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5 novembre 2012

Parents gay: la controverse de l'adoption

En décembre, le Conseil national se prononcera sur l’accès à l’adoption pour les couples du même sexe. Suite logique du partenariat ou pas de trop? Avis de psys et témoignages.

Karine et Melody avec Kylian, souriant dans un gros coussin
Karine et Melody, 26 ans, sont 
les parents 
du petit Kylian, 
21 mois.

Ils seraient aujourd’hui des milliers d’enfants en Suisse à grandir entre deux mamans ou deux papas. Il n’existe évidemment aucun recensement précis de l’Office fédéral de la statistique quant à ces enfants nés d’un projet de couple homosexuel ou issus d’une union antérieure. Mais une estimation, calquée sur des statistiques françaises et allemandes, avance une fourchette de 6000 à 30 000 enfants. Une réalité qui soulève tout autant de questions. Agite les psys (voir encadré), fait s’échauffer les politiques et embarrasse les familles concernées, qui souvent se débattent avec un quotidien à inventer (lire les témoignages).

Et le partenariat enregistré dans tout ça?

Oui, même si la loi suisse ne prévoit pas ce cas de figure, l’homoparentalité est déjà une réalité dans notre pays. Mais la loi sur le partenariat enregistré, votée en 2005, à quoi sert-elle? diront certains. «C’est une loi d’exception insuffisante, qui ne donne aucune protection à la famille», répond Chatty Ecoffey, co-présidente de l’association Familles Arc-en-ciel, un organisme qui travaille à la reconnaissance juridique et sociale de tous les types de famille. D’ailleurs, la loi actuelle interdit le recours à la procréation médicalement assistée et l’adoption pour les couples homosexuels – alors qu’elle autorise cette dernière pour les personnes seules. «C’est totalement incohérent. Et que se passe-t-il si le parent biologique décède? Il n’y a aucune garantie que l’enfant puisse vivre avec son autre parent, non statutaire. Qu’en est-il de la rente d’orphelin, des droits de succession ou de la pension alimentaire en cas de séparation?» poursuit Chatty Ecoffey.

«Il faut que la loi s’adapte à cette réalité»

De ce vide juridique est née une pétition, en 2010, demandant l’accès à l’adoption «pour toute personne adulte quel que soit son état civil ou son mode de vie». La motion a finalement été acceptée par le Conseil des Etats en mars de cette année, par 21 voix contre 19. «Je craignais qu’elle soit refusée», répond Anne Seydoux-Christe, conseillère aux Etats, l’une des rares parlementaires PDC à soutenir cette motion. «Ces enfants ne sont pas protégés comme les autres. Il faut que la loi s’adapte à cette réalité et aux mentalités qui changent.»

C’est l’amour qui fait la famille.

Les opposants s’accrochent à un argument massue: un enfant ne peut être adopté que par un couple constitué d’un père et une mère. «Sans être homophobe, j’ai toujours été contre le PACS, parce que je savais que ça créerait un imbroglio juridique. Mais je reconnais que la situation aujourd’hui n’est pas satisfaisante», répond Luc Barthassat, conseiller national PDC. «J’ai défendu le PACS, mais il était clair que ce n’était pas un mariage bis ni un chèque en blanc pour l’adoption. Pour moi, un enfant a déjà un papa et une maman, pourquoi faudrait-il rompre le lien de filiation avec le père? La législation doit-elle s’adapter à la réalité quelle qu’elle soit? Je ne crois pas», tranche Christophe Darbellay, conseiller national PDC.

Un long chemin à parcourir

Une motion qui doit encore franchir la barre du Conseil national, sans doute sous une forme restreinte – le droit à l’adoption pour le partenaire du parent biologique. Puis passer sous la loupe du Conseil fédéral. Avant de finir en votation populaire. Mais le peuple sera-t-il prêt à reconsidérer la famille sous un nouvel angle?

Le coin des psys

Les enfants ont-ils besoin de deux parents de sexe différent pour grandir? Pour l’heure, les experts s’écharpent et les études manquent de recul. Les enquêtes, essentiellement américaines, sont souvent récusables, parce qu’elles reposent sur des échantillons trop réduits de familles ou qu’elles comportent des vices de forme, l’avis des enfants n’étant pas pris en compte. Pour Aldo Naouri, pédiatre, «la souffrance des enfants ayant eu des ascendants homosexuels ressemble étrangement à celle des enfants ayant souffert d’inceste». Claude Halmos, psychanalyste, une des plus farouches opposantes à l’homoparentalité, s’insurge «au nom de l’équilibre psychique de l’enfant et de la construction de son identité sexuée, laquelle ne pourra se mesurer qu’à l’âge adulte». D’autres parlent de «déni de réalité et de drame de la toute-puissance». paragraph: Ce à quoi Boris Cyrulnik, le chantre de la résilience, répond que «c’est la différence des rôles, pas forcément celle des sexes, qui permet à l’enfant de se construire». Le pédopsychiatre Marcel Rufo se dit plutôt pour, avec des réserves: non à l’adoption de bébés, «pour ne pas briser la relation fondatrice avec la mère», et non à l’insémination artificielle, «acte technique déconnecté de l’amour». Quant à Christophe André, psychothérapeute, il parie sur l’extraordinaire adaptabilité de l’enfant, «pourvu qu’il y ait de l’amour autour de lui». paragraph: Pour lire les avis des psychologues en entier: www.psychologies.com

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Magali Girardin