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30 janvier 2012

Pendulaire de rien

Martina Chyba se demande pourquoi nous allons encore au bureau, alors que nous avons tout notre "bureau" dans notre ordi.

Martina Chyba

Je sais que je suis une dame du XXe siècle qui a commencé sa vie sexuelle au moment de l’apparition sur le marché du premier ordinateur Commodore, mais il y a un truc que je ne comprends pas.

Toutes les nouvelles technologies, les appareils qui nous connectent avec la planète entière, les joujoux qu’on caresse des doigts et qui sont des extensions de nos cerveaux et de nos phallus (regardez les messieurs, ils n’arrêtent pas de se les comparer parmi), les réseaux big brothériens soi-disant sociaux, sont bien censés nous faciliter la vie, la communication et les échanges, non? Alors pourquoi, alors que l’on peut désormais faire ses paiements depuis le désert du Wadi Rum en Jordanie avec un machin 3G, 4S ou l’inverse je ne sais plus, pourquoi y a-t-il de plus en plus de monde sur la route, dans le train ou dans le bus pour aller «au bureau»?

Certes, je conçois qu’un médecin, un boulanger, un fleuriste ou un garagiste doive se rendre sur son lieu de travail pour exercer sa profession. Mais les autres? Les innombrables gratte-clavier comme nous? Qui avons tout notre «bureau» dans notre ordi? Pourquoi nous jetons-nous dans les bouchons, dans les trains et les bus bondés, sur nos scooters ou vélos au péril de nos vies, tous aux mêmes heures, matin et soir, créant une espèce de transhumance biquotidienne hystérique, épuisante et coûteuse?

Pourquoi ne pas décider que dans certains métiers, on travaille deux jours par semaine à la maison? On fixe des tâches et des objectifs, on vérifie la bonne marche du travail pendant les trois jours que l’on passe au bureau et youpla boum, la vie est (un peu) plus belle. Mais ça, c’est comme les Transports Publics Genevois, ça ne marche pas. Dans ce pays conservateur et culpabilisant, travailler à la maison = glander. Dans les entreprises, on se surveille, on doit montrer au chef et aux collègues qu’on est présent, même si c’est pour surfer d’un air pénétré sur Facebook toute la journée parce qu’on n’a rien à faire (vous aussi vous en avez des comme ça autour de vous n’est-ce pas?) Même si c’est pour aller au café et enchaîner avec l’apéro tant qu’on y est. Avec la pause de midi et les pauses-clopes, des fois, ça fait deux heures de travail effectif par jour. Exactement le temps qu’on met pour arriver et rentrer chez soi.

Auteur: Martina Chyba