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20 février 2012

Oui à la culture, non au cartel

Herbert Bolliger, président de la Direction générale de la Fédération des coopératives Migros, explique pourquoi il s’oppose à l’introduction du prix unique du livre.

Herbert Bolliger, président de la Direction générale Migros.
Herbert Bolliger, président de la Direction générale Migros.

«Il est un point qui met tout le monde d’accord: le livre n’est pas un produit comme les autres. Raison pour laquelle il est soutenu par des fonds publics. Non seulement il élargit nos connaissances et renforce notre mémoire collective, mais il contribue aussi à la diversité culturelle et, donc, à l’identité de notre pays. Par ailleurs, le soutien privé à la culture joue également un rôle important en Suisse. Avec cet instrument unique en son genre qu’est le Pour-cent culturel, Migros est un fidèle partenaire de la production culturelle nationale, même en période de difficultés économiques. L’engagement du Pour-cent culturel porte sur un large éventail: la lecture n’est pas oubliée et bénéficie d’un encouragement spécifique.

Migros, qui a une responsabilité particulière envers la culture, peut-elle dès lors s’engager activement contre l’introduction du prix unique du livre? La nouvelle loi, dit-on, encouragera la culture, encore qu’aucune mesure concrète ne soit mentionnée.

Migros se devait de prendre position. Car réagir fait partie de son ADN quand des mesures étatiques conduisent à imposer des prix surfaits. Rappelons que Migros menait déjà bataille contre les cartels il y a plusieurs dizaines d’années, à une époque où l’économie suisse acceptait encore largement leur existence. Le projet de réintroduire le cartel du livre signifie donc un retour à un passé depuis longtemps révolu.

Ne défavorisons pas les entreprises suisses.

Verrouiller encore un marché en réglementant les prix serait aussi un mauvais signal dans un contexte de forte hausse du tourisme d’achats. Nous ferions mieux d’abattre les barrières commerciales qui tirent les prix vers le haut plutôt que d’en ériger de nouvelles. Nous comprenons bien les préoccupations des petits libraires. Mais qu’on se le dise: les représentants des grands groupes étrangers figurent en bonne place parmi les défenseurs du prix unique du livre, et leur cœur ne bat pas en priorité pour les auteurs suisses. Leur intention est plutôt de profiter durablement du pouvoir d’achat des consommateurs suisses – une pratique qu’ils partagent d’ailleurs avec nombre de fabricants étrangers de biens de consommation. C’est cela que nous combattons, dans l’intérêt même des consommateurs.

Migros est directement concernée par cette loi, même si le marché du livre ne compte pas parmi ses activités principales. Notre filiale Ex Libris est numéro un de la vente en ligne de livres en Suisse. Notre préoccupation est donc légitime: si les commerçants en ligne suisses devront respecter la réglementation du prix du livre, leurs concurrents internationaux, eux, ne pourraient guère courir de risque au cas où ils livreraient des produits moins chers dans notre pays. Défavoriser les entreprises suisses face à leurs rivaux étrangers n’est sûrement pas dans l’intérêt de la diversité culturelle. Quant aux livres électroniques, ils ne seront pas soumis à la nouvelle loi. Promouvoir indirectement l’e-book avantage-t-il les libraires suisses? Il est permis d’en douter.

Pour toutes ces raisons, nous recommandons de rejeter en votation la loi fédérale sur la réglementation du prix du livre le 11 mars.»

Auteur: Herbert Bolliger

Photographe: Nik Hunger