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22 février 2016

Le facteur d’arcs traditionnels

Olivier Grieb est l’un des rares artisans en Suisse à fabriquer des arcs traditionnels. Depuis son atelier à l’orée des bois de La Sarraz (VD), il en a fait son activité principale, ne comptant pas son temps pour proposer des modèles à la mesure de chaque rêve.

Olivier Grieb essayant un arc photo
Olivier Grieb le seul facteur d'arcs à tenter le pari d’en faire son activité principale.

La quête de la décoche parfaite

Dans la recherche perpétuelle de la décoche parfaite, la gestuelle est toujours identique. En harmonie avec la respiration et le regard. Avec la nature, aussi, essence même de l’art du tir instinctif souple. Olivier Grieb est l’un de ces archers adeptes de ce tir traditionnel plus proche du Kyodo japonais que du matériel composite et des compétitions modernes. «A la fin des années 90, j’ai voulu aller me former chez Jean-Marie Coche, qui a réintroduit le tir instinctif en France.

Il m’a aussitôt demandé de revenir le voir lorsque j’aurai pratiqué pendant au moins trois ans.» Naturellement, ce passionné est revenu, passant ensuite de longues semaines avec son maître, «ou plutôt celui qui m’a mis en route. A moi maintenant de tracer mon chemin. Ce qu’il fait depuis désormais depuis son atelier établi voilà un peu plus de deux ans dans l’étonnante zone artisanale de la Filature à La Sarraz (VD). Mécanicien-électricien de formation, ce Lausannois (il y habite toujours, mais se verrait bien dans une cabane au milieu des bois) qui a tâté de l’enseignement et du gymnase du soir, ne se consacre désormais quasiment qu’à son art après notamment une quinzaine d’années à mi-temps du côté de la Bibliothèque universitaire de Dorigny.

Il n’existe qu’une poignée de facteurs d’arcs traditionnels en Suisse. Trois d’entre eux sont établis dans le canton de Vaud, mais Olivier Grieb est le seul à tenter le pari d’en faire son activité principale, et il faut désormais attendre plusieurs mois pour essayer son longbow ou son bowhunter que l’artisan aura pris soin de choisir avec l’archer.

Du type d’arc à sa puissance, en passant par sa taille et les essences de bois, que je privilégie locales: tout est sur mesure selon le désir de la personne, mais aussi ce qu'elle est et veut en faire.»

Qu’il soit pour la billebaude - balade en forêt et tir sur des cibles naturelles mais jamais vivantes, même lorsqu’il s’agit d’un arbre - un parcours balisé ou pour se mêler à des arcs modernes pour du tir sur cible, l’arc traditionnel n’a rien d’archaïque. «Au contraire, sa fabrication visant l’équilibre absolu d’une puissance parfaitement répartie demande beaucoup de savoir-faire. D’ailleurs, l’arc parfait n’existe pas, mais j’essaie à chaque fois de m’en approcher», sourit Olivier.

Une journée avec Olivier Grieb

9h00 Allumage du fourneau «Cette zone artisanale dégage une super énergie, et j’aime beaucoup être en bordure de forêt. Par contre mon atelier n’est pas chauffé et pas très bien isolé. Mais dès que je me mets au travail et que le fourneau dégage un peu de chaleur, ça va.»

10h00 A l’établi «Je travaille les encoches, dans lesquelles viendra se loger la corde, avec des limes d’horloger. Leurs profondeur et longueur dépendent naturellement de la largeur de l’arc. Ici, c’est un arc dit de chasse, plus large et moins longiligne qu’un longbow.»

11h00 Calibreuse

«Une grande partie de la facture d’arcs traditionnels s’exécute à la main. Il y a quand même quelques machines indispensables, dont une colleuse pour joindre les lames, et cette calibreuse. Les bois de l’archerie doivent être assez souples, comme l’if ou le bambou.»

14h00 Balade en forêt «Je suis un passionné de nature avant tout, et du rapport de l’homme avec son environnement. Là, elle est à ma porte, et je vais quotidiennement me promener en forêt.»

16h00 Sur mesure «J’aide chaque archer à trouver le juste équilibre entre son arc de rêve et des paramètres plus techniques ou terre à terre comme son âge et sa condition physique. Un homme encore jeune risque de se lasser d’un modèle pas très puissant, par exemple. Et s’il est possible de diminuer la puissance après quelques années, le contraire est impossible.»

17h00 La flèche du soir «Lorsque je suis pris par la fabrication, l’après-midi peut passer très vite. J’aime bien terminer la journée par une ou deux décoches en pleine nature. Ça m’apaise, me recentre. Comme tout amoureux du tir instinctif, je recherche en permanence ce moment magique où tu décoches en pleine possession de toi-même, posture comme respiration en parfaite adéquation avec l’instant.»

Un objet «Ce carquois m’a été offert par un ami que j’ai initié au tir traditionnel en France. Il me l’a fabriqué pour me remercier. J’y suis très attaché. A chaque arc correspond souvent un type de flèche avec notamment un empennage particulier.»

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Jeremy Bierer