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23 mai 2016

Oasis de montagne

A deux pas de la ville de Glaris se cache le Klöntalersee, petit bijou de lac coincé entre des sommets vertigineux. Idéal pour une balade en famille ou une baignade rafraîchissante l’été.

Les alentours du Klöntalersee
D’impressionnants sommets rocheux, quasi verticaux, surplombent le Klöntalersee.

La ville de Glaris cumule les particularités. D’abord, parce qu’elle est la plus petite capitale cantonale de Suisse, avec ses tout juste six mille habitants. La bourgade est réputée ensuite aussi pour son manque cruel d’ensoleillement. Selon les statistiques de MétéoSuisse, le soleil ne brillerait ici qu’environ 1270 heures par an (contre par exemple 1870 heures à Lausanne et près de 2000 à Sion). La faute aux montagnes – majestueuses – qui encerclent la capitale glaronaise. On n’a rien sans rien…

De la gare, nous partons en voiture jusqu’au but de notre excursion: le Klöntalersee. D’ici quelques jours et tout au long de la belle saison, des bus postaux permettront aux voyageurs adeptes de la mobilité douce d’effectuer le trajet (lire carnet pratique). Après dix minutes seulement, le long d’une petite route asphaltée tortueuse, nous parvenons déjà à l’extrémité est du lac, au lieu-dit Rhodannenberg.

Le silence du lac

Le Klöntalersee (848 mètres d’altitude) est un plan d’eau naturel d’environ 3 km2, né à la suite d’un éboulement. Depuis 1908, son niveau a été rehaussé pour y produire de l’électricité. En ce mois de mai, le lac n’est encore rempli qu’à moitié. Ses rivages laissent alors apparaître de larges surfaces rocailleuses, qui se feront lentement manger par l’eau, au fur et à mesure de la fonte des neiges sur les montagnes voisines.

Le bas niveau actuel des eaux ne péjore en rien la vue magique qui s’offre à nous. Le lac, d’un vert turquoise, recouvre toute la surface de l’étroite vallée. De hauts sommets rocheux, quasi verticaux, marquent ses contours.

Les plus impressionnants sont sans conteste sur sa rive gauche le Vrenelisgärtli (2907 m) et le Ruchen (2905 m), recouverts encore d’une épaisse couche de neige jusqu’à la lisière supérieure de la forêt.

C’est la plus belle vue au monde, non?»,

s’enthousiasme notre photographe Samuel Trümpy. Précisons quand même que le Glaronais a grandi et vit encore dans la région… Il n’empêche, le panorama est grandiose.

Du côté nord, une route asphaltée borde le lac. Côté sud, seuls les piétons y ont accès le long d’un sentier pédestre. Nous testerons ce tronçon-ci, depuis le hameau Vorauen, à l’autre extrémité du lac. Seules quelques familles de paysans vivent ici à l’année.

Parfois, au cœur de l’hiver, ils voient les touristes affluer pour y pratiquer le patin à glace. Autorisé uniquement si les températures sont assez basses et que la surface du lac n’est pas recouverte de neige…

La chapelle du hameau de Vorauen.
La chapelle du hameau de Vorauen. En été, de nombreux mariages y sont célébrés.

Le moteur de la voiture éteint, nous voilà happés par la tranquillité des lieux. Seuls quelques campeurs nous adressent de chaleureuses salutations. Plus loin, c’est le fracas d’une cascade qui vient briser le silence:
la Sulzbachfall surgit des rochers pour éclabousser le fond de la vallée, à quelques encablures d’une chapelle. «En été, de nombreux mariages sont célébrés ici», indique Samuel. On ne s’en étonne guère, tant le paysage frôle la perfection.

La légende d’un trésor caché

La forêt verdoyante.
Sur quelques tronçons de la balade, le sentier quitte les berges du lac pour s’enfoncer dans la forêt.

Après avoir franchi la Chlön, petite rivière qui alimente le lac du même nom, le sentier s’enfonce d’abord dans la forêt pour se coller ensuite aux berges naturelles. C’est dans ce paysage, pourtant si paisible, qu’a eu lieu l’une des batailles les plus sanglantes sur sol helvétique.

En 1799, les Français accusaient ici une terrible défaite face à l’armée russe du général Souvorov. La légende raconte que ses troupes auraient immergé leur trésor de guerre au fond du lac.

Et si le butin s’y trouvait encore? Qu’à cela ne tienne. Depuis de nombreux endroits, la baignade est possible dans le Klöntalersee (sa température oscille au cœur de l’été entre 18 et 22 degrés). L’accès le plus impressionnant est sans conteste le Bärentritt, une falaise d’environ 12 mètres de hauteur d’où les plus téméraires s’élanceront.

la «Dunggellauifall»
De jolies cascades jalonnent le sentier à un rythme quasi régulier. La plus haute, la «Dunggellauifall», atteint 114 m.

Pour ceux qui préféreraient une bonne douche glacée, deux impressionnantes chutes d’eau bordent encore le chemin. La plus haute, c’est la «Dunggellauifall», d’une hauteur de 114 m! Une légère brume s’en dégage et rafraîchit délicatement visages et avant-bras. Pour la douche intégrale, on repassera en juillet...

Dernier point fort de la balade: la plage du «Schnäggebüchel», une longue prairie fleurie qui côtoie les eaux du lac. «En été, la plage est bondée, indique le photographe. Les jeunes de Glaris ont l’habitude de venir s’y baigner et parfois même de fêter toute la nuit, jusqu’à dormir à la belle étoile.»

Un symbole de la démocratie suisse

De retour en ville, on se permet encore un léger détour par la Landsgemeindeplatz (lien en allemand). Tout écolier helvétique a entendu parler au moins une fois lors des cours d’éducation civique de ce parfait symbole de la démocratie directe suisse...

C’est donc ici, chaque premier dimanche de mai, que les citoyens du canton de Glaris se rassemblent pour élire – à main levée – les différents représentants politiques du canton.

Dernière étape de notre visite, la boutique «Glarussel» (lien en allemand),sur la Bahnhofstrasse, qui propose différentes spécialités glaronaises. Il y a bien sûr les «glarner Tüechli», célèbres foulards rouges et ornés de motifs orientaux. «Ils sont fabriqués dans la région depuis 1740, indique le gérant Martin Huber.

L’industrie textile a façonné l’histoire du canton.»

Encore affamés par la balade, ce sont les spécialités culinaires qui retiennent notre attention. Il y a notamment le fameux – et réputé très fort – schabziger, fromage typique glaronais qui se reconnaît à sa couleur verte.

Moins connu en terre romande, le «glarner Pastete» (ou pâté glaronais) fourré à la pâte de pruneaux ou d’amandes et recouvert d’une généreuse couche de sucre. De véritables condensés de saveurs! A l’image de ce petit canton de Glaris.

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Samuel Trümpy