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21 mai 2013

Nicolas Christe: un autodiacte de talent

A 18 ans seulement, Nicolas Christe vient de réaliser un film documentaire et de publier un livre sur son village de Leytron (VS). Bluffant. Dans son film, Nicolas Christe donne la parole à pas moins de quatorze intervenants.

Nicolas Christie avec le village de Leytron en arrière-plan
Dans son film, Nicolas Christe donne la parole à pas moins de quatorze intervenants.

Non mais allô quoi: le monde ne tourne pas rond. A ma gauche, une foule de gens sans intérêt crient haut et fort qu’ils sont épatants malgré un cursus désespérément vide. Et à ma droite, des individus bien plus modestes réalisent en toute discrétion de grandes prouesses.

Tenez par exemple, à Leytron, une commune à mi-distance entre Sion et Martigny, habite Nicolas Christe. Elève au lycée des Creusets de Sion, le jeune homme de 18 ans vient de briser en mille morceaux le cliché de l’ado mou en rendant vigoureusement hommage au village qu’il affectionne tant.

Vous savez, il s’agit seulement d’un travail obligatoire de maturité,

explique humblement le Leytronain. Peut-être, pourtant la vingtaine de pages demandée par son professeur a rapidement triplé et est devenue au fil du temps la base pour le synopsis d’un documentaire. «C’est vrai que le film, je l’ai fait en plus», avoue le lycéen en dernière année de la filière latin-anglais.

Intitulé Leitrun, la grande histoire de Leytron, le long métrage retrace en cent minutes le riche passé de la commune, vieille de plus de six mille ans, et donne la parole à quatorze intervenants: historien, archéologue, spécialiste du patois, vigneron, géologue, etc.

Pour parvenir à ses fins, Nicolas Christe a sillonné durant une année le territoire communal, armé d’un simple Canon 7D, d’un micro, d’un trépied et d’une bonne dose de courage. Car le jeune homme est un autodidacte. «Nous avons au lycée des cours sur l’histoire du cinéma, mais rien sur les techniques de réalisation.»

Mû toutefois par une irrépressible volonté d’en savoir plus sur son village, le Valaisan ne s’est pas laissé décourager par l’ampleur de la tâche. «Par chance, je n’ai pas besoin de beaucoup travailler mes cours à la maison, explique le lycéen, visiblement à l’aise dans nombre de matières. Du coup, ça m’a laissé plus de temps pour mon projet.» Il fallait bien cela; le montage, alliant témoignages d’aujourd’hui et images piochées dans les archives de la médiathèque du Valais ou de la Cinémathèque suisse, ayant nécessité une belle succession de nuits blanches.

Des créations personnelles au piano

Le résultat? Bluffant pour un premier documentaire, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler des émissions comme Passe-moi les jumelles et ses images léchées. Fait remarquable à noter: le jeune Valaisan a, en plus de la réalisation, signé la majorité des musiques additionnelles. «Le thème principal n’est pas de moi, mais de Tony Anderson avec qui j’ai négocié les droits d’auteur, précise le cinéaste. Toutes les autres lignes mélodiques sont des créations personnelles. Je les ai composées au piano, avant de faire les arrangements sur mon ordinateur.»

Inutile de préciser que Nicolas Christe a obtenu la note maximale pour son travail. Mieux encore: celui-ci lui a ouvert de nouvelles portes. «Gabriele Bianchetti, l’hydrogéologue que j’ai interviewé, a tellement aimé le documentaire qu’il m’a engagé pour réaliser un film de présentation sur son bureau. Je suis d’ailleurs en train de le tourner.» Et à la fierté que procure pareille demande de s’ajouter une coquette somme qui ravit l’étudiant.

La belle histoire ne s’arrête toutefois pas là. En plus du long métrage sorti en mars en DVD, Nicolas Christe a publié – à compte d’éditeur s’il vous plaît – au début du mois de mai son premier ouvrage, La commune aux quatre clochers (DVD et livre à commander ici) . Richement illustré de photos de l’auteur et de clichés historiques, le livre reprend en partie le travail de maturité. Une belle preuve de la qualité de l’effort fourni par le lycéen. «Les Editions à la carte de Sierre ont tout de suite fait part de leur intérêt.» Tirée à deux cents exemplaires, la publication connaît déjà un joli succès, et les commandes affluent. «Il est fort possible qu’il faille procéder à un second tirage», se réjouit Nicolas Christe.

Fort de ses succès, le jeune Valaisan garde malgré tout les pieds sur terre. «Faire de cette activité créative mon métier me semble trop difficile.» Après sa maturité, le jeune homme passera donc l’été sous les drapeaux avant de reprendre le chemin des études. «J’aimerais aller étudier à Saint-Gall le management et les relations internationales.»

Il s’en faudra alors quitter Leytron. Un déchirement. Mais gageons que, comme tous les Valaisans, Nicolas Christe n’oubliera jamais d’où il vient et les valeurs qui ont fleuri sur la terre de ses ancêtres.

Auteur: Pierre Wuthrich