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7 avril 2015

Notre cerveau oscille entre optimisme et goût des drames

Notre cerveau serait naturellement porté vers l’optimisme, pour le plus grand bien de notre moral comme de notre santé. Reste qu’en matière de nouvelles, nous aurions tendance à préférer les mauvaises.

Des escaliers dans une tête dessin
Notre cerveau serait naturellement porté vers l’optimisme, mais nous préférons les mauvaises nouvelles. (Illustration: Getty Images)

Notre cerveau est naturellement capable d’ignorer les mauvaises nouvelles. Selon une étude publiée dans la revue Nature Neuroscience, le cerveau serait capable de choisir les éléments auxquels il prête attention. D’après ces chercheurs, une majorité de la population appartiendrait à la classe des optimistes, enjolivant la réalité à leur insu pour mieux voir le bon côté des choses grâce à ce «biais d’optimisme». Tali Sharot, de l’University College de Londres: «Nous surestimons ainsi notre longévité et nos perspectives de carrière. Et nous sous-estimons nos risques d’avoir un cancer ou un accident de voiture.»

Fonctionnellement, cet optimisme serait lié à une suractivité du gyrus frontal inférieur (IFG, en anglais). En temps normal, notre cerveau modifie son activité selon l’information qu’il reçoit. Mais il le fait davantage lorsque l’information est meilleure que ce à quoi l’on s’attendait. En principe, les avantages de l’optimisme l’emportent sur les inconvénients. Cela évite notamment que nous soyons constamment un peu déprimés. Cela nous maintient également en bonne santé. Une étude américaine de 2009, réalisée sur 100 000 femmes, avait montré que le risque de crise cardiaque serait de 9% inférieur chez les optimistes. Et que les pessimistes auraient davantage de cholestérol et de tension artérielle.

Il y a cependant un inconvénient: la tendance de notre cerveau à zapper les mauvaises nouvelles rend les campagnes de prévention plus difficiles. Toujours selon la neurobiologiste Tali Sharot, un message tel que «la fumée tue» ne peut avoir qu’un impact limité, car si le cerveau de la majorité d’optimistes que nous sommes enregistrera bien l’information, il considérera aussitôt que ce danger ne s’applique pas à lui personnellement.

De même, Jean-Claude Dreher et son équipe du centre de neurosciences cognitives à Lyon ont démontré il y a deux ans que les joueurs pathologiques péchaient sans le savoir par excès d’optimisme en surestimant leur probabilité de gagner. Et plus ce biais de l’optimisme serait élevé, plus les symptômes de cette maladie psychiatrique sont sévères. Jusqu’alors on pensait que le jeu pathologique reposait plutôt sur une altération du raisonnement des probabilités. Romain Ligneul, co-auteur de l’étude: «Alors que le phénomène de distorsion est observable chez la plupart des humains, le phénomène de surestimation des chances de gagner est spécifique aux joueurs. Ce qui ouvre la porte à un mécanisme neurocognitif spécifique.»

Darwin et notre goût pour les drames

A l’inverse, notre propension à l’optimisme semble ne pas se vérifier dans notre goût pour les mauvaises nouvelles. Ainsi, certains associent la fascination du lecteur ou du téléspectateur pour les faits divers et autres catastrophes à notre programmation dans la théorie de l’évolution. C’est le cas du scientifique Joël de Rosnay qui, en novembre dernier dans le quotidien français La Tribune, invoquait Darwin pour expliquer notre fascination parfois morbide pour les drames: «Selon la théorie de l’évolution, tout ce qui favorise la survie et la reproduction est renforcé et se transmet d’une génération à l’autre.» Pour les mécanismes de sélection naturelle, le souvenir des mauvaises expériences et de la manière d’y échapper assure la survie de l’espèce. Contrairement aux bonnes nouvelles qui, elles, ne servent à rien en la matière.

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey