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5 mai 2014

Pas de pitié pour les fous du volant

Plus de 500 dossiers «chauffards» auraient été ouverts en Suisse depuis l’entrée en vigueur du programme de la Confédération Via sicura. S’il est trop tôt pour dresser un bilan, force est de constater que le nombre de morts sur la route ne cesse de baisser.

Une voiture passant à grande vitesse
Les cantons de Genève et Vaud ont poursuivi respectivement 82 et 52 chauffards en 2013. (Photo: Keystone)

Les fous du volant n’ont qu’à bien se tenir! Depuis l’entrée en vigueur en janvier 2013 du programme Via sicura (descriptif du programme, PDF, 160 KB) – les nouvelles mesures fédérales en matière de sécurité routière – les sanctions envers les chauffards ne pardonnent pas. Les récidivistes encourant même le retrait du permis à vie, voire de lourdes peines de prison.

Attention toutefois, le terme de chauffard ne s’applique pas à n’importe qui. Il désigne les adeptes d’excès démesurés, roulant par exemple à plus de 70 km/h dans une zone 30, à plus de 100 km/h dans une localité ou encore à plus de 200 km/h sur l’autoroute.

Selon une enquête menée en avril par le SonntagsBlick, plus de 500 dossiers ont été ouverts sur l’ensemble du territoire helvétique en 2013. Les cantons de Genève et Vaud se classent en tête en matière de chasse aux chauffards (82 personnes poursuivies pour le premier, contre 52 pour le second).

De telles mesures ont-elles réellement eu un effet sur la sécurité de nos routes? Difficile de se prononcer un an seulement après la mise en place du programme, assurent l’Office fédéral des routes (OFROU) et la police cantonale vaudoise (lire ci-dessous). En 2013, le nombre de tués sur les routes en Suisse a tout de même diminué de 21% par rapport à 2012. On a par ailleurs enregistré une baisse de 3,7% des retraits de permis pour excès de vitesse.

Réduire d’un quart le nombre de victimes de la route

Rappelons qu’en lançant Via sicura la Confédération entend bien réduire d’un quart le nombre de victimes sur les routes. Un deuxième paquet de mesures a d’ailleurs été lancé en janvier 2014, notamment l’interdiction de la prise du volant sous influence d’alcool (moins de 0,10 pour mille) pour les nouveaux conducteurs, titulaires d’un permis à l’essai, et les chauffeurs professionnels. Il faudra toutefois patienter plusieurs années avant de constater le résultat...

«Les statistiques ne sont que le reflet de l’activité policière»

Portrait de Jean-Christophe Sauterel sur un fond neutre
Jean-Christophe Sauterel. Photo: Yvain Genevay / TPR

Jean-Christophe Sauterel, chef de la direction prévention et communication de la Police cantonale vaudoise, a répondu a nos questions.

Pensez-vous que la mise en place de Via sicura ait eu un impact positif sur la sécurité routière?

Il est impossible de tirer un vrai bilan après si peu de temps. Il est délicat de toute façon de comparer les statistiques routières d’une année à l’autre, le parc automobile augmentant et la quantité de radars et leur emplacement évoluant sans cesse. Par ailleurs, nous ne pouvons pas vraiment calculer les effets de mesures préventives: difficile en effet de deviner ce que nous avons pu éviter grâce à elles. Ce qu’il faut retenir, c’est que le nombre de morts sur les routes ne cesse de baisser depuis vingt à trente ans.

Le total de 52 chauffards recensés en 2013 sur l’ensemble du canton de Vaud semble assez dérisoire.

C’est peu, mais nos statistiques ne sont que le reflet de l’activité policière et ne correspondent pas forcément à la réalité: il s’agit ici uniquement des cas que nous avons constatés. Cela dit, la situation n’est en effet pas dramatique et il y a peu de chances que ce genre de comportement excessif augmente, en raison de la densité et de la saturation de notre réseau.

Justement, les problèmes rencontrés récemment sur le chantier du viaduc de Chillon – où les automobilistes ont été surpris par la nouvelle limitation de vitesse – ne montrent-ils pas qu’il faudrait faire preuve de plus de souplesse au niveau des excès?

Non, car sur ce tronçon précis, particulièrement problématique à cause des travaux, le concept mis en place reste le plus simple à gérer, et celui qui offre le plus grand confort possible, sur un réseau nettement saturé. La limitation de vitesse est une des mesures prises pour assurer la sécurité des usagers.

Pour en revenir aux grands chauffards, comment se fait-il que certains continuent à défier l’autorité, malgré les dures sanctions en vigueur depuis 2013?

C’est tout le paradoxe de notre beau pays! D’un côté, on mise toujours davantage sur la prévention, avec notamment le permis de conduire en deux phases et la limite du taux d’alcoolémie à 0,10 pour mille pour les jeunes conducteurs, et de l’autre, on met justement entre les mains de ces jeunes des voitures de plus en plus puissantes, qu’ils ne sont pas toujours en mesure de contrôler…

Auteur: Tania Araman