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23 septembre 2013

Payerne mise sur le soleil

Le Vaudois Cédric Moullet a eu la lumineuse idée de construire la plus grande centrale photovoltaïque de Suisse. De quoi couvrir les besoins en électricité de tous les habitants de la cité broyarde.

Vue sur l'emplacement de la future centrale photovoltaique depuis un champ
Une grande partie de la centrale 
photovoltaïque 
sera installée
sur ce terrain situé à proximité 
de l’usine Eternit..

A quelque chose malheur est bon. Et la catastrophe de Fukushima ne fait que confirmer le proverbe. «C’est en effet en voyant la centrale exploser à la télévision que je me suis dit que le nucléaire n’était pas la bonne voie à suivre et qu’il fallait trouver des alternatives», se souvient Cédric Moullet, avant de poursuivre:

Dans la région, Payerne est assez réputée pour son brouillard.

Du coup, j’ai trouvé amusant d’essayer de contrecarrer cette image en partant sur un projet d’énergie solaire.»

Cédric Moullet pose en extérieur avec le ville de Payerne en arrière-plan.
Cédric Moullet: «Je me suis dit qu’il fallait trouver des alternatives au nucléaire.»

Tous les soirs durant plusieurs mois, après une journée de travail passé à l’Office fédéral de la topographie où il est responsable internet des infrastructures fédérales de données géographiques, l’ingénieur de formation développe avec son épouse le projet, à savoir la construction de la plus grande centrale photovoltaïque de Suisse dont la production devra couvrir, dès 2015, les besoins en électricité des 9600 habitants de Payerne. «Le but est de viser l’autarcie électrique pour les ménages.

Le projet ne concerne pas l’industrie ou encore l’armée, qui est très gourmande en courant à Payerne,

précise le Vaudois.

Siégeant au Conseil communal, Cédric Moullet propose son idée et convainc
la municipalité et la syndique Christelle Luisier Brodard, de même que les conseillères d’Etat vaudoises Béatrice Métraux et Jacqueline de Quattro de la pertinence de son projet. Toutefois, faute de moyens, la cité broyarde ne peut investir les 30 millions nécessaires. A la recherche de partenaires économiques, Cédric Moullet se tourne naturellement vers Groupe E, le fournisseur local de courant. «J’ai envoyé un courriel avec une petite présentation du projet au directeur de l’époque. Une heure après, il me répondait pour me fixer un rendez-vous!»

Des institutions font part de leur intérêt

Vue sur la station de Metéosuisse depuis l'extérieur.
Une collaboration entre la station de Météosuisse à Payerne (photo) et la centrale pourrait avoir lieu.

Pour peaufiner le concept, le Vaudois se tourne aussi vers Swissolar, l’association suisse des professionnels de l’énergie solaire (voir aussi l'encadré). «Son président, Roger Nordmann, m’a reçu dans la salle des pas perdus à Berne et m’a donné de précieux conseils pour optimiser le projet.» Quant à la station de Météosuisse, installée sur les hauts de la ville, elle a également récemment fait part de son intérêt. Du coup, la centrale photovoltaïque permettra aussi de faire des essais pour mieux réguler l’ensemble du réseau électrique en fonction des passages des nuages sur le site.

Baptisée SolarPayerne–un petit clin d’œil au voisin qu’est Solar Impulse–, la centrale sera finalement multisite. «Pour produire les 16 millions de kWh annuels prévus, nous avons besoin de 100 000 m2 de panneaux. Avec Groupe E Greenwatt, la filiale de Groupe E qui prend en charge la totalité des coûts, nous avons élaboré un cadastre solaire afin de trouver des toits suffisamment grands. Pour des questions de rentabilité, ceux-ci doivent avoir une surface d’au moins 500 m2 et une bonne exposition. Par exemple, 1000 m2 seront montés sur la salle des fêtes cette année encore, 4-5000 m2 couvriront le toit du gymnase intercantonal de la Broye, etc. En tout, nous pourrons installer 40 000 m2 de cellules photovoltaïques.» Et les 60 000 restants?

«Ils seront installés sur une zone industrielle, le long de la voie CFF menant à Lausanne. Pour minimiser l’emprise au sol, les panneaux seront montés en hauteur, fixés sur des poteaux.

En-dessous, nous laisserons paître des moutons ou des chèvres.

La pratique est très courante en Allemagne, mais ce sera une première suisse pour une installation de cette taille», se réjouit Cédric Moullet.

Début des travaux planifié en 2014

Oui mais voilà, faute d’investisseurs, la zone industrielle est actuellement un vaste champ de blé, et les paysans qui louent la parcelle regrettent ce changement d’utilisation, à l’inverse des propriétaires qui soutiennent l’idée de Cédric Moullet. «Le projet sera mis à l’enquête cet automne. Si tout va bien, nous commencerons les travaux en 2014.»

Pour leur part, les propriétaires des maisons semblent eux aussi se montrer bienveillants. «Ils ont en fait tout à y gagner puisque Groupe E Greenwatt louera leur toit à raison de 1 francs par m2 et par an.»

A l’inverse des éoliennes qui suscitent de vives réactions, le solaire a, on le voit, plutôt le vent en poupe. «Avec ce projet, tout le monde est gagnant. La commune redore son image, Groupe E diversifie son offre en courant vert et les propriétaires reçoivent de l’argent», résume Cédric Moullet.

Surtout, le Vaudois aura prouvé que

le solaire, c’est facile.

Une phrase qui sonne comme un slogan et qui détonne plutôt dans la bouche d’un homme de droite – Cédric Moullet est PLR. «Mon projet n’a rien de politique et n’a aucune visée électoraliste, je peux vous l’affirmer. J’ai simplement agi par idéal, pour faire quelque chose pour la société, pour Payerne et pour mes deux enfants.

Il s’agit tout simplement d’une réponse locale à un problème global qui nous concerne tous: l’avenir de notre planète.

Auteur: Pierre Wuthrich