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30 janvier 2017

Nourrir les oiseaux: bonne ou mauvaise idée?

Chaque hiver, la question se pose: faut-il s’occuper du repas des passereaux ou est-ce les rendre inutilement dépendants? S’il n’y a pas de contre-indications à les nourrir, il convient de respecter certaines règles.

Les oiseaux n’attendent pas l’aide de l’homme pour se nourrir en hiver: ils ont leurs propres stratégies de survie. (Photo: Keystone)

Faut-il donner des petites graines aux oiseaux? Telle est la question qui revient comme une ritournelle chaque hiver. Car le sujet, qui peut paraître anecdotique, n’en est pas moins clivant.

Est-ce nécessaire de donner un coup de pouce aux passereaux ou sont-ils assez grands pour se débrouiller tout seuls? Quand les températures s’entêtent en dessous de 0 °C, que le gel fige l’eau, la sève et chaque brindille, que la neige efface tout, on s’inquiète pour ces petites boules de plumes.

La mésange bleue qui semble trembloter sur la branche attire la sympathie citadine. Le rouge-gorge qui sautille au fond du jardin givré donne envie d’investir dans une maisonnette...

Rien de mal à leur servir le couvert, pour autant que l’on suive quelques règles. Mais, au fond, soyons lucides: les oiseaux n’ont pas attendu la main de l’homme pour passer l’hiver. Ils ont leurs propres stratégies.

Les plus prévoyants font des réserves, comme le geai des chênes. La plupart migrent vers le Sud, alors que d’autres débarquent du Nord sous nos latitudes, comme la grive et le pinson. Avec leurs plumes imperméables, ils s’assurent une couche isolante façon double vitrage. Certains pratiquent le réchauffement collectif et se regroupent la nuit en dortoir.

Bien sûr, l’hiver peut être meurtrier pour les individus les plus vulnérables. Mais il vaut mieux un environnement adapté toute l’année, buissons à baies, jardins sans pesticides, plantes indigènes, plutôt qu’une poignée de graines jetées sur l’asphalte à la saison froide.

«Les volatiles ont davantage besoin de jardins sans pesticide que de petites graines en hiver»

François Turrian, directeur de BirdLife Suisse, l’Association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO).

Faut-il oui ou non nourrir les oiseaux en hiver?

Pour autant que l’on respecte certaines règles, ce n’est pas contre- indiqué. Mais, soyons clairs, cela n’aura aucune influence sur la dynamique des populations. Les oiseaux ont des stratégies qui leur permettent de passer l’hiver. On est beaucoup plus utile si on aménage son jardin au plus près de la nature pendant toute l’année: buissons à baies, épineux, prairie fleurie, point d’eau. Les oiseaux ont davantage besoin de jardins sans pesticide que de petites graines en hiver.

Est-ce différent suivant que l’on habite en ville ou à la campagne?

Si on habite loin d’un centre, peut-être que l’on verra une plus grande gamme d’espèces. Cela dit, on a aussi une belle variété d’oiseaux en ville. D’autant que les oiseaux ont tendance à descendre à plus basse altitude, à venir près des agglomérations en hiver. Ville ou campagne, ce sont les mêmes précautions à respecter.

Justement, à partir de quand faut-il les nourrir?

Dès qu’il y a de la neige au sol et que la température ne dépasse pas le 0° C en journée. Mais on s’arrêtera à la fin de l’hiver au moment du radoucissement, généralement à fin février, en plaine. En mars, les oiseaux s’affairent pour la reproduction et un nourrissage tardif pourrait entraîner des problèmes de comportement.

Peut-on tout leur donner: graines, pain perdu, croquettes du chat?

Non. Les miettes de pain n’ont pas un grand intérêt nutritif. Par contre, les noix et les fruits secs sont intéressants. De même les graines de tournesol, de chanvre, de lin ou de millet sont tout à fait adaptées, ainsi que les boules à graisse pour les mésanges. On peut aussi leur donner des fruits, pommes ou poires, que les merles et les grives apprécient. Mettre un petit abreuvoir est aussi très utile, les oiseaux ne trouvant pas toujours de quoi s’hydrater.

Quelles sont les erreurs à ne pas faire?

Il faut éviter la nourriture salée ou les mélanges trop protéinés. Ceux-ci peuvent induire des changements de comportement, notamment chez le rouge-gorge, qui risque d’embrayer la période de reproduction beaucoup trop tôt par rapport aux saisons. On oublie que la plupart des oiseaux sont insectivores de mars à octobre, mais qu’en hiver, ils deviennent granivores. Une alimentation trop riche à ce moment-là ne leur convient pas.

Les petites maisons sont-elles utiles ou ne sont-elles qu’un lieu de transmission des maladies?

Elles sont très utiles, en ce sens qu’elles protègent les graines de l’humidité et donc du développement de champignons. Une fois par saison, il convient de rentrer et de nettoyer la maisonnette pour éviter les risques d’épizootie, comme la salmonellose qui peut être fatale aux oiseaux. En revanche, pour l’instant, la grippe aviaire n’affecte pas les passereaux, mais seulement les oiseaux d’eau.

Est-ce une impression ou y a-t-il moins de passereaux cet hiver?

C’est vrai. Cela provient du fait que la production de fruits du hêtre, les faines, est très abondante cette année. Du coup les mésanges, sittelles et pinsons par exemple, ont tendance à rester en forêt. Par ailleurs, la reproduction, chez certaines espèces, a été assez médiocre. Et il n’y a pas eu d’arrivées massives de mésanges, lesquelles obéissent à des cycles irréguliers liés au taux de reproduction dans les pays du nord de l’Europe.

Nourrir les oiseaux, au fond, est plus utile pour nous que pour eux...

Oui, on les nourrit pour le plaisir de pouvoir les observer. C’est bien d’avoir cette empathie, mais passons au stade suivant: aménageons-leur un habitat adéquat pour toute l’année. Trop de jardins sont encore des déserts biologiques.

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla