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22 novembre 2014

Pascal Légitimus: «Je trouve gratifiant d’être rattaché aux Inconnus»

Si la réunion des Inconnus au cinéma a rencontré un succès plutôt mitigé, Pascal Légitimus poursuit une belle carrière en solo, entre mises en scène, productions et one man show. Le 6 décembre, il sera à la 25e édition du Montreux Comedy Festival.

Pascal Légitimus, humoriste et comédien.
Pascal Légitimus: «Ce qui m’attire, c’est le partage. Je ne suis pas vraiment fait pour être seul.» Photo: Philippe Gueguen

Vous n’en avez pas marre que l’on vous associe sans cesse aux Inconnus?

C’est comme si vous demandiez: vous n’en avez pas marre d’être associé sans cesse à vos parents? Comment peut-on désavouer une famille avec qui on a vécu des choses formidables depuis trente-cinq ans? On ne peut pas renier ses racines artistiques: au contraire, je ressens une certaine fierté. Individuellement, on a tous les trois (n.d.l.r.: avec Didier Bourdon et Bernard Campan) suivi notre propre chemin, fait des choix artistiques personnels, développé notre jardin secret, mais je trouve plutôt gratifiant d’être rattaché aux Inconnus.

Même si votre dernier film, «Les Trois Frères: le retour», n’a pas rencontré le succès escompté?

C’est amusant que vous disiez ça: c’est quoi, finalement, le succès escompté? Mathématiquement, le premier film avait tellement bien marché qu’on s’était dit que, fatalement, le deuxième ne serait pas à la hauteur. Et nous sommes contents d’avoir atteint 2,3 millions d’entrées: nous avons rencontré un certain succès populaire. Après, que les gens disent qu’ils ont préféré le premier, c’est normal, on ne peut pas plaire à tout le monde. D’ailleurs, il y a des fans absolus du deuxième. Vidéo: bande-annonce Les Trois frères, le retour. Source: Youtube

Le film a quand même été beaucoup descendu par la presse...

La presse nous a toujours descendus. Regardez les critiques du premier Trois Frères: on nous reprochait de faire du cinéma alors qu’on venait de la télé. Alors que fondamentalement nous sommes tous les trois des acteurs. Nous étions donc à notre place. C’est toujours après coup qu’on nous a encensés. D’ailleurs, il y a des gens qui commencent à dire que finalement Les Trois Frères: le retour n’est pas mal, qu’il y a des subtilités.

En août dernier, vous avez poussé un coup de gueule sur Facebook face au raz-de-marée de critiques. Une mise au point essentielle selon vous?

Ce à quoi j’ai réagi sur le Net, au nom de mes camarades également, c’est à la méchanceté. Nous, on essaie de faire du bien aux gens depuis trente-cinq ans, et les journalistes nous font du mal, on ne sait pas pourquoi. Il est vrai que leur métier n’est pas facile, ils se doivent de critiquer. Or, ce qu’on demande au public, c’est de ressentir. De dire que ce film-là n’est pas drôle du tout, que c’est mal joué, qu’il n’y a pas d’histoire, c’est une hérésie. Quand on a présenté le film au Grand Rex, une semaine avant sa sortie, les 2700 spectateurs présents riaient toutes les quinze secondes.

Vous avez donc vécu une belle expérience avec cette réunion des Inconnus...

Tout à fait! Nous avons bouclé la boucle, et par ailleurs, nous avons répondu à la demande de nos fans. C’est rare, dans une carrière, d’être désiré.

Certains artistes deviennent has been: nous, on nous a réclamés. Cela aurait été une trahison de ne pas répondre à cette demande.

Un nouveau projet s’annonce-t-il alors avec les Inconnus?

Peut-être qu’on fera un autre film d’ici à deux ans, mais on ne sait pas du tout. Nous, on fonctionne au feeling... Pour l’instant, j’écris une pièce de théâtre. Je planche également sur un nouveau one man show qui sera moins intimiste que le premier. Et je travaille aussi sur un long métrage et une série pour la télé.

Vous êtes polyvalent! Humoriste, acteur, metteur en scène: sous quelle casquette vous sentez-vous le mieux?

