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20 mai 2016

Obscène comme un père fondateur

Ça y est. La Blitzkrieg est lancée. Après grosso modo 400 jours de campagne pour la présidence des Etats-Unis qui ne furent qu'un échauffement dans la course à la rhétorique puante et aux coups bas.

Portrait de Xavier Filliez
Portrait de Xavier Filliez

Trump surnommant ses adversaires «Lyin Ted» («Ted le menteur» pour Ted Cruz), «Little Marco» (pour Marco Rubio), «Low-Energy Jeb» (pour Jeb Bush)? Trump escaladant dans la misogynie? Trump déclarant lors d'un débat qu'Hillary Clinton «got schlonged» (littéralement: «s'est fait assommer par un gros pénis») durant la primaire de 2008? Des amuse-bouche (si l'on peut dire).

Les choses sérieuses: c'est maintenant. Le candidat au toupet et au clapet indomptables promis à l'investiture républicaine a un plan en cinq actes pour embarrasser sa rivale, révèle le New York Times: les infidélités de Bill, l'impeachement de Bill en 1998, les investissements louches d'Hillary dans les matières premières, l'affaire des emails et l'affaire Benghazi.

De son côté, Hillary Clinton implore Donald Trump de rendre publiques ses déclarations d’impôts, comme l’ont fait tous les candidats démocrates et républicains depuis 1976. Trump s'est engagé plusieurs fois à le faire le jour venu, mais il continue de se défiler.

Les deux prétendants au leadership du monde libre peuvent compter sur l'appui des super-PAC, ces «comités d'action politiques» privés, financés par des ultra-riches qui s'organisent pour aider/bloquer un candidat à travers des campagnes controversées et souvent haineuses.

Le principal super-PAC pro-Clinton s'appelle Priorities USA. Il s'est juré, pour l'heure, de ne pas s'immiscer dans la vie privée de Donald Trump mais il engagera 6 millions de dollars entre le 18 mai et le 8 juin pour dénoncer ses incohérences et ses mensonges dans des publicités. Great America Pac, de son côté, roule pour Trump.

Les clips distillés par ces groupes sont des petites perles. Ou de gros navets selon vos goûts. Mais jamais ils ne laissent indifférents. Si vous êtes un supporter d'Hillary, cliquez ici. Pour les nostalgiques qui ne croient toujours pas que Mitt Romney risquait de «tuer vos emplois et vos femmes» en même temps, c'est par là. Ah oui: et Obama est un serial-killer de fœtus, la preuve ici.

En réalité, la mère de toutes ces campagnes de dénigrement, c'est Daisy. Une vidéo produite par l'équipe du président Lyndon B. Johnson, courant contre Barry Goldwater en... 1964. L’héroïne (Daisy), une petite fille comptant les pétales de marguerite dans un champ, est interrompue par le compte à rebours d’une bombe atomique.

Johnson était pour la désescalade du conflit au Vietnam. Son adversaire était enclin à utiliser l'arme nucléaire si nécessaire. Cette pub simpliste et démagogique aurait largement fait tourner l'opinion en faveur de Johnson.

Comment, alors, en vouloir à Trump, Hillary et consorts pour leur goût de l’obscène et de l’excès alors que celui-ci remonte aux pères fondateurs? En 1800, le vice-président en place, Thomas Jefferson (démocrate-républicain) en compétition contre le président John Adams (fédéraliste) accusa ce dernier d'«hermaphrodite hideux n'ayant ni la force et la fermeté d'un homme, ni la gentillesse et la sensibilité d'une femme.»

En gros, incapable de donner un bon gros coup de pénis. Et pas plus apte à l'encaisser.

Texte: © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez