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27 octobre 2014

Parents: du bon sens d’abord

Cherchant à dédramatiser l’éducation, le psychothérapeute et auteur Didier Pleux appelle les parents à redevenir rationnels et sans stress.

Si l’enfant d’hier souffrait d’une carence affective, celui d’aujourd’hui subit les conséquences d’une carence éducative.
Si l’enfant d’hier souffrait d’une carence affective, celui d’aujourd’hui subit les conséquences d’une carence éducative. (Photo: Getty Images)

Grand pourfendeur de «l’enfant roi» comme des «adultes tyrans», le psychologue clinicien et psychothérapeute français Didier Pleux est plutôt de bon conseil lorsqu’il s’agit d’éducation. Du coup, on a tendance à tendre l’oreille lorsque celui qui est aussi un auteur à succès propose de livrer dix commandements de bon sens éducatif permettant de redevenir un «parent rationnel, sans stress, pour mieux construire l’avenir de nos enfants».

Didier Pleux part d’un constat partagé par bien d’autres spécialistes: si l’enfant d’hier souffrait de carences affectives et d’être considéré comme un «objet», son successeur d’aujourd’hui vit plutôt les conséquences d’une «carence éducative»: surprotection, hypertrophie de l’ego et du principe du plaisir qui ne laisse plus de place au «principe de réalité».

Bien sûr, la carence éducative «ne peut être la seule réponse», mais elle doit être «envisagée avant de diagnostiquer d’éventuels troubles chez l’enfant».

Reprenant les questions récurrentes de parents venus en consultation, Didier Pleux dit vouloir éviter de tout intellectualiser et répondre «aux attitudes de nos enfants avec attention et réalisme.

Le bon sens, c’est de revenir à l’enfant, à ce qu’il vit, à la réalité des situations vécues.

C’est aussi, pour les parents, prendre conscience de leurs propres émotions (et attentes vis-à-vis de leur progéniture), de leurs propres béances, poussant souvent à des réactions (indifférence ou, au contraire, colère) disproportionnées et, au final, contre-productives. Exemples.

Les émotions n’éduquent pas, et «la colère, souvent excessive, détruit la relation avec l’enfant». Il est beaucoup dit et écrit sur le stress au travail, note l’auteur, mais pas grand-chose sur le stress parental.

En réalité, l’éducation quotidienne est source de stress tant nous réagissons le plus souvent aux situations sous l’emprise de nos émotions.

La peur, l’angoisse même, de mal faire est amplifiée (surtout chez la mère) par les affirmations que tout se joue durant les premières années de vie de l’enfant. Si l’on peut croire à l’importance indélébile de certains traumatismes, rappelle Didier Pleux, il faut d’abord «éviter d’en faire un automatisme de pensée», et puis constater que l’enfant sait aussi s’accommoder de bien des adversités.

Apprendre la tolérance aux frustrations

«Si nous envisageons les premiers incidents de la vie de notre enfant comme les causes de futures pathologies, notre quotidien de parent devient un enfer», constate le psychothérapeute. Et cela nous pousse à l’autoritarisme plutôt qu’à l’autorité, à des colères excessives face à ce que l’enfant fait.

La colère nous rend alors aveugles, nous exigeons au lieu de comprendre ce qui ne va pas.

Il ne s’agit pas d’éviter toute émotion négative face à un bambin qui désobéit ou conteste tous les interdits, mais de les conserver dans des proportions adéquates.

Eduquer, pour Didier Pleux, consiste donc à «harmoniser ses attentes légitimes de parent avec la singularité des enfants: savoir ne pas se substituer à ses désirs, tout en sachant désirer pour lui.»

Cependant, il convient de conserver une hiérarchie entre parents et enfants, les premiers devant savoir être «à la verticale» des seconds. Pour éviter ce qu’il nomme la «carence éducative», nouveau mal de l’époque, le parent du XXIe siècle doit devenir le «médiateur» entre le «principe de plaisir» que l’enfant cherche à satisfaire en permanence et une nécessaire adaptation au «principe de réalité» sans lequel aucune forme d’adaptation sociale n’est possible.

Au lieu de se montrer irrationnel en voulant que l’enfant soit mature, sage et obéissant (et en lui faisant constamment la morale parce qu’il ne répond pas à ses attentes), retrouver du bon sens consiste à se rappeler que le naturel de l’enfant est de fuir les contraintes, et donc à se montrer patient en lui «apprenant progressivement la tolérance aux frustrations».

@ Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey