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4 mars 2013

Ortograf, dites-vous?

Isabelle Kottelat nous rappelle que décidément, l'orthographe n'est plus ce qu'elle était antan...

dessin d'un lapin avec le mot levreau écrit dans une bulle de deux facons différentes
Suite aux
réformes du français, même les
petits lapins en perdent
leur latin!

Vous saviez écrire? Recommencez! L’orthographe a changé. Et ce n’est pas la première fois. En 1542, le «Traité touchant le commun usage de l’escriture françoise» de Meigret encourageait déjà le phonétisme, soit le fait d’écrire tel qu’on prononce. En 1620, dans «La langue françoise», de Godard, les accents circonflexes remplaçaient les s muets (forest, forêt). En 1694 sortait le premier dictionnaire de l’Académie française, et sa huitième édition en 1935. Préparées depuis 1989, les actuelles modifications touchent environ deux mille – pardon – deux-mille mots.

Ça méritait bien un Musée de la nouvelle orthographe. Pour exposer les vieilleries et jeter en pâture les nouveaux venus. Parce qu’il y a eu du ménage dans les mots d’origine étrangère qui, jusqu’ici, fonctionnaient selon les règles étrangères: au pluriel, les gentleman anglais devenaient gentlemen. Aujourd’hui, ils n’ont qu’à parler français, et prendre un s comme tout le monde! De l’ordre aussi dans les mots composés. Au pluriel, on leur flanque un s au deuxième mot: des casse-têtes, donc.

Et les chiffres, mon Dieu les chiffres: on les relie maintenant systématiquement par des traits d’union! Même deux-mille-six-cents! Pis les circonflexes, où vont-ils? Plus sur ainé, maitriser, flute, ni aucuns i ni u. Les accents aigus et graves débarquent en nombre là où on n’en mettait pas. Pour résonner comme on entend: crèmerie, révolver… Les trémas, vous aviez à peine enregistré qu’ils se plaçaient sur le e de ambiguë, pour le faire taire, voilà qu’ils se déplacent sur le u, pour le faire sonner.

Je vous passe les conjugaisons dans lesquelles on se plantait de toute façon: je feuillète ou feuillette, renouvelle ou renouvèle… faites comme bon vous semble. On supprime aussi des anomalies auxquelles on s’était habitué: relais devient relai et eczéma exéma!

Recommandées par le Conseil supérieur de la langue française, ces nouveautés sont peu à peu acceptées par les professeurs suisses depuis 1996, mais pas systématiquement enseignées. Rassurant?

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck