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21 octobre 2013

Olivier Chenaux, un commandant à toute vapeur

Entre contemplation et gestes précis, Olivier Chenaux sillonne le Léman depuis quarante ans. Ce jour-là, il est à la barre du bateau Belle Epoque «La Suisse».

Le salut du premier capitaine Olivier Chenaux sur le bateau.
Olivier Chenaux, le seul premier capitaine de la CGN, assume la responsabilité de la sécurité de dix-neuf bateaux sur le Léman.

Des pattelettes à quatre galons. Olivier Chenaux est premier capitaine, le seul de la CGN. Un titre qui lui donne la responsabilité de la sécurité d’une flotte de dix-neuf bateaux. Le lac Léman, il le connaît comme le fond de sa casquette. En long, en large et depuis l’âge de 18 ans où il a débuté batelier. «L’eau m’a toujours attiré. Il faut vraiment aimer ça pour supporter les horaires irréguliers.» Travailler parfois le soir, le week-end. Gérer le stress de la navigation de nuit, quand les repères s’effacent.

Pourtant, en quarante ans d’eau douce, pas l’ombre d’une lassitude, «parce que ce bureau à ciel ouvert change tous les jours». «Le Léman est assez grand pour qu’on n’ait pas l’impression d’être sur une gouille. Et assez petit pour qu’on puisse rentrer le soir à la maison et avoir un point d’attache.» Avec le plaisir de tenir la barre des bateaux Belle Epoque. Son préféré? «Le Simplon», parce qu’il «est plus nerveux». Mais «La Suisse» est le plus beau, parce qu’il a été magnifiquement rénové.

9h45: Mise en route

Prise de contact informelle avec l'équipage.
Prise de contact informelle avec l'équipage.

«C’est mon premier café de la journée. Je le prends avec une tombée de lait, debout près du guichet. C’est l’occasion de prendre contact avec l’équipage de manière informelle.»

10h: Paperasse

Lecture des mails et des avis de régates.
Lecture des mails et des avis de régates.


«C’est le moment de la journée où je trie les mails, où je regarde s’il y a des avis de régates sur le lac. Les prévisions météo? Le lac est tellement particulier que l’on ne peut pas vraiment en tenir compte. Mais il arrive qu’on supprime un service en hiver, quand le vent du nord est trop fort.»

10h30: Grand allumage

Petit nettoyage avant d'enclencher les appareils et de partir.
Petit nettoyage avant d'enclencher les appareils et de partir.


«Un coup de brosse à la cabine pour enlever les toiles d’araignée! Ensuite, j’enclenche tous les appareils de la timonerie: sondeur, pilote automatique, radar, GPS, boussole, pompe du gouvernail, radios dont le canal de détresse. On va pouvoir partir. Premier arrêt: Pully!»

11h40: Pilotage

Le premier capitaine à la barre.
«Ce genre de bateau ne se conduit pas comme une trottinette!»

«Un bateau ne va jamais droit tout seul, il faut toujours corriger la barre. Les jumelles me permettent de voir la direction des autres embarcations et d’éviter les nasses pour ne pas les arracher. Pour piloter, il faut avoir un certain sens contemplatif tout en restant vigilant. Ce genre de bateau ne se conduit pas comme une trottinette! Mais il y a vraiment de beaux moments, comme le premier service à l’aube ou les retours au crépuscule.»

Miam-miam

Une belle entrée de salades.
Le dîner du premier capitaine est entrecoupé, car il doit seconder le timonier à l'approche des stations.

«Je prends mon repas de midi avec une partie de l’équipage. Mais c’est très entrecoupé, vu que je dois aller sur la passerelle de commande à toutes les stations pour seconder le timonier. Je surveille l’arrivée à chaque fois.»

15h30: Fin de la première boucle

«Quand j’ai le temps, je vais accueillir les passagers. Les gens aiment bien voir le capitaine. Il m’arrive aussi d’aller dans la salle du restaurant pour garder le contact avec les clients. Ils en profitent pour me poser des questions techniques sur le bateau.»

20h30: Terminus

Le premier capitaine en train d'amarrer le bateau.
Pour la nuit, le bateau est amarré avec des chavons.


«On amarre le bateau pour la nuit avec des chavons, on range les coussins, on descend les drapeaux. Je fais toujours un dernier tour pour vérifier qu’aucun objet n’a été oublié. En été, il arrive qu’on boive un verre avec l’équipage. Ou que j’aille encore faire un tour avec mon voilier. Mais en automne, je rentre direct à la maison.»

Télégraphe

Le télégraphe date de 1910.
Le télégraphe permet d'envoyer des ordres à la salle des machines.

«L’appareil date de 1910. Sur un bateau à vapeur, on ne peut pas agir directement sur la machine. C’est grâce à ce télégraphe que je peux envoyer les ordres de propulsion à la salle des machines, où le mécanicien les exécute avec plus ou moins de rapidité. C’est aussi ça le charme de la vapeur!»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Mathieu Rod