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9 juillet 2012

Passion pôle Nord

Son amour pour les Inuits l’a fait changer de vie. A 44 ans, Frédéric Dorogi s’est improvisé galeriste au Soleil de M’Inuit à Morges (VD). Un art à découvrir comme un rafraîchissement au cœur de l’été.

Frédéric Dorogi assis sur un caisson dans sa galerie
Frédéric Dorogi au sujet de sa passion: «L’art inuit est devenu une passion. Cette philosophie, cette vision de la vie qu’il dégage, m’ont conforté dans mon optimisme. Si on a la chance de vivre ses rêves, il ne faut pas hésiter. Et la chance, ça se provoque.»

Depuis tout petit, la neige lui met des étoiles dans les yeux. Les tourbillons glacés, les grandes étendues blanches, les ciels gris chargés des flocons à venir. Aimanté par les pôles et gorgé des aventures de Paul-Emile Victor, Frédéric Dorogi part à 20 ans jusqu’au cap Nord à moto avec une bande de copains. Devient arpenteur des Alpes en peau de phoque, part en voyage de noces sous les aurores boréales de Scandinavie. Alors, forcément, un jour, il devait finir par vibrer à l’art qui vient du froid: les sculptures inuits.

C’est grâce à une exposition et dans un creux de sa vie professionnelle que Frédéric Dorogi découvre la force de cet art et prend conscience du virage que va prendre son existence. «En cinq minutes, j’ai su qu’il fallait que je fasse ça: transmettre les œuvres des Inuits.»

Les Inuits me touchent parce que c’est un peuple qui souffre.

En 2008, après un détour de vingt ans en infirmerie psychiatrique, Frédéric Dorogi concrétise enfin un rêve jusque- là enfoui et ouvre à Morges une galerie dédiée à l’esprit nordique. «Les Inuits me touchent parce que c’est un peuple qui souffre, qui a passé d’un coup de la civilisation du phoque à internet. Mais ils ont su s’adapter et garder le sourire.»

Mettre un pied au Soleil de M’Inuit, c’est entrer dans le cercle polaire. Artistes canadiens, photographies de Vincent Munier au diapason avec ses cygnes bleutés saisis dans le froid de Hokkaïdo, tout ici ne parle que de neige et de glace. Et surtout l’art inuit dans toute sa splendeur naïve. Os de baleine vieilli où apparaît un visage esquimau, dent de narval, ours de marbre blanc ou de serpentine qui se tortillent sur une patte, ventre au ciel, tête en arrière dans l’ivresse du jour sans fin, morses et canards qui lui emboîtent le pas.

Toutes ses pièces, Frédéric Dorogi les choisit lui-même, une à une. «Je n’obéis qu’au syndrome de Stendhal. Il faut qu’une pièce réponde à un coup de cœur, me serre le ventre et me donne des palpitations. C’est ma seule définition de l’art.» Un art polaire, qu’il sait transmettre avec chaleur.

Frédéric Dorogi en quelques mots-clé

Aurore boréale (photo:  istockphoto)
Aurore boréale (photo: istockphoto)

Mon lieu de ressourcement
«J’aime les grands plateaux désertiques, les pics, les glaciers, la montagne. Pour notre voyage de noces, nous sommes partis en Scandinavie! Les aurores boréales étaient juste magnifiques!»

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Mon objet fétiche«J’ai cette carte depuis longtemps. Je l’ai achetée pour moi, et pour voir la provenance exacte de chaque pièce. Je la sors assez souvent, parce que j’aime la regarder. C’est intéressant de voir le monde sous cet angle-là, avec le pôle Nord au centre.»

Mon œuvre clé«C’est Inukshuk, le symbole que l’on trouve sur le drapeau inuit. Cet empilage de pierres servait autrefois de panneau indicateur, à lire dans les deux dimensions, à l’horizontale et à la verticale. Il indiquait la distance jusqu’au prochain campement et servait aussi à effrayer les caribous, myopes, qui les prenaient pour des chasseurs.»

Pluto
Pluto

Mon coup de cœur «Cette sculpture en serpentine, une pierre assez dure de l’île de Baffin, intitulée «Ours dansant», est très représentative de l’art inuit. C’est un hymne à la vie, à la joie. L’animal devient léger en dansant.»

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Mon inspiration
«J’aime la pureté, la magie des photos de Vincent Munier. Il n’y a pas de ciel bleu chez lui. C'est toujours brumeux, avec des contours d'animaux sauvages. Il n’y a rien et il y a tout, c’est sublime.»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Mathieu Rod