que j’aie trouvé: deux roues, un frein à gomme, le deuxième en option. 240$ cash et motus. Sur la tête de ma belle-mère (je n’ai pas envie de retrouver ma mère dans une casserole).

Il faut dire que d’un point de vue strictement aérobique, New York et moi, ça avait mal commencé. A notre arrivée l’été dernier, je m’étais fait voler mon vélo en bas de l’immeuble. J’étais, alors, formaliste et scrupuleux comme un Helvète. Fils de comptable. Le règlement, c’est le règlement. Et celui de notre immeuble stipulait: pas de vélos dans les couloirs.

Le vélo en bas de l'immeuble photo.
Le vélo en bas de l'immeuble.


Je l’avais donc parqué dehors en cherchant une alternative. Trois nuits… avant de pleurer sur les restes de mon cadenas déchiqueté à la pince-monseigneur. Un VTT ramené de Suisse qui, à la revente, m’aurait largement payé des vacances. Fermer la parenthèse.

Je ne fais donc pas partie des 6% d’Américains qui ne savent pas aller à vélo, selon une enquête de la société d’études de marché Yougov parue en 2013. Je fais au contraire partie des 100 millions d’Américains déclarant faire du vélo de temps en temps. Et je peux fièrement dire, depuis que les beaux jours sont revenus, que je fais partie des 14 millions d’Américains qui roulent deux fois par semaine au moins.

Constats de néophyte: non, le Brooklyn et le Manhattan Bridge (les ponts que j’emprunte pour aller à Manhattan) ne sont pas plats. Et oui, Harlem c’est loin, surtout en faisant un détour par Chelsea (43 kilomètres). Bref, de bonnes surprises en déconvenues, je m’aère largement plus qu’en Suisse, où ma grosse jeep ridicule et mon abonnement CFF me coûtaient un bras.

Le Departement of public transportation a conçu 200 miles (320 km) de réseau cyclable dans les cinq quartiers de la ville.
Le Departement of public transportation a conçu 200 miles (320 km) de réseau cyclable dans les cinq quartiers de la ville.

Paragraphe éloge. New York a été la première ville des Etats-Unis à dessiner des «bike lanes» (pistes cyclables) en 1894. Et elle est largement en voie de Copenhagisation. Le Department of public transportation a conçu 200 miles (320 km) de réseau cyclable dans les cinq quartiers de la ville, qui compte aussi 10 000 Citybike (stations de partage de vélo). Et en 2017, il est établi que NYC aura triplé le nombre de ses cyclistes «commuters» (pendulaires) par rapport à 2007.

Paragraphe médisance. On est toujours, je le concède, assez loin du parfait éco-citoyen. La Californie compte 33 millions de véhicules pour 38 millions d’habitants. Et lorsque le prix du pétrole baisse, les ventes de SUV (sport utility vehicles) s’enflamment. Je ne sais plus qui disait: «Il faut de tout pour faire un monde.» Des automobilistes, des cyclistes, des belles-mères, des Chinois. Il faut aussi des Suisses un peu moins… suisses: il y a désormais trois vélos et deux trottinettes dans notre couloir.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez