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24 novembre 2014

Ode à la fragilité

L’auteure-compositrice-interprète neuchâteloise Olivia Pedroli démarre une tournée après la sortie de «A Thin Line», son délicat et féerique nouvel album enregistré et produit, comme le précédent, à Reykjavik par le magicien Valgeir Sigurðsson.

Olivia Pedroli
Avec «A Thin Line», l’artiste neuchâteloise Olivia Pedroli s’est mise à nu pour aller à l’essentiel.

Rencontre en terrain neutre, un bistrot de la vieille ville de Neuchâtel… Pudique, discrète, Olivia Pedroli n’aime pas trop se dévoiler. Surtout au premier venu. A l’instar de son quatrième album qui ne révèle pas tous ses secrets à la première audition. «Il a plusieurs couches comme un oignon.» Elle enlace sa tasse de thé de ses longs doigts diaphanes et nous fixe de ses yeux marron.

Avant de croiser le regard de cet auteure-compositrice-interprète, nous avions écouté son dernier opus A Thin Line en boucle. Onze titres délicats et sensibles, sur le fil du rasoir, tout en tension et tiraillements. Des mélodies répétitives et parfois dissonantes, qui brouillent sans cesse les frontières entre folk, classique et expérimental. Une atmosphère mélancolique, éthérée sans être désincarnée. Et cette voix – la sienne – à la fois cristalline et habitée, mais toujours maîtrisée.

Ça a été difficile, presque douloureux, de s’extraire de cette immersion musicale, d’échapper au chant entêtant et envoûtant de cette sirène à la chevelure rousse qui est là, assise en face de nous, un sourire de Joconde aux lèvres. «Ce disque, c’est un éloge à la fragilité, cette fragilité qui, quand elle est assumée, devient une force!» On repense à sa métaphore sur l’oignon, à cet épluchage, à cette mise à nu pour aller à l’essentiel, «à l’épure» comme elle dit.

De Lole à Olivia Pedroli

Mais avant de parvenir à ce dépouillement, cette jeune femme a dû subir une mue intégrale. Elle a quitté les oripeaux de Lole – celle qui enchaînait concerts et premières parties (Alain Bashung, Marianne Faithfull…), celle qui était considérée comme «la nouvelle sensation folk venue de Suisse» – pour redevenir tout simplement Olivia Pedroli.

Je n’aime pas me reposer sur mes lauriers, je suis en recherche permanente et j’avais envie de construire un univers sonore qui m’était propre.»

Sa métamorphose, elle l’achèvera à Reykjavik, dans le studio de l’Islandais Valgeir Sigurðsson , un producteur de génie qui a notamment travaillé avec Björk, CocoRosie, Camille et Bonnie Prince Billy. Avec lui, elle accouchera en 2010 de The Den, son troisième disque mais le premier sous sa véritable identité. La critique l’encense: «Un album d’une richesse et d’une pureté rares.» (Rolling Stone), «D’un raffinement absolu…» (Libération), «Sa musique si originale vous colle vite à la peau. Et à l’âme.» (Vibrations).

Les portes s’ouvrent alors devant cette Neuchâteloise touchée par la grâce. Sa tournée l’entraîne dans toute l’Europe, du Montreux Jazz Festival au Moods à Zurich, en passant entre autres par l’Eurosonic de Gröningen, le Café de la Danse à Paris, le Reeperbahn Festival de Hambourg et les Nuits botaniques de Bruxelles. Dans l’élan, cette ancienne violoniste classique (treize ans de conservatoire au compteur) adapte ses arrangements pour un unique et mémorable concert donné en compagnie des membres de l’Ensemble symphonique Neuchâtel.

Toujours sur la corde raide

En parallèle, cette trentenaire à l’insatiable appétit culturel («Je redoute la routine plus que tout») multiplie collaborations et expérimentations. Il y aura l’écriture remarquée (elle a été nominée pour le prix de la meilleure musique de film au Swiss Film Awards) de la partition du documentaire «Hiver nomade» de Manuel von Stürler, puis la création de «Préludes pour un loup», une installation musicale et vidéo qu’a abritée le Musée d’histoire naturelle de sa ville.

Ces expériences donnent des impulsions, sont des sources d’inspiration.»

Aujourd’hui, cette artiste complète reprend la route, s’apprête à remonter sur scène pour jouer les fil-de-féristes, les équilibristes sur la ligne fine (Thin Line), ténue des pièces qui composent son nouvel album, lui aussi enregistré en Islande. «J’avais envie de travailler avec les mêmes personnes pour aller plus loin.» Une heure vient de s’écouler durant laquelle Olivia Pedroli n’a pratiquement pas cessé de parler. Son thé est froid, plus rien ne la retient, la voilà déjà partie vers d’autres horizons…

Dans les bacs: «A Thin Line», Olivia Pedroli, Betarcorn/Cristal Records. En tournée: 27-28.11, La Grange, Le Locle/29.11, City Club, Pully/30.11, Bee-Flat, Berne/7.12, Nouveau Monde, Fribourg. Sur la toile: www.oliviapedroli.com

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Yann Mingard