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5 mars 2012

La vie de château

Olivier Etter vit dans une ancienne tour de garde pour mieux bichonner l’un des bijoux du patrimoine: le Château de Chillon (VD). Portrait d’un concierge insolite.

Olivier Etter devant le Château de Chillon
Portrait d'un concierge insolite.

Il mène une vie de châtelain. Et trône sans gêne dans l’un des plus vieux monuments du canton de Vaud: le Château de Chillon. Un descendant du duc de Savoie? Même pas. Olivier Etter, 45 ans, est en fait le concierge résidant des lieux. Alors que ses prédécesseurs n’ont pas tenu le coup plus de quelques mois, il entame sa quatrième année avec une bonhomie et un plaisir évidents.

Il fait donc partie de l’équipe des gardiens, sept en tout, qui œuvrent au maintien de la noble bâtisse médiévale. Homme à tout faire, Olivier Etter met à profit son côté bricoleur. Ses tâches? Aussi diverses que variées. Balayer la cour, assurer l’accueil à la caisse, vérifier que le passe-plat fonctionne les jours de banquets, repeindre les salles défraîchies ou changer une ampoule. Mais ce peut être aussi réparer un moteur de bateau ou assurer l’animation des anniversaires. «Je ne me promène pas en armure de chevalier, mais il m’est déjà arrivé de me déguiser en Père Noël!» rigole l’homme au béret.

Quant à son appartement, situé dans la Tour de l’Horloge, il dispose de tout le confort moderne. «C’est un peu sombre parfois, mais c’est beau partout.» Avec des fenêtres qui ressemblent plus à des meurtrières qu’à des baies vitrées, des poutres vieilles de quatre cents ans et des cordons à pompons qui pendent du plafond. «On croit que cinquante laquais vont arriver quand on les tire, mais non, c’est juste pour allumer la lumière», s’amuse le jovial roturier, qui ne semble pas incommodé par les quelque 2000 visiteurs qui défilent sous ses fenêtres en été.

Et le soir, derrière sa herse et les deux lourdes portes, au-delà des douves, il se retrouve dans la solitude des pierres séculaires, seul seigneur du château. «Je dors super bien ici. C’est calme, le bruit de la fontaine et le battement de l’horloge sont des sons apaisants. Et je vous assure que je n’ai jamais vu de fantômes!»

Un tableau de l'artiste Carlos Pequito
Un tableau de l'artiste Carlos Pequito

Mon œuvre fétiche
«C’est un tableau peint par un ami, Carlos Pequito. Je le trouve simplement beau, parce qu’il est flashy. De loin, on voit un œuf bleu, avec des continents ou des nuages. Et de près, on dirait que des personnages apparaissent.»

Mon travail
«J’aime beaucoup le fait de travailler dans un endroit où les gens viennent se balader. Les enfants sont émerveillés, les personnes âgées ont envie de parler et les amoureux semblent plus amoureux. Tout le monde est plus cool au bord de l’eau.»

Un 33T d'Alain Bashung
Un 33T d'Alain Bashung

Ma passion
«La musique! J’ai fait disc-jockey à la Dolce Vita et au MAD à Lausanne il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, je joue de la batterie dans le groupe Oskar, avec qui on a sorti un disque et fait la première partie de Bénabar quand même! Sinon, j’écoute beaucoup de musique de Bashung à Lhasa, avec le volume à fond. Ça tombe bien, je n’ai pas de voisins!»

Objets sculptés en bois
Objets sculptés en bois

Mon hobby
«Le bois. J’ai suivi un cours de technique de coupe et ça m’a bien pris. Quand je vais à la plage, je prends mon petit couteau pointu et je taille le bois pour en faire des petits chevaux, des edelweiss, des cuillers…»

Un petit coin bien sympa
Un petit coin bien sympa

Mon lieu de prédilection
«Cette petite table devant la fenêtre, avec le lac juste devant, est le coin le plus lumineux et le plus reposant de mon appartement. Et quand il y a des tempêtes, j’ai l’impression d’être gardien de phare!»

Un bon papet vaudois
Un bon papet vaudois

Mon péché mignon
«Le papet vaudois! Je le fais régulièrement, en saison, jusqu’à une fois par semaine. C’est vite préparé, facile à faire, impossible à rater et c’est bon tout le temps. J’aime beaucoup cuisiner, surtout les plats du terroir.»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens