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16 juillet 2012

Nos enfants sont-ils intelligents?

Stéphane Garelli déplore que l’éducation se focalise sur l’intelligence rationnelle, plus facile à enseigner et à corriger.

Stéphane Garelli
Stéphane Garelli, professeur 
à l’Université 
de Lausanne 
et à l’IMD

Bien sûr, quelle question… le problème est plutôt de déterminer quel type d’intelligence ils ont. Et là, ça se complique… L’étymologie aide: intellegere signifie comprendre et par extension intelligentare est la faculté de comprendre. C’est juste mais insuffisant. Au cœur du mot intelligence il y a aussi ligare, soit lier, et donc la faculté d’établir des liens entre les choses. C’est beaucoup plus intéressant. L’éducation privilégie la faculté de comprendre et donc – malheureusement – le bourrage de crâne. La capacité de penser par soi-même reste un peu sur le côté. Comme le disait pourtant Plutarque: «L’esprit d’un enfant n’est pas un réceptacle que l’on remplit mais une flamme que l’on avive.»

Les intelligences de nos enfants sont multiples: rationnelles, déductives, conceptuelles, artistiques, intuitives, etc. Il y a aussi une intelligence verbale et une autre de l’écrit. Le but de l’éducation – et la responsabilité des parents – est d’aider l’enfant à trouver «son» type d’intelligence et à le développer. Malgré cela, l’éducation se focalise sur l’intelligence rationnelle.

Pourquoi? Parce que c’est plus facile à enseigner et à corriger. 2+2 = 4 et puis c’est tout. Mais quand je pose cette question à mes étudiants: «Que faire pour sauver la Grèce de la dette?» il y a plusieurs réponses possibles et tout à fait crédibles. Au moins, ils réfléchissent et lient des idées et des événements entre eux pour se forger une opinion, parfois inhabituelle, et la défendent. Bref, ils sont au cœur de l’intelligence: ils pensent par eux-mêmes.

La toute-puissance des sciences exactes au collège et à l’université m’inquiète. C’est important, mais ce n’est pas tout. John Maynard Keynes disait: «Il y a les économistes qui savent compter, et ceux qui comptent» – et j’ajouterais: qui pensent… Le succès a souvent touché des gens brillants mais à l’intelligence inhabituelle. Einstein disait: «Si vous êtes logique, vous reproduirez le passé, si vous avez de l’imagination, vous inventerez l’avenir…» Quand l’éducation reconnaîtra-t-elle finalement l’intelligence de l’imagination?

P.-S.: cette chronique est la dernière pour «Migros Magazine». Depuis plus de sept ans, j’ai eu le privilège de passer de merveilleux moments en votre compagnie. Je vous en remercie infiniment!

Auteur: Stéphane Garelli