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5 août 2013

Nicolas Feuz, le procureur qui raconte des histoires

Magistrat au Ministère public neuchâtelois, Nicolas Feuz ne se contente pas de poursuivre les méchants dans la vraie vie. Il les traque aussi dans ses polars.

Portrait de Nicolas Feuz, procureur et écrivain
Au départ, Nicolas Feuz n’avait pas l’intention d’être édité, mais face aux réactions enthousiastes de son entourage, il s’est décidé à publier son récit.

Bon d’accord, il roule en décapotable et porte le cheveu gominé coiffé en arrière. Mais à part ce côté bling bling qui rappelle les cols blancs au nez rongé par la cocaïne croisés dans son premier roman, Nicolas Feuz n’a rien de la petite frappe. Il ne manquerait plus que ça, d’ailleurs, Monsieur le procureur qui joue aux caïds. Qu’on se rassure, c’est tout le contraire.

Pas gonflé pour un sou, le magistrat neuchâtelois de 41 ans s’excuserait presque d’avoir écrit Ilmoran, Ilayok et Ilpayiani, sa «trilogie massaï».

Trois polars où ce spécialiste de la lutte antidrogue emmène le lecteur sur les traces de trafiquants et de criminels de guerre, cadavres et scènes trash à la clé. «Je ne suis pas un littéraire, prévient-il en extirpant de son sac à dos trois classiques de la littérature. J’avais un excellent prof de français dont je garde un très bon souvenir, mais lire Baudelaire ou Maupassant, c’était pour moi de la torture!»

Pas grave. S’il est loin de verser dans l’alexandrin, Nicolas Feuz a de l’imagination à revendre, et cela depuis toujours.

Gamin, j’inventais des BD, des histoires avec des enquêtes policières, se souvient-il. J’ai toujours été fasciné par ce milieu.

Tout ne tient pourtant pas de la fiction. Il y a surtout du vécu dans les aventures qui mènent son héros, l’inspecteur Mike Donner, de la très neuchâteloise place Pury au Kenya et aux Balkans. C’est que notre auteur a été durant plus de dix ans juge d’instruction. Alors, le crime, il connaît. «Durant ma carrière, j’ai été confronté à plusieurs scènes d’homicide, dont certaines franchement pas belles à voir. J’ai aussi assisté à des autopsies.»

On rencontre ainsi dans Ilmoran un procureur incompétent (toute ressemblance avec la réalité est fortuite, rigole-t-il), une médecin légiste psychorigide et des banquiers au nez poudré. Mais rien à voir de trop près avec la réalité du terrain, éthique professionnelle oblige. «C’est un mélange de personnages que j’ai eu l’occasion de côtoyer. Moi compris, puisque le bureau du procureur que je décris est le mien.» Du polar made in Neuchâtel pour celui qui se décrit comme viscéralement attaché à sa région.

Un voyage au Kenya comme point de départ

La raison des cette «trilogie massaï» est elle à chercher du côté des vacances. «Nous sommes partis deux semaines au Kenya avec ma femme et mes deux enfants fêter nos dix ans de mariage. Je n’avais pris qu’un bouquin et à peine descendu de l’avion, il ne me restait plus rien à lire. Pour passer le temps au bord de la plage, j’ai commencé à griffonner un scénario. Je me suis pris au jeu et j’ai continué.» Ilmoran, dont le titre évoque le rite de passage lors duquel le jeune massaï devient un guerrier, est né.

De retour à Neuchâtel, Nicolas Feuz s’attelle à l’écriture «dès le lendemain matin». En quelques semaines et des heures grappillées çà et là sur son temps libre, il finalise un premier jet avant de le faire lire à son entourage.

Je n’avais pas la prétention d’être édité et mon but était d’écrire des histoires pour ma famille et mes proches.

Mais face aux réactions enthousiastes, il se décide à publier son récit. S’ensuit un succès grandissant qui, lorsqu’on lui en parle, l’étonne encore. «Franchement, je suis le dernier sur lequel mon prof de français aurait parié!» Le jeune auteur semble pourtant y avoir pris goût et prépare déjà un quatrième roman. Un thriller avec une touche d’ésotérisme...

Auteur: Viviane Menétrey