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29 septembre 2014

Nouvelle vague

Crâne rasé et âme aquatique, Steeve Fleury est l’un des pionniers du stand up paddle sur le Léman. Une passion de la glisse qui lui a valu de décrocher quatre fois le championnat suisse.

Steeve Fleury fait du stand up paddle
Le stand up paddle a aujourd'hui ses adeptes et ses compétitions en Suisse.

«Je n’ai pas de journée type, j’ai horreur de ça!» La vie, il la prend comme la vague: avec passion et improvisation. La boule à zéro, la barbe bien fournie, des tatouages d’espadon et de baleine sur chaque bras et souvent pieds nus, Steeve Fleury est incontestablement un original. Qui passe son temps à glisser.

Sur le bitume et surtout sur l’eau, puisqu’il est un des pionniers en Suisse du stand up paddle , cette planche sur laquelle on se tient debout et que l’on fait avancer à coups de pagaie. «Depuis tout petit, je voulais faire du surf. J’ai longtemps gardé dans ma chambre une photo d’un gars dans un tube.»

Une formation de microtechnicien en poche, il passe trois mois en Australie à rider tous les jours. «Quand je suis rentré en 2007, j’ai cherché comment garder le contact avec l’eau. Je me suis dit que le stand up, praticable par tous les temps, même en hiver, irait bien sur le lac.»

A l’époque, ce sport nautique est encore balbutiant sur le Léman. Aujourd’hui, il a ses adeptes et ses compétitions. Steeve Fleury vient même de décrocher pour la quatrième fois la première place aux championnats suisses face à une cinquantaine de participants.

Je n’aime pas trop l’esprit des concours. Ça crée des trucs bizarres dans la tête. Essayer de se surpasser me suffit, pas besoin de décrocher des prix.»

Touche-à-tout, il a lancé sa ligne de produits Moutarde «pour rigoler», dessine ses propres surfs, édite encore des livres d’art contemporain, mais surtout attend la vague. «Sur la planche, on ne peut pas penser à autre chose, il faut être hyperconcentré. Et là, au milieu du lac, sans portable, on apprend beaucoup sur soi-même. Je suis comme un oiseau qui s’évade.»

9h: Devenir shaper

9h: Devenir shaper

«A l’atelier de Rolle, je travaille les prototypes de course. Il faut tailler d’abord le pain de sagex, le recouvrir de fibres de carbone, puis de résine et poncer. Je fais tout de A à Z, même la déco. J’essaie de faire des planches plus légères, à la forme affûtée, technique, et adaptées à mes 80 kg. C’est cool de pouvoir faire son sport sur ses propres planches.»

Le skate

Le skate

«C’est mon moyen de transport préféré. Si je n’ai pas mon skate, je suis triste! J’aime aussi les fabriquer moi-même. J’ai envie de construire des planches simples, sans chanfrein, en forme de surf, de poutre ou de rectangle.»

12h: Au boulot

12h: Au boulot

«Je travaille à temps partiel dans un magasin nautique à Morges. Je m’occupe des clients, je fais les commandes de matériel… Je suis moins bien payé qu’une femme de ménage, mais je suis heureux et libre! Ça me semble complètement faux de vivre pour travailler… Je préfère la mentalité australienne, qui accorde plus de place aux loisirs.»

17h: Sur l’eau

17h: Sur l’eau

«Je rame tous les jours, à fond pendant une heure ou je fais du fractionné, ce qui permet de diminuer le temps d’entraînement. Il m’arrive de traverser le lac, ça prend trente à quarante-cinq minutes entre Nyon et la France. Ce qui est important, c’est le physique et la technique. Sinon, on ne tient pas plus d’une heure sur le surf…»

Mon bus

Mon bus

«On est assez inséparables, mon bus et moi. C’est ma coquille d’escargot, qui me permet de voyager partout n’importe quand, sans planification. Il y a toujours à l’intérieur un matelas, un duvet, une petite planche de surf. Et un réchaud au cas où… mais je préfère découvrir les gens et les cuisines des pays que je traverse.»

19h: Edition cousue main

19h: Edition cousue main

«Avec deux copains, on a fondé la maison d’édition Ripopée . On publie les dessins d’artistes contemporains ou des poésies inédites d’auteurs inconnus. Chaque livre est relié et cousu à la main, j’aime bien faire ça. On a déjà édité une quarantaine d’artistes différents, chaque fois tirés à cent exemplaires.»

23h30: L’heure du fakir

23h30: L’heure du fakir

«Mon tapis de fakir, je l’utilise chaque soir avant de dormir. C’est génial pour se détendre après l’effort. On ne peut pas se coucher sur ces petites piques assez pointues en restant crispé. On est obligé de se détendre. Il m’arrive aussi de l’utiliser pour me débloquer le dos, c’est très efficace!»

© Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens