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22 décembre 2014

Noël à la manière de...

Habitudes et traditions curieuses – anciennes ou récentes, religieuses ou profanes – pimentent un peu partout la façon de fêter Noël.

Finlande: c’est aux
enfants que revient la tâche de couper le sapin.
Finlande: c’est aux enfants que revient la tâche de couper le sapin. Photos: Getty Images

Noël par-ci, Noël par-là. A chacun le sien, d’un bout à l’autre du globe. On aurait pu évoquer Mari Lwyd, un crâne de jument orné d’un voile de mariée et auréolé d’une réputation de porte-bonheur, qu’on promène de maison en maison, de pub en pub, à la période de Noël au Pays de Galles. Ou les araignées décoratives que les Ukrainiens accrochent à leurs sapins – allusion à une légende voulant qu’une famille pauvre, qui n’avait pas de quoi décorer l’arbre de Noël, pria tant qu’elle reçut l’aide d’araignées tissant leurs toiles entre les branches. Voire de Krampus, le frère jumeau, germanique et démoniaque, du Père Noël, supposé manger les petits enfants pas sages. Mais bon: des ogres, des crânes, des araignées, voilà qui aurait donné une image bien lugubre d’une fête promise à souhaiter l’improbable «paix sur terre aux hommes de bonne volonté». Petit catalogue néanmoins de curieuses habitudes, nées ici ou là, dans la manière de célébrer Noël.

Roumanie

Battre la campagne avec les Roumains

En roumain, le verbe «colinda» signifie «aller de maison en maison en chantant des chants de Noël», mais aussi plus généralement errer çà et là, voir du pays, battre la campagne. Païenne à l’origine, la tradition, devenue chrétienne, est inscrite aujourd’hui au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Le jour de Noël, des groupes d’hommes, en habits nationaux, masques ou fourrures, vont réciter d’habitation en habitation, des chants mais aussi des vœux de Noël ou des contes. En échange, on leur offre des cadeaux symboliques, comme objets artisanaux, boissons ou nourritures. La tradition, encore très pratiquée dans les villages, est également vivace en Moldavie. En ville, elle est devenue largement virtuelle, via la télévision et l’envoi de vidéos par internet. La tendance est aussi à appeler «colinda» n’importe quel chant de Noël, même s’il n’a plus rien à voir avec la vraie tradition du «marcher en chantant, chanter en marchant».

Portugal

Se sucrer avec les Portugais et les Provençaux

Un traître n’en est pas moins un convive. Ils étaient donc treize à table lors de la fameuse sainte cène, comprenant Jésus et ses douze disciples. Une tradition rend hommage à ce chiffre fatidique le soir de Noël en proposant treize desserts.C’est le cas par exemple en Provence: pompe à l’huile, fougasse, noix, noisettes, nougat blanc, fruits confits, pommes, poires, oranges, raisins frais, vin cuit, dattes et pâte de fruit.Ou au Portugal – gâteau aux fruits secs, riz au lait saupoudré de cannelle, divers beignets frits, pain perdu, riz au lait et vermicelles, gâteau aux agrumes, fruits secs. De quoi digérer sereinement la morue qui aura précédé et dont il existe comme on sait moult variantes – 365 exactement, soit une par jour – aucune raison donc d’y échapper le soir du réveillon.

Espagne

Fertiliser la terre avec les Catalans

A l’origine, c’étaient des paysans anonymes en costumes traditionnels. Depuis, les caganers, santons typiques qu’on trouve en Catalogne, ont des têtes de people. Toutes les célébrités ont leur effigie caganer. D’Angela Merkel au Père Noël, en passant par Lionel Messi ou Barack Obama. Mais aussi Dark Vador, le penseur de Rodin et Marilyn Monroe. Parmi les nouveautés 2014 que propose un fabricant: De Gaulle, Che Guevara, Madonna ou encore Freddie Mercury, le roi Felipe et la reine Letizia, et même le drapeau russe. La particularité des caganers, il faut le dire, est d’être représentés accroupis, fesses à l’air, en train de satisfaire un besoin des plus naturels. Censés symboliser au départ la fertilisation de la terre, les bonnes récoltes, voire l’humilité, les caganers dans la crèche se retrouvent souvent placés tout au fond, dans un coin, à demi cachés. Quand même...

Grèce

Monter un bateau avec les Grecs

Le sapin a porté un coup à cette tradition grecque: placer dans le salon durant les fêtes de Noël un petit bateau – une maquette de voilier en bois, qu’on décore à sa guise. Dans les îles pourtant, l’habitude s’est maintenue et dans les villes le bateau de Noël regagne du terrain. Symbole national – difficile de dire «armateur» sans ajouter aussitôt «grec» –, symbole religieux – l’arche –, il était aussi un signe de bienvenue aux marins qui rentraient pour les fêtes.

Nouvelle-Zélande: en pleine période d’été austral à Noël, la messe de minuit peut faire place au bain du même nom... Photos: Getty Images
Nouvelle-Zélande: en pleine période d’été austral à Noël, la messe de minuit peut faire place au bain du même nom... Photos: Getty Images

Nouvelle-Zélande

Barboter avec les Néo-Zélandais

Certains Néo-Zélandais ont beau laisser un peu de fausse neige sur les bords de leurs fenêtres, rien n’y fait: pas de sapin ni de Noël blanc. L’habitude est plutôt de fêter en organisant un barbecue sur la plage. Mine de rien, fuseaux horaires obligent, les Néo-Zélandais sont parmi les tout premiers à pouvoir lancer les réjouissances. Et puis, arbre de Noël il y a quand même: le pohutukawa avec ses fleurs rouges qui fleurissent justement fin décembre. Autre avantage: grâce à l’été austral, les mécréants peuvent toujours remplacer la messe de minuit par un bain du même nom.

Venezuela

Freerider avec les Vénézuéliens

Au Venezuela, outre la messe de minuit, on fréquente les offices religieux matinaux qui s’étalent du 16 au 24 décembre. Des messes de l’avent auxquelles, à Caracas, on se rend de plus en plus en rollers. La circulation est d’ailleurs interdite durant cette période jusqu’à 8 h du matin, pour faciliter le freeride des paroissiens. Ne reste plus qu’à apprendre à marcher sur l’eau!

Mexique

Casser les piñatas avec les Mexicains

La tradition des «posadas» mexicaines remonte au XVIe siècle. Pendant les neuf jours précédant Noël, il s’agira de rejouer le voyage de Joseph et Marie de Nazareth à Bethléem. Chacun, mais surtout les enfants, frappe aux portes du voisinage pour demander l’hospitalité. On se déplace en procession, en chantant, en priant et en brandissant des statues de saints ou des images de Marie et Joseph, ou en portant un cierge à la main. La règle veut que chaque groupe frappe dans trois maisons et ne soit accueilli que dans la troisième. Là on chantera et on priera, mais sans oublier de partager des nourritures et des liquides nettement plus terrestres. Les posadas en réalité se révèlent d’authentiques fêtes de voisinage. Les enfants auront le droit de casser les piñatas.

Finlande

Scier et faire la chèvre avec les Finlandais

D’abord «Joyeux Noël» se dit «Hyvää Joulua». Ensuite, fini de rire. Pour les enfants du moins qui devront mériter leur sapin. C’est à eux en effet que peut revenir, la veille de Noël, la tâche d’aller le couper en forêt. Et de le décorer, avec notamment la confection d’une étoile en paille qui surmontera l’arbre. A noter l’omniprésence de la chèvre comme figurine, elle aussi en paille et suspendue aux branches. C’est en effet «Joulupukki», la chèvre de Noël, qui est censée distribuer les cadeaux aux enfants. Un adulte se déguisera donc en capridé pour la distribution. Il semblerait qu’à force, le look de cette chèvre se rapproche de plus en plus de celui du Père Noël. Qui a dit que Noël c’était la barbe?

© Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet