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6 mai 2016

Obama et les pitres-en-chefs

L'humour du président Obama fait un carton auprès des l'opinion publique. Mais il n'est pas le premier des locataires du 1600 Pennsylvania Avenue à concilier avec maestria rire et politique. La chronique de Xavier Filliez, journaliste suisse exilé à New York.

La Maison Blanche.

Se piquer le nez et se fendre la pipe avec le président des Etats-Unis n’arrive pas mille fois dans une vie. Pour les journalistes accrédités à la Maison Blanche, cela se produit une fois par an, au gala annuel des correspondants. Un rendez-vous branché et glamour où politiciens, étoiles d'Hollywood et gens de presse métamorphosés en groupies, battent des mains et des cils à chaque... vanne d'Obama.

Puisque vous avez déjà vu et lu partout celles distillées samedi soir, je n'en retiens que deux, qui sortaient vraiment du lot.

Sur la liberté de la presse: «Spotlight is a movie about investigative journalists with resources and autonomy to chase down the truth. Best fantasy film since Star Wars

Sur les capacités d'entrepreneur de Trump:

There is one area where The Donald’s experience could be useful, and that is closing Guantanamo - Donald knows a thing or two about running waterfront properties into the ground.»

Pour le reste, je me distancie des fanatiques et de leurs louanges. Obama est un bon président. Fin d'esprit. Charismatique. Charmant. Il fait dans l'auto-dérision, taquine - à juste dose - ses rivaux. Maîtrise l'art du timing. Mais il n'est pas le plus drôle.

Rendons d'abord à César ce qui lui appartient. Ses tirades à succès sont l'œuvre des West Wing Writers, un groupe d'écrivains, humoristes, ex-journalistes constitué en 2001 par d'anciens speech-writers de Bill Clinton.

Même si ces gars font un job dément, au carrefour de la politique et de l'infotainment ayant fait la gloire de la télévision américaine, The Daily Show (ex Jon Stewart, maintenant Trevor Noah), The Tonight Show (Jimmy Fallon), Last Week Tonight (John Oliver) et consorts, il y eut dans l'histoire de ce pays des présidents vraiment plus drôles qu'Obama.

George W. Bush, par exemple qui était le roi de l'humour accidentel et en était tout à fait conscient. «I look forward to these dinners, disait-il en 2005, where I'm supposed to be funny… intentionally», ajoutant:

These stories about my intellectual capacity really get under my skin. You know, for a while I even thought my staff believed it. There on my schedule, first thing every morning it said, 'Intelligence Briefing’»

Le maître de l'autodérision? Jimmy Carter: «My esteem in this country has gone up substantially. It is very nice now when people wave at me, they use all their fingers.» Qui n'a lui-même rien à envier à Abraham Lincoln: «If I were two faced, would I be wearing this one?»

Ronald Reagan lui, avait la fibre didactique: «Recession is when your neighbor loses his job. Depression is when you lose yours. And recovery is when Jimmy Carter loses his.» Et un sens logique hors-norme:

I am not worried about the deficit. It is big enough to take care of itself.»


Quant à l’oscar de la cruauté, je le décerne à John Adams qui déclara: «In my many years I have come to a conclusion that one useless man is a shame, two is a law firm, and three or more is a congress.»

Aux groupies de Barack Obama, je concède que s’il n'est pas le plus drôle, c’est déjà tout à son honneur de le reconnaître en déclarant ceci: «If I had to name my greatest strength, I guess it would be my humility. My greatest weakness, it's possible that I'm a little too awesome.»

Texte: © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez