Archives
8 décembre 2014

Pastilles d’iode: efficaces en cas d’accident nucléaire?

Le rayon de distribution des médicaments d’urgence est passé de 20 à 50 km autour des centrales suisses. Une mesure qui est loin de faire l’unanimité…

dessin illustrant un sujet sur les pastilles d'iode à prendre en cas d'accident nucléairE
Illustration: Corina Vögele

Un cadeau de Noël avant l’heure a peut-être été déposé dans votre boîte aux lettres le mois dernier. Le petit carton, tout blanc, renferme quelques pastilles d’iode et une notice d’emballage. L’attention provient de la Confédération. Ou plutôt de Swissnuclear, l’organisme qui regroupe les exploitants des centrales nucléaires helvétiques, qui a dû s’acquitter des frais de cette opération.

Car les mesures de sécurité en cas d’accident nucléaire se sont vues renforcées en début d’année. Si les boîtes d’iode étaient jusqu’ici distribuées dans un rayon de 20 km, la zone s’est élargie à 50 km autour des centrales nucléaires, couvrant une population de 4,34 millions, contre 1,2 lors de la dernière opération de distribution il y a dix ans. Avec un coût supplémentaire évalué entre 20 et 30 millions. Plus loin, des stocks d’iode centralisés sont comme auparavant constitués dans chaque commune.

Partisans et adversaires du nucléaire ne se satisfont pas de ces nouvelles règles. Swissnuclear juge la mesure «précipitée» et même «contre-productive». «Seul le scénario d’un séisme extrême pourrait provoquer une fuite radioactive assez importante pour se répandre jusqu’à 50 km, affirme Ruth Williams, chargée de communication à la section de l’énergie nucléaire de Swisselectric. La probabilité d’un tel tremblement de terre est moins d’une fois en 100 000 ans! A Fukushima, le séisme était d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter. La centrale a pourtant résisté: ce sont les vagues provoquées par le tsunami qui sont responsables des fuites radioactives.»

L’organisation juge donc plus efficaces les stocks centralisés d’iode.

Comment pourrait-on retrouver les tablettes si elles sont enterrées sous les débris de sa maison? Car dans le cas, fort improbable, d’un tremblement de terre extrême, la plupart des logements privés risquent d’être détruits. Des stocks dans les écoles seraient donc plus raisonnables…

Si Swissnuclear craint que la distribution élargie d’iode ne donne la fausse impression à la population que la sécurité des centrales s’est détériorée au fil des années, du côté des opposants au nucléaire on a peur au contraire qu’elle n’engendre un faux sentiment de sécurité. «La documentation fournie par la Confédération n’aborde que le problème de l’iode radioactif et aucunement les autres substances nocives susceptibles d’affecter la population, dénonce Jean-Jacques Fasnacht, président de Médecins pour une responsabilité sociale et pour la prévention de la guerre nucléaire.

L’organisation, à l’instar de l’Office fédéral de la santé publique, proposait d’élargir le rayon de distribution à 100 km. «En fonction des vents, l’air irradié peut circuler très loin, met en garde Alfred Weidmann, membre de la direction de Médecins en faveur de l’environnement. En cas de bise, la Suisse romande pourrait être touchée en entier.»

Le risque zéro n’existant pas, l’unique solution serait de «se passer complètement des centrales pour protéger à 100% la population, estime le médecin. Si la distribution d’iode ne permet de lutter que contre l’une des conséquences de fuites radioactives, elle aura au moins permis d’ouvrir un débat plus général en Suisse à propos du nucléaire!»

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin