Archives
27 janvier 2014

Papier ou tablette?

Avec l’avènement des tablettes et des liseuses, on nous avait annoncé la mort du support papier. Or, si les journaux se lisent souvent en ligne, nous sommes encore loin d’entrer dans l’ère du tout-numérique et le livre n'a pas encore dit son dernier mot!

nature morte avec des fruits, une plume et une tabeltte
A l’heure actuelle, vous avez encore le choix de votre support de lecture favori.

Les étudiants ne sont pas prêts de renoncer aux notes de cours griffonnées dans de grands cahiers ou sur des feuilles volantes. Selon un sondage mené par la Haute Ecole spécialisée (HES) bernoise, ils ne seraient que 40%, toutes disciplines confondues, à envisager de travailler uniquement sur des supports numériques, et 25% à s’imaginer baser leur apprentissage uniquement sur des ouvrages électroniques. La principale raison évoquée? Le besoin d’annoter les documents avec leurs propres remarques et renvois, même si l’option électronique s’avère s’avère nettement plus indiquée pour la survie de nos forêts.

Quand le numérique s’installe dans notre quotidien

Il n’empêche que le numérique creuse chaque jour davantage son trou dans notre quotidien. La tablette a fait son apparition dans les salles de classe de divers cantons. La Médiathèque Valais et la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds permettent depuis peu l’emprunt de livres numériques (Ebook), les liseuses se multiplient dans les transports en commun, et cela fait belle lurette que les médias ne peuvent plus compter sans la Toile et l’accès immédiat à l’information qu’elle rend possible.

Doit-on pour autant redouter le «colonialisme numérique», annoncé en octobre dernier par le philosophe Roberto Casati dans son «Manifeste pour continuer à lire»? (voir une vidéo avec l'auteur s'exprimant sur la question) (livre disponible chez Exlibris)

Le support papier est-il donc voué à une disparition certaine, et pas si lointaine? L’enquête de la HES bernoise jette le doute. De même que les résultats du marché des Ebooks: ces derniers n’atteignaient que 3% sur la totalité des ventes de livres en 2012. Enfin, le sondage que nous avons mené auprès de nos lecteurs montre clairement que le livre en tant qu’objet séduit encore et toujours.

«Il existe un réel attachement, presque nostalgique, au livre et au papier»

Olivier Glassey, sociologue et spécialiste des nouvelles technologies à l’Université de Lausanne à répondu aux questions de Migros Magazine.

Portrait d'Olivier Glassey
Olivier Glassey

Tablettes dans les salles de classe, livres électroniques dans les bibliothèques: doit-on craindre la fin prochaine du livre?

Certes, les technologies évoluent, mais il faut aussi tenir compte des mentalités et de la manière dont les gens intègrent progressivement ces nouveaux supports. Il existe une certaine inertie il faut souvent plusieurs décénnies pour que n’importe quelle innovation – qu’il s’agisse des livres numériques ou, à l’époque, du lave-vaisselle – prenne une réelle place dans notre quotidien. Il est donc délicat de prédire quand le tournant aura lieu, et de toute façon, il n’est pas exclu que le monde du papier et le monde numérique puissent coexister.

Dans ce cas, de quelle manière envisager une telle cohabitation?

De même que l’avènement d’internet et des réseaux sociaux a redonné de la valeur aux vraies rencontres, jugées plus authentiques, on peut imaginer que les supports numériques donneront un autre goût à la lecture d’un vrai livre, même si on le fera moins souvent. Il ne faut pas oublier que le livre-objet permet une qualité d’immersion différente de son pendant numérique: exempt de distractions telles que les liens hypertextes, on s’y plonge davantage.

Vous pensez donc que les gens continuent à préférer un bon bouquin à une tablette?

Disons qu’il existe un réel attachement, presque nostalgique, à cet objet. Selon diverses études, même les jeunes – grands amateurs d’écrans – associent avant tout la lecture au papier. Le livre occupe un espace physique, il est un témoin de notre propre lecture. On peut le corner, l’annoter, et aussi le prêter. Pour l’instant, il ouvre plus la porte à la sociabilité qu’un support numérique.

En revanche, les gens semblent moins réticents à passer au tout-numérique en ce qui concerne les journaux…

Il est vrai que la rapidité d’accès séduit, de même que la mise à jour régulière de l’information. Mais je remarque un certain paradoxe: même si nombre depersonnes assurent lire les journaux exclusivement sur internet, les caissettes des gratuits sont prises d’assaut et vides dès 9h30 le matin. Je pense que davantage qu’un goût pour le numérique ou un dédain pour le papier, il s’agit d’une volonté des gens d’aller au plus pratique, au plus accessible.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Tania Araman, Getty Images, LDD,