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19 décembre 2016

Nouvel An: l’éternel recommencement

Chaque 31 décembre, même topo: alors que les bouchons de champagne sautent et que les bonnes résolutions fusent, on ne peut s’empêcher de porter un regard plein d’espoir vers la nouvelle année. A tort ou à raison?

Au soir du 31 décembre, la coutume veut que chacun prenne de bonnes résolutions pour l’année à venir. (Photo: iStock)

Au soir du 31 décembre, à minuit tapant, les Russes ont pour tradition d’écrire un vœu sur un bout de papier. Puis ils le brûlent et en mettent les cendres dans un verre de champagne qu’ils s’empressent de boire, afin de voir leur souhait se réaliser dans l’année. Les Anglais, quant à eux, glissent dans leur poche une pièce de monnaie, un peu de sel et un morceau de charbon. Ainsi, ils s’assurent que l’argent, la nourriture et la chaleur ne leur viendront pas à manquer.

Les coutumes ont beau varier d’un pays à l’autre, elles témoignent toutes d’un même espoir: celui d’une vie meilleure pour la nouvelle année. Quitte à donner un petit coup de pouce au destin en prenant soi-même des bonnes résolutions. Promis, en 2017, j’arrête de perdre mon temps sur les réseaux sociaux et je perds 10 kilos.

Pourtant, selon une étude menée en 2007 par le professeur Richard Wiseman à l’Université de Bristol, 88% des résolutions ne seraient pas tenues... Pourquoi, alors, continuons-nous à nous imaginer plus minces, non-fumeurs ou moins dépensiers? Pourquoi plaçons-nous tant d’espoir dans la nouvelle année? Pourquoi espérons-nous que, par un coup de baguette magique, tout va changer dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier?

Besoin de rythme, besoin de nous rassurer, nous explique Jörg Stolz, sociologue des religions à l’Université de Lausanne (lire ci-dessous). Et puis, c’est une si bonne occasion de s’entourer de ses amis et de faire la fête, alors pourquoi s’en priver?

«Fêter le passage à la nouvelle année est une manière de clore un cycle»

Jörg Stolz, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.

Pourquoi ce besoin de fêter le passage à la nouvelle année? Finalement rien ne change vraiment entre le 31 décembre et le 1er janvier…

L’homme a toujours eu un besoin anthropologique de structurer le temps. Ne le divise-t-il pas en mois, en semaines? Dans toutes les sociétés, toutes les cultures, on retrouve donc des rituels, religieux ou non, qui revêtent cette fonction. C’est vrai de nos anniversaires et commémorations comme de l’année liturgique des Eglises. Par ailleurs, certains de ces rituels, tels que les mariages ou les cérémonies célébrant le passage de l’enfance à l’âge adulte, marquent les changements et dans ces périodes de doute, d’incertitude, un cadre symbolique peut rassurer. Tout cela s’applique bien évidemment aux festivités de Nouvel An, même si la manière de marquer le coup varie d’une culture à l’autre.

Mais n’est-il pas illusoire de placer tant d’espoir dans la nouvelle année?

Oui, probablement. Mais une fois encore, c’est le symbole qui importe ici. Et en l’occurrence, cette année 2016 a été à maints égards tellement désastreuse qu’on ne peut s’empêcher d’espérer que 2017 sera meilleure... Le passage à la nouvelle année incarne le changement, et le fêter est une manière de clore un cycle et d’en entamer un suivant. C’est une période propice à la réflexion: on pense à l’année qui vient de s’écouler et à celle qui commence.

Est-ce pour cette raison que nous éprouvons le besoin de nous fixer des bonnes résolutions?

Oui. L’humain possède cette capacité bien particulière, qu’il ne partage avec aucun autre être vivant, de regarder vers le passé et le futur. Mais si nous passions tout notre temps à user de cette capacité, nous ne vivrions jamais dans le présent. Nous profitons donc de ces périodes symboliques de changement, tout comme des moments difficiles de notre vie, pour prendre le temps de la réflexion. A Nouvel An, c’est presque devenu une norme de se fixer des bonnes résolutions.

Plus généralement, pourquoi les fêtes de fin d’année revêtent-elles encore tellement d’importance alors qu’elles ont presque perdu tout sens religieux?

Il est vrai qu’en cette période de sécularisation, même Noël est de moins en moins teinté d’esprit religieux. Mais il faut savoir que de nombreux chrétiens distancés, qui sont membres d’une église sans y mettre les pieds le reste de l’année, participent avec plaisir à la messe ou au culte de Noël. Pour eux, Noël est la fête qui crée le plus de sentiment religieux et cette tradition leur est donc importante. Et il ne faut pas oublier non plus le pouvoir fédérateur des célébrations.

C’est-à-dire?

Les fêtes ont la faculté de rassembler les gens. Or, nous avons besoin de liens avec les autres, nous nous efforçons sans cesse d’en créer. Voyez le succès des réseaux sociaux, Facebook en tête, et notre volonté d’acquérir des nouveaux amis! Le caractère social des fêtes explique donc également leur succès. Nous observons d’ailleurs le même phénomène avec le rituel des cadeaux: si nous en offrons, c’est aussi pour créer du lien, c’est une manière de symboliser ce dernier. Nous attendons quelque chose en retour, même si ce n’est pas dans l’immédiat.

Ce pouvoir fédérateur des fêtes expliquerait-il donc également notre envie de célébrer en groupe le passage à la nouvelle année?

Je dirais plutôt que ces moments qui symbolisent le passage du temps nous poussent à la réflexion et donc également à une possible crise. Il est beaucoup plus simple de supporter de tels moments en compagnie que seul, et en faisant la fête au lieu de se perdre dans ses pensées.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman