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8 avril 2013

Nouveau départ pour «PlanetSolar»

Le bateau solaire helvétique entamera bientôt la traversée de l’Atlantique avant de naviguer le long du Gulf Stream pour une expédition scientifique inédite. Reportage à La Ciotat (F), à quelques jours du grand départ.

PlanetSolar
La mission de «PlanetSolar»? Analyser les échanges entre les océans et l’atmosphère afin de mieux observer l’évolution du climat.

Article mis à jour le 10 septembre 2013 à l'occasion de la fin du périple de PlanetSolar à Paris.

Le soleil brille sur le vieux port de La Ciotat (F). Un bon signe, à coup sûr, pour cette journée qui devrait marquer le départ du PlanetSolar vers de nouvelles aventures! Voilà près d’un an que le bateau solaire, né dans l’imagination du Neuchâtelois Raphaël Domjan, a achevé son tour du monde. Il est à présent fin prêt à aborder la seconde phase de son existence: une expédition inédite d’environ trois mois le long du Gulf Stream, dirigée par une équipe de scientifiques de l’Université de Genève.

Il s’agit dans un premier temps de gagner les Etats-Unis, le point de départ de la mission se situant à Miami. Le bateau doit donc rallier Rabat au Maroc, d’où il tentera de battre son propre record de vitesse pour la traversée de l’Atlantique.

«PlanetSolar» parcourra plus de 8000 kilomètres.
«PlanetSolar» parcourra plus de 8000 kilomètres.

Mais pour l’heure, c’est au cœur des chantiers navals de ce petit port provençal situé à quelques dizaines de kilomètres de Marseille qu’il est amarré. «PlanetSolar? Vous ne pouvez pas le louper: il ressemble à un vaisseau spatial», a lancé un peu plus tôt un ouvrier du coin. Une description qui colle à merveille à la réalité: au milieu des yachts et des voiliers, le bateau détonne. Et l’impression se confirme lorsqu’on se retrouve à bord. Le vaste champ de panneaux solaires – plus de 500 mètres carrés de cellules photovoltaïques – dégage un parfum de science-fiction.

Trajet susceptible d'être modifié.
Trajet susceptible d'être modifié.

Pour le reste, le navire a subi ces six derniers mois une importante opération d’optimisation, la plus significative étant le changement du mécanisme de propulsion. «Les hélices de surface ont été remplacées par un système complètement immergé qui devrait être plus performant», explique le marin français Gérard d’Aboville. Parrain de la première heure de PlanetSolar, cet illustre aventurier qui s’était distingué en 1980 par la première traversée de l’Atlantique en solitaire à la rame a en effet été nommé capitaine du bateau (lire ci-contre).

Martin Beniston, professeur à l’Université de Genève: «Les mesures ne seront pas biaisées par les gaz d’échappement d’un navire classique.»
Martin Beniston, professeur à l’Université de Genève: «Les mesures ne seront pas biaisées par les gaz d’échappement d’un navire classique.»

Egalement présent aujourd’hui, le professeur Martin Beniston, climatologue et directeur de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève. Il dirigera l’expédition scientifique, baptisée PlanetSolar DeepWater, qui débutera à la fin mai. «Nous allons voguer le long du courant océanique Gulf Stream, l’un des plus importants régulateurs du climat européen et nord-américain. Le navire parcourra plus de 8000 kilomètres du sud des Etats-Unis à Bergen en Norvège, en passant par Boston, Terre-Neuve au Canada et Reykjavik en Islande.» Des mesures physiques et biologiques très poussées seront prises dans l’eau et dans l’air tout au long du trajet (lire encadré).

Interview en vidéo de Martin Beniston

Le bateau idéal pour prendre des mesures

L’avantage d’utiliser PlanetSolar pour cette mission? «C’est un bateau à zéro émission polluante, explique Martin Beniston. Dès lors, nous sommes assurés que les mesures effectuées dans l’atmosphère seront d’origine naturelle et non pas biaisées par les gaz d’échappement d’un navire classique.» Certes, l’utilisation d’un voilier aurait eu les mêmes effets… «Mais avec PlanetSolar, il est plus facile de faire du surplace, une caractéristique nécessaire pour effectuer certaines des analyses», précise Gérard d’Aboville. Et un voilier ne nous aurait pas offert un tel espace de vie.»

Professeurs et doctorants se relaieront tout au long du trajet pour veiller à la bonne marche des appareils de mesure, tandis que les résultats seront analysés au fur et à mesure par une équipe à Genève.
Professeurs et doctorants se relaieront tout au long du trajet pour veiller à la bonne marche des appareils de mesure, tandis que les résultats seront analysés au fur et à mesure par une équipe à Genève.

En effet, outre l’équipage de navigation, plusieurs scientifiques prendront place à bord du bateau, le nouvel agencement du navire permettant de loger jusqu’à neuf personnes. Cabines, cuisine, salle de bains: le confort semble être assuré! Professeurs et doctorants se relaieront tout au long du trajet pour veiller à la bonne marche des appareils de mesure, tandis que les résultats seront analysés au fur et à mesure par une équipe à Genève.

Pas d’appréhension à l’idée d’affronter les éléments du Grand Nord? Assistante à l’Institut Forel (ndlr: un département multidisciplinaire de l’Université de Genève orienté vers la recherche en sciences naturelles de l’environnement), Anh Dao Le, qui sera présente sur la totalité du parcours, ne semble pas s’en inquiéter et ne retient que le côté positif de l’expérience, à savoir «l’opportunité exceptionnelle de participer à une expédition scientifique d’une telle envergure».

Mission de sensibilisation auprès du public

Lors de l’expédition, le navire poursuivra donc sa campagne de sensibilisation sur l’efficacité du photovoltaïque entamée lors du tour du monde il y a deux ans.
Lors de l’expédition, le navire poursuivra donc sa campagne de sensibilisation sur l’efficacité du photovoltaïque entamée lors du tour du monde il y a deux ans.

Un autre avantage de PlanetSolar: son côté emblématique. «A une époque où on devrait s’affranchir des carburants fossiles, ce bateau montre toutes les possibilités d’une technologie à zéro émission de carbone», poursuit Martin Beniston. Lors de l’expédition, le navire poursuivra donc sa campagne de sensibilisation sur l’efficacité du photovoltaïque entamée lors du tour du monde il y a deux ans. Le volet pédagogique de l’aventure permettra également d’attirer l’attention du grand public sur la thématique des changements climatiques. Puis, à l’automne, le bateau prendra part à une campagne de nettoyage des eaux européennes, un projet initié par la fondation Waste Free Oceans.

Vaste programme donc pour PlanetSolar cette année! Qui, malgré le soleil, ne partira finalement pas aujourd’hui… «Après six mois de travaux, il nous manque encore six heures pour achever les installations», annonce non sans humour Gérard d’Aboville. Lui qui se réjouissait de prendre la mer doit encore ronger son frein quelques jours…

Le bateau a quitté le port de La Ciotat (F). Suivez son déplacement en direct! (Article actualisé le 9.4.2013)

Auteur: Tania Araman

Photographe: Lise Lacombe/ La Company