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5 mars 2012

Oups, junior nous a surpris au «mauvais moment»!

Votre enfant débarque dans la chambre à coucher en plein milieu de vos ébats amoureux. Cette vision classée «X» risque-t-elle de le choquer? Comment réagir? Avis et conseils d’une psychiatre et d’une éducatrice et formatrice.

Croquis d'un bambin surprenant ses parents sous la couette
Un bon moment que vous auriez préféré ne pas partager avec tout le monde...

Samedi soir. Le jeune Denis (ça aurait pu être Denise!) est dans son lit, dormant sans doute déjà profondément. Le calme règne dans la maison. Seuls quelques discrets grincements et gémissements, émanant de l’alcôve parentale, troublent le silence de cette nuit… Soudain, crac! le petit – il a 5 ans et demi – déboule sans crier gare dans la chambre à coucher de papa-maman et visionne en direct un court extrait de leurs joutes amoureuses! C’est grave docteur?

«Non!» répond sans l’ombre d’une hésitation Juliette Barrelet, thérapeute de famille et médecin hospitalier au SUPEA (Service universitaire vaudois de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent). Avant d’ajouter: «On ne devrait évidemment pas assister à ce genre d’ébats, mais voilà, ça arrive…» Cette psychiatre se veut rassurante: «Plus que le fait que l’enfant surprenne ses parents au «mauvais moment», c’est la réaction de ces derniers qui va importer finalement.»

Educatrice et formatrice en santé sexuelle et reproductive, vice-présidente de l’ARTANES (Association qui regroupe les personnes chargées de l’éducation sexuelle à l’école), Jacqueline Zosso confirme qu’il n’y a pas lieu d’avoir honte, d’angoisser ou de culpabiliser après ce coïtus interruptus: «Il faut juste savoir que les enfants ne sont pas armés, ni psychologiquement ni physiologiquement, pour comprendre les activités sexuelles des adultes.» D’où la nécessité parfois d’éclairer la lanterne de ces témoins oculaires en herbe.

En cas de doute, en parler mais sans trop insister

Parfois, parce que les mômes – toujours selon cette Neuchâteloise – ne se comportent pas tous de la même manière face à ce que Freud appelait la «scène primitive». Il y a d’abord les indifférents qui ne captent rien de ce Kamasutra parental et s’en fichent comme de leur première couche-culotte. Inutile donc de s’alarmer et d’engager la conversation avec eux. En cas de doute, par contre, on ne s’abstient pas: on remet ça sur le tapis, mais en douceur, sans trop insister.

On peut demander à l’enfant ce qu’il ressent.

Ensuite, on trouve les tourmentés, ceux qui ont la fâcheuse tendance à associer ce corps à corps à une bagarre, prennent peur et s’esquivent. Ici, évidemment, il s’agit de rassurer et d’informer aussi. Juliette Barrelet: «On peut demander à l’enfant ce qu’il ressent et lui dire une phrase du genre Ne t’inquiète pas! Ce n’est pas parce que maman criait que papa lui faisait mal. On se cajolait, on se câlinait, on partageait un moment intime… Tu sais, c’est normal que les grands fassent ça.»

Enfin, dernière catégorie: les curieux qui bombardent de questions les acteurs de cette partie de jambes en l’air. «Il est essentiel de répondre afin d’éviter que l’enfant ne se fasse un mauvais film, note la doctoresse. Toujours en utilisant des mots simples, un vocabulaire adapté à leur âge.» «On reste basique sans entrer dans les détails, sans le noyer sous un flot d’informations. De toute façon, s’il n’est pas satisfait, il reviendra à la charge plus tard», complète Jacqueline Zosso.

Pris en flagrant délire charnel, les procréateurs se garderont, en revanche, de gronder leur rejeton ou de le renvoyer dans sa chambre d’un «Va- t’en!» tonitruant. «Sinon, il va penser que ses parents ont fait quelque chose d’interdit, de sale, de dégoûtant dont on ne doit surtout pas parler, relève la spécialiste en éducation sexuelle. Du coup, on gonfle encore le tabou et on risque de mettre en route chez lui une perception négative de la sexualité.» Idem si l’on fait comme si de rien n’était, que l’on n’omet d’en parler ou qu’on lui balance qu’il est trop petit pour comprendre!

Et puis, finalement, c’est aux parents de Denis de faire en sorte que leur gosse ne franchisse pas le seuil de la chambre conjugale sans y être invité. Comment? En suivant les quelques conseils qui figurent ci-contre, c’est-à-dire en lui fixant des limites claires de manière qu’il respecte leur intimité!

Sphère intime

Pour bien fonctionner et vivre une sexualité épanouie, un couple a besoin d’avoir une intimité. Intimité qu’il s’agit donc de faire respecter. Voici quelques conseils utiles pour tenir les mômes à distance du nid d’amour parental:

■ Fermez systématiquement la porte de votre chambre à coucher lorsque vous allez au lit. Si junior a peur du noir, c’est la sienne de porte que l’on peut éventuellement laisser entrebâillée.

■ Résistez à la tentation de partager votre couette la nuit avec lui. Pour le rassurer, rendez-vous plutôt à son chevet.

■ Apprenez-lui le respect des espaces de chacun. Si la porte de votre nid d’amour est close, il doit frapper et attendre que vous lui donniez l’autorisation d’entrer. Comme les bons exemples valent mieux qu’un long discours, toquez aussi à la porte de sa chambre avant d’en franchir le seuil.

■ Ne baissez pas les bras parce que votre gosse a déjà pris la mauvaise habitude de débouler sans prévenir dans votre alcôve: il n’est jamais trop tard pour édicter des règles et poser des limites.

■ N’hésitez pas, si cela vous libère le corps et l’esprit, à poser un verrou sur la porte de la chambre conjugale et à le tirer lors de vos séances de Kamasutra.

■ Mettez une sourdine à vos ébats lorsque votre enfant a le sommeil léger et qu’il dort dans la pièce d’à côté.

■ Offrez-vous de temps en temps une parenthèse coquine ou un week-end en amoureux, en faisant garder votre môme par une baby-sitter, un voisin, des amis ou un membre de votre famille. Ainsi, vous pourrez à nouveau hurler de plaisir si ça vous chante…

Auteur: Alain Portner

Photographe: Konrad Beck