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2 juin 2014

Oh, sa lune

Présentatrice de la météo à la radio romande, membre du trio vocal Nørn, Edmée Fleury sort un premier album solo, revendiqué «bricolo-électro», mais surtout d’une mélancolie saisissante.

Edmée Fleury en train de jouer de la guitarre
Pour «Oh ma lune», on a enregistré chaque son et on les a réorganisés comme des samples. Mon mot d’ordre, c’était: pas d’instrumentiste si ce n’est pas nécessaire. J’ai tout joué moi-même. La guitare, je la mets sur mes genoux, j’en joue comme d’une cithare.»

«Bon, pour le moment tout ce que j’ai raconté, c’était juste: voyez, ça se couvre.» Ce jour-là en sortant des studios de la radio à la Sallaz, Edmée Fleury scrute le ciel et se montre soulagée. Préparer les bulletins météo et les présenter à l’antenne, voilà qui donne des responsabilités et une pression d’un genre particulier. «Au début, j’angoissais toute la journée, maintenant beaucoup moins, de toute façon, on ne peut rien y faire.»

A la radio, Edmée a commencé d’abord comme réceptionniste avant de postuler pour la météo qui l’occupe aujourd’hui un jour par semaine. «Comme job d’appoint, c’est parfait, la météo c’est très précis, je ne me prends pas la tête, après ça me laisse libre pour être créative en dehors.»

Car sinon, c’est musique. Outre des cours de chant privés et des ateliers qu’elle anime, elle fait partie depuis dix ans du trio vocal féminin Nørn, et vient de sortir son premier album solo «Oh ma lune». Onze chansons d’une beauté et d’une mélancolie saisissantes, où une foultitude d’instruments, pas tous catholiques, ont été mis à contribution. Et qui ont d’abord existé sous la forme d’un spectacle. «Je suis quelqu’un de la scène, cet art de l’instant où il peut se passer n’importe quoi, où il faut faire avec, y compris les plantées.»

Edmée Fleury est passée par plusieurs étapes avant d’assumer le fait qu’elle avait «envie de chanter»: «J’ai été d’abord dans une école de danse à Londres, j’avais 16 ans ». Ensuite ce sera plutôt la peinture, qu’elle pratique pendant dix bonnes années, «dans le genre réalisme magique».

C’est d’ailleurs au vernissage de sa première vraie expo qu’elle chante pour la première fois en compagnie d’Anne-Sylvie Casagrande avec qui elle fonde Nørn. «Ça m’est tombé dessus un peu par hasard mais heureusement car au fond de moi j’avais très envie de faire de la musique.»

Pour définir le genre d’«Oh ma lune», elle invente un expression bien à elle: «De la chanson bricolo- électro».

«Oh ma lune», Label Lubie. En concert le 15 juin à Lausanne (Festival de la Terre). Le 24 juillet à Genève (Aubes musicales). Le 7 août à Romont (Tour du sauvage)

Une journée dans la vie d'Edmée Fleury

5 h 15: à vos baromètres
«Le premier rendez-vous du matin. C’est le briefing avec MétéoSuisse, on parle de la situation générale. Je consulte les cartes, ensuite j’écris mes bulletins. Je suis fille de paysan, la météo c’était important, on avait le baromètre, on tapait dessus, il y avait un pluviomètre dans le jardin.»

Edmée Fleury au téléphone.
Edmée Fleury commence sa journée de travail très tôt.

9 h00: c’est dans la boîte
«Enregistrer je n’aime pas trop, je préfère les bulletins en direct, c’est plus naturel. De la même manière il est beaucoup plus facile pour moi d’être sur une scène que derrière un micro. Sur scène, en une heure et demie, on a le temps de créer une ambiance. Les bulletins c’est 50 secondes, ça passe tellement vite. Pas un exercice facile.»

Edmée Fleury au micro
L'enregistrement du bulletin n'est pas son moment de prédilection...

12 h 00: chez Ramuz
«Le père de Ramuz, qui était commerçant à Lausanne, a vendu cette ferme de Cheseaux à mon arrière-grand-père. C’est là que j’ai grandi.»

Cette ferme appartenait au père de Ramuz.

14 h 00: à la plage
«Comme je suis une fille de la campagne j’ai toujours eu besoin d’avoir un petit coin un peu tranquille. J’y viens tous les jours, sauf en hiver. Je me baigne dans le lac de mars à fin octobre. Les bains froids ça fait un monstre bien. Je m’amuse aussi à constituer des puzzles avec les galets, c’est un de mes moyens de détente, ma méditation à moi. C’est ici aussi souvent que j’écris les textes de mes chansons»

Edmée Fleury debout au bord de l'eau.
La plage est source d'inspiration pour Edmée Fleury

15 h 00: musique!
«Tous les instruments avec lesquels je travaille, je les ai achetés chez un brocanteur à Vevey. Dès que je trouve quelque chose qui fait du son, je l’achète. Cithares, banjos, flûtes, boîtes à musique, harmonicas, accordéons, verres, cloches, des oiseaux mécaniques comme Oswald le pingouin ou Coincoin le pivert».

Divers jouets qui produisent du son
Edmée Fleury sait tirer le meilleur de ces objets sonores.

17 h 00: un peu de rangement
«Ce costume de Nørn, je l’ai fait moi même. Je ne suis pas couturière, j’ai un peu paniqué devant ma machine à coudre, c’était trop serré, j’ai ajouté des poils devant. Elle a vraiment été faite de manière empirique cette robe.»

Le costume de Norn.
Une robe improvisée, mais somme toute réussie!

20 h 00: lever de lune
«Pour «Oh ma lune», on a enregistré chaque son et on les a réorganisés comme des samples. On a fait ça à deux avec un ingénieur du son. Mon mot d’ordre, c’était: pas d’instrumentiste si ce n’est pas nécessaire. J’ai tout joué moi-même. Les instruments, je les bricole à ma sauce, je les joue à ma manière. La guitare je la mets sur mes genoux, j’en joue comme d’une cithare.»

Texte: © Migros Magazine - Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Jeremy Bierer