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16 septembre 2012

OGM: les Suisses n'en veulent pas!

Le groupe de recherche mandaté par le Conseil fédéral a rendu sa copie: les plantes génétiquement modifiées ne sont nuisibles ni à l’homme ni à l’environnement. Une conclusion contestée.

Fruits et légumes coupés en deux, recollés de manière mélangée
Le moratoire sur l'utilisation commerciale des OGM court jusqu'à la fin 2013. (Photo: Keystone/Hans-Jörg Walter)

Il n’existe aucun risque lié au génie génétique, que ce soit pour la santé ou pour l’environnement.» La conclusion délivrée le 28 août par le Programme national de recherche (PNR 59) est des plus limpides. Ses experts, mandatés par le Conseil fédéral suite au moratoire sur les OGM exigé par le peuple en 2005, ont mené eux-mêmes trente différentes recherches et analysé plus d’un millier de publications scientifiques internationales.

Les chercheurs ont travaillé sur le blé. Un choix maladroit!
 – Fabien Fivaz, StopOGM

Mais ces résultats ne convainquent pas pour autant les plus fervents opposants au génie génétique. Pour l’association StopOGM notamment, ces recherches sont lacunaires. «Le PNR 59 n’a jamais traité le thème de la santé humaine et animale, reproche Fabien Fivaz, président de l’association. Le groupe de recherche a décidé de laisser de côté les conséquences sur le long terme des OGM car son budget et le temps à disposition n’étaient pas suffisants.» StopOGM critique également le choix des plantes observées par les scientifiques helvétiques. «Les chercheurs ont travaillé sur le blé, ajoute Fabien Fivaz. Un choix maladroit! Les chercheurs américains ont mené de très nombreuses recherches sur cette plante sans jamais parvenir à mettre au point une nouvelle espèce.»

Du côté des milieux agricoles, c’est la seconde partie des résultats délivrés par le PNR 59 qui motive à rester dans l’opposition. Ce même rapport précise en effet que, dans les conditions actuelles, «le bénéfice économique de cette biotechnologie est modeste pour l’agriculture suisse». Tout en laissant la porte ouverte à des innovations qui permettront à ce secteur une meilleure rentabilité. Grâce notamment à de nouvelles espèces qui combineront différentes caractéristiques comme la sécrétion d’insecticide et la résistance aux pesticides.

Le choix populaire de novembre 2005

A Pully, avril 2008: des militants anti-OGM installent des banderoles à côté d’un champ de blé expérimental. (Photo: Laurent Gillieron)
A Pully, avril 2008: des militants anti-OGM installent des banderoles à côté d’un champ de blé expérimental. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

«Le rapport du PNR 59 le montre bien: l’agriculture suisse n’a aucun avantage aujourd’hui à s’ouvrir aux plantes génétiquement modifiées, affirme Ursina Galbusera, cheffe de projet Génie génétique à l’Union suisse des paysans. C’était le choix des citoyens le 27 novembre 2005 lorsqu’ils ont approuvé l’initiative populaire imposant un moratoire de cinq ans sur l’utilisation commerciale des OGM (n.d.l.r.: prolongé ensuite de trois ans par le Parlement jusqu’en novembre 2013). Et ça l’est aujourd’hui encore si l’on observe les statistiques effectuées auprès des consommateurs!»

Et pour les paysans suisses, pas de doute, la situation actuelle permettrait même de booster les ventes. «L’agriculture suisse est obligée aujourd’hui d’exporter davantage vers l’Europe, explique Ursina Galbusera. Nos voisins aussi sont réticents à consommer des produits issus de cette biotechnologie. L’agri­culture suisse, 100% sans OGM, est donc un très bon argument marketing!» Une situation qui motive l’Union suisse des paysans à exiger un prolongement du moratoire jusqu’en 2017.

«Un mauvais signal pour la recherche»

EconomieSuisse a une toute autre vision du problème. «Prolonger le moratoire serait un mauvais signal pour la recherche, craint Rudolf Minsch, chef économiste de l’organisation faîtière des entreprises. Aujourd’hui, pratiquement tous les jeunes qui commencent des études dans le domaine des OGM en Suisse proviennent de l’étranger. Et cela parce que ce secteur a mauvaise réputation dans notre pays! Les personnes qui s’opposent encore aux OGM ne se basent que sur une idéologie et non pas sur des faits scientifiques.»

Je ne pense pas que les Suisses soient très effrayés par les OGM. – Michael Siegrist, professeur à l’EPFZ

«Un argument un peu simpliste», juge Michael Siegrist, professeur à l’Institut pour les décisions environnementales à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et responsable du volet sociologique du PNR 59. «Je ne pense pas que les Suisses soient très effrayés par les OGM. Les consommateurs ont simplement compris qu’ils ne tireraient aucun avantage à ce que les OGM puissent être cultivés en Suisse. Pourquoi donc prendre un risque, même si celui-ci est minime?» Un mécanisme qui vaut pour d’autres technologies. «Prenons l’exemple des téléphones mobiles, propose Michael Siegrist. Malgré que nous soyons conscients des risques qu’ils peuvent engendrer, notamment en raison des ondes qu’ils émettent, nous continuons à les utiliser. Pourquoi? Parce qu’ils nous amènent un avantage certain dans notre vie! Tant que les OGM ne permettront pas des avancées significatives dans notre quotidien, l’opinion du peuple y restera défavorable.»

Une piste d’explication avancée également par Marc Audétat, sociologue des sciences à l’Université de Lausanne. «On trouve dans les deux camps des arguments idéologiques et scientifiques, précise-t-il. Lorsqu’on a commencé à parler d’OGM il y a plus de dix ans, on a voulu dissimuler des informations au public. C’est ce manque de transparence qui a attisé la méfiance. Le Programme de recherche PNR 59 est venu cinq ans trop tard!»

Auteur: Alexandre Willemin