Mon métier premier, c’est acteur. Tout le reste, ce sont des manières différentes de m’exprimer. Peu importe la forme que cela prend. Et il y a toujours une résonance sociale. Mais c’est vrai que je fais un milliard de choses: le cinéma, la télé, la mise en scène, j’écris pour les autres, je réalise des publicités, je produis.

Votre spectacle avec Mathilda May a rencontré un beau succès. Envisagez-vous de remonter sur scène avec elle ou quelqu’un d’autre?

Ce qui m’attire, c’est le partage. Je ne suis pas vraiment fait pour être seul. J’ai toujours été dans des groupes, j’ai démarré au Petit Théâtre de Bouvard...

Tout au long de votre carrière, vous avez beaucoup joué sur vos origines antillaises. Dans votre «Alone Man Show», vous dévoilez davantage votre héritage arménien: pourquoi n’avez-vous pas exploité plus tôt cet aspect de votre identité?

Faire rire avec les Antillais, c’est très facile, il y a tout un folklore, on a certaines références. Avec les Arméniens, c’est moins évident. Si je vous dis Arménie, vous pensez automatiquement au génocide. Ça ne le fait pas trop. Mais bon, il se trouve que je ne suis pas qu’Antillais, j’ai la couleur entre deux chaises. On ne voit que le côté un peu bronzé: les gens me disent, toi tu bois du ti-punch, tu manges épicé, t’es créole, t’es né là-bas. Je leur réponds, non, pas du tout et ils ont du mal à comprendre. Ce spectacle, je l’ai fait pour rétablir mon identité. Vidéo: extrait du spectacte Alone Man Show de Pascal Légitimus

De quels traits de caractère arméniens avez-vous hérité?

Ce que je suis, tout simplement. Quelqu’un qui a le sens de la famille, qui est assez équilibré, avec cette espèce de fêlure évidemment, due au génocide.

Parce que ça marque, un peuple de 4 millions de personnes dont la moitié disparaît. J’ai été baptisé apostolique orthodoxe, je suis plus arménien dans ma fibre intérieure qu’antillais.

Vous avez dit que vous étiez antillais sur scène et arménien dans la vie…

Oui, c’est d’ailleurs la dernière phrase de mon spectacle. Au début, je dis que je suis caucase-cocotier, qu’en tant que métis, je fais l’amour comme un Noir, mais que je m’endors comme un Blanc. Mon spectacle est teinté de toutes ces différences, je parle de religion, de musique, j’explique par exemple que pour séduire les femmes, je danse le zouk, parce qu’allez draguer une gonzesse avec une danse arménienne folklorique...

Avez-vous souffert de ce double héritage?

De 0 à 20 ans, j’ai surtout connu la réalité du délit de faciès, alors que je suis né à Paris, que mon père est né à Paris. Mais ça, c’est la bêtise humaine...

Comme je le raconte dans mon spectacle, quand je vais à l’aéroport, on m’appelle Mohamed et je porte les valises. Quand je vais en Inde, on m’appelle Tandoori, quand je vais en Autriche, on m’appelle dégage, et aux Etats-Unis, on ne m’appelle pas, on m’arrête.

Le 6 décembre au Montreux Comedy Festival, vous serez entouré d’étoiles montantes de l’humour francophone: que vous inspire cette nouvelle génération?

Je suis content de voir des nouveaux débarquer dans ce milieu, surtout quand ils ont leur propre univers, des choses à raconter, un point de vue à défendre. Après, avec le temps, ça s’écrème fatalement, comme un entonnoir, et à l’arrivée il y en a très peu qui résistent. C’est un monde difficile, mais j’espère qu’un maximum d’entre eux vont pouvoir continuer.

De votre côté, retrouverez-vous avec plaisir le public helvète?

La Suisse, tout comme la Belgique, sont des pays très accueillants, qui résonnent bien à notre humour. Je viens régulièrement ici.

A titre personnel, vous vous engagez pour de nombreuses causes: c’est quelque chose qui vous tient à cœur?

L’homme est un loup pour l’homme. Dès qu’une guerre ou un conflit éclate, il y a forcément des dégâts, que ce soit au niveau humanitaire ou environnemental. Je me vois dans l’obligation, avec mon petit pouvoir médiatique, d’aider une association, quelle qu’elle soit.

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